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Un joint pour se faire du bien ?

2003/03/23 - Dimanche.ch

Toucher le paradis en fumant du cannabis, ça déstresse. Le Dr Marina Croquette-Krokar accepte ce constat, tout en luttant contre la dépendance.

Un joint de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Et 80 pour cent des fumeurs n’y touchent plus après 20 ans. Sur ceux qui continuent, la moitié se roulent un pétard de temps en temps, l’autre quotidiennement. Mais là, difficile d’évaluer les vrais dépendants. "La consommation occasionnelle, même avec un joint par soir, peut tout à fait être contrôlée. Jeunes ou adultes éliminent leur stress et leur anxiété, se vident la tête au jour le jour. On reste dans le domaine de la gestion - dangereuse ? - des difficultés de la vie quotidienne. Mais ce n’est pas obligatoirement pathologique", explique Marina Croquette-Krokar, médecin au département psychiatrique des Hôpitaux universitaires de Genève, division des abus de substances.

S’exploser la tête à vie
Mais attention, les éléphants roses ne sont pas toujours bénéfiques. Quand la consommation de cannabis déborde sur le temps de production, travail, école, etc., quand les consommateurs sont des préadolescents, le petit pétard risque d’être la pointe de l’iceberg d’une dépression au sens médical du terme, avec idées suicidaires, phobie sociale, ou crises de panique. Un jeune peut avoir peur d’aller en classe et se faire un joint pour tenir le coup. "Il faut être vigilant, car l’adolescent, en mal d’indépendance, ne demande pas de l’aide et entre seul dans ce processus d’automédication", continue le médecin. Et la société ne donne plus le droit d’être malheureux, alors le jeune se cache. "Parfois on ne détecte la dépression qu’après des années de consommation", continue-t-elle. Mal de vivre qui touche tous les milieux : dans le programme de soins pour les adolescents, le Dr Marina Croquette-Krokar reçoit autant de jeunes d’écoles privées écrasés par l’esprit de compétition que des jeunes des classes défavorisées écrasés par le manque d’avenir social. "Nous les écoutons. Ils me disent que le cannabis leur fait du bien, continue-t-elle. Ensuite nous les informons sur les effets et conséquences de leur consommation, et nous essayons d’évaluer le type de consommation, puis les motivations et les difficultés qui les poussent à consommer". Conflit avec les parents, rupture sentimentale, introversion, complexes, les causes sont multiples. "Et les ados sont déjà une population fragile à la base". Et si le cannabis détend car il active la zone cérébrale du plaisir, il peut aussi causer des dégâts irréversibles. "Chez une personne vulnérable, prémorbide (avec une schizophrénie latente, un seul joint peut déclencher un épisode psychotique avec hallucinations et entrée en schizophrénie à vie", observe la spécialiste.

Diable ou Dieu
Ses observations cliniques montrent aussi que les effets obtenus dépendent de la dose, de la fréquence ou du taux de THC, du contexte dans lequel intervient la consommation Et aussi des attentes du consommateur. "Selon le taux de THC variant de 2 à 30% en fonction de la qualité du cannabis, la détente désirée peut virer en crise de paranoïa ou de panique avec une vraie peur de mourir". Il faut donc placer le débat sur un plan médical et non politique. "Ni pour ni contre, mais être capable de reconnaître les effets plaisants et négatifs de cette substance", plaide-t-elle. Elle se base sur la définition scientifique d’abus et de dépendance pour poser un diagnostic. Le syndrome de dépendance, CIM-10, est fondé si trois de ces manifestations ont été vécues dans l’année : désir compulsif de substance psychoactive, difficulté de contrôler l’utilisation, tolérance au produit, abandon progressif d’autres activités, poursuite malgré les effets négatifs, syndrome de sevrage physiologique à l’arrêt, qui apparaît après trois jours. L’ancien consommateur souffre d’irritabilité, insomnies, nausée, diminution d’appétit, baisse du poids, transpiration excessive, douleurs abdominales pendant une semaine. "Cela dit, le cannabis ne mène pas aux drogues dures, toutes les études le montrent. Il est clair que presque tous les toxicomanes aux drogues dures fument du cannabis, mais l’inverse n’est pas vrai". Ainsi, dépénaliser le marché séparerait ces ados des dealers de drogues douces et de drogues dures. Et il serait informé du taux de THC qu’il absorbe.

Artikel modifiziert lundi 7 juillet 2003 13:48, Erscheinungsdatum dimanche 23 mars 2003 00:00

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