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Assez d’hypocrisie ! Bilan : Cannabis, Liberalisons

La libéralisation résoudrait tous les problèmes.

Le cannabis est, de fait, en vente libre en Suisse. Mais le milliard de francs de chiffre d’affaires qu’il génère alimente essentiellement des réseaux criminels. Il vaudrait mieux que l’Etat contrôle et taxe ce marché.

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www.Bilan.ch

Assez d’hypocrisie

Le cannabis, tout le monde en a fumé. Rares sont les post-soixante-huitards à ne pas avoir goûté, avec plus ou moins d’assiduité, aux plaisirs d’un petit cône. Une tradition qui se poursuit aujourd’hui : des étudiants aux cadres dirigeants, les fumeurs sont nombreux. Et impénitents. Avec comme conséquence ? Aucune. Ces fumeurs ne sont ni plus asociaux, ni plus bêtes, ni moins productifs que les autres. Ce qui n’empêche pas les autorités de condamner vertement la consommation de cannabis.

L’argument de protection de la santé publique fait sourire. Les statistiques sont claires : le cannabis est dangereux pour la santé, certes, mais il provoque moins d’accidents et de décès que le ski, par exemple. Sans parler de l’alcool, du tabac ou de la voiture. Ressasser que le cannabis conduit inévitablement aux drogues dures est de la plus haute hypocrisie. La première gorgée de bière mène-t-elle à l’alcoolisme ? C’est surtout défendre deux idéologies perverses :

1. Les gens ne sont pas assez responsables pour jauger la dangerosité de leurs actes. Il faut donc interdire, surveiller et punir, comme aux enfants.

2. Pour protéger, assez inefficacement, d’ailleurs, une faible population à risque, l’interdiction est étendue à tout le monde. Vive la liberté de choix !

Juridiquement, la tolérance est heureusement de mise. Officiellement, l’achat est condamnable. Officieusement, seule la vente l’est. La consommation privée est tolérée par les autorités. Une attitude dont le pragmatisme est à souligner. Il est vrai que des décennies d’interdiction ont révélé leur inutilité. De fait, le cannabis est aujourd’hui en vente libre en Suisse. N’importe qui peut se procurer de l’herbe en moins d’une heure dans toutes les villes de Suisse romande.

Economiquement, l’interdiction est vraiment problématique. La vente de cannabis génère chaque année près d’un milliard de francs de chiffre d’affaires. Des sommes qui alimentent un marché gris et des circuits plus ou moins criminels. Il serait souhaitable que l’Etat contrôle ce marché. La criminalité se verrait coupée d’importantes sources de financement, ce qui allégerait les tâches de la police. Surtout, en taxant les pétards de la même manière que les cigarettes, l’Etat encaisserait plus de 300 millions de francs. Les consommateurs paieraient directement les traitements de la population à risque. Des traitements inévitables, qu’il y ait libéralisation ou pas, qui sont aujourd’hui à la charge de ceux qui ne fument pas. Ni logique ni très moral.

17/01/06 Blog d’Olivier Toublan, rédacteur en chef du magasine Bilan

A lire un excellent dossier dans le numéro 196 janvier 06 de Bilan,

encore en kiosques puis à commander sur le site.

Enfin un media pas politiquement correct

Actuellement, il est de bon ton dans les média de trouver tous les défauts possibles au chanvre et aux chanvriers. Comme au moment du rejet de la réforme par le National, le dépôt de l’initiative populaire pro-chanvre a déclenché un concours de démagogie et de propagande. Pour la presse people, le scandale fait plus vendre que la réforme. Il fallait la rigueur un peu froide de la presse économique pour sortir enfin du pathos ambiant : enfance démotivée par des chanvriers diaboliques, sergents recruteur des trafiquants de coke et d’héro. Au nom des nombreux consommateurs et chanvriers qui m’entourent, merci !

Depuis la fin des années 90, la presse faisait pourtant largement écho aux commissions d’enquêtes qui concluaient toutes à la faible dangerosité du cannabis et à la nécessité d’une régulation du marché. Ce fut le cas en Suisse avec le rapport sur le cannabis de la Commission fédérale sur les questions de drogues ou en France avec les rapports Henrion et Roques. Il paraissait logique d’adopter enfin une réglementation efficace.

Les prohibitionnistes ont largement profité du délire sécuritaire et moraliste post 11 septembre pour ressortir leurs vieux arguments éculés. Asocialité, syndrome amotivationnel, escalade, schizo, nouvelle herbe diabolique contre chanvre inoffensif, protection des enfants, permissivité soixante-huitarde, stérilité, violence, mort... Ce faisceau de mensonges et d’approximations, utilisé et récusé depuis les années 30, fait encore des ravages sur l’opinion publique et dans la tête des décideurs.

Relayées par la presse trash people et de puissants réseaux internationaux, ces campagnes de propagande bloquent un moment toute approche réformiste. A chaque fois, la pertinence de la prohibition est ensuite réfutée par de nombreux experts, la pression pour la réforme remonte, Les experts expertisent, une solution est proposée puis enterrée. Peu de pays ont le courage politique des Hollandais qui ont été au bout du processus, ont réformé et tiennent tête depuis trente ans, sans conséquences diplomatiques ou commerciales majeures.

La plupart des décideurs se couchent devant le chien qui aboie. Pourquoi affronter de si puissants adversaires ? Un politicien réaliste ne peut pas risquer de passer pour un libertaire permissif, un démissionnaire pire un soixante-huitard, la dernière insulte à la mode chez les aigris et les peines à jouir. Alors qu’il suffit de hurler haro sur les dealers pour paraître dynamique et efficace. Voir le dernier Sarkoshow sur les banlieues. Pourtant, il y a toujours plus de consommateurs donc de dealers. 100% d’augmentation en 10 ans, il n’y a que le prix des grandes feuilles à rouler qui a augmenté autant. Nous sommes face à un phénomène de masse qu’on ne peut plus traiter par la politique de l’autruche ou de la matraque et de la blouse blanche.

Dans l’inconscient politique, les consommateurs de cannabis restent pourtant des citoyens de seconde zone qui ne votent pas, ou pas bien. L’interdiction permet un contrôle social et policier. Le marché noir offre de nombreux emplois non qualifiés et une économie de survie pour les ghettos. Le blanchiment profite à de nombreux intermédiaires et sociétés écran qui irrigue le marché financier mondial en capitaux hyper mobiles. Le trafic international permet à de nombreux pays pauvres de payer leurs factures aux multinationales ou des armes pour les révolutions et le terrorisme. La production traditionnelle sauve de la famine des millions de paysans.

Les partisans d’une réforme du cannabis estiment proposer la solution la plus pragmatique, c’est un point de vue éminemment citoyen pas politique. C’est aussi un point de vue économique, vous le démontrez dans votre journal. J’espère que votre argumentaire saura enfin convaincre les rares politiciens concernés par la cause du peuple. Votre plaidoyer pour la liberté leur fera peut-être prendre conscience que le contrôle des corps et des esprits est un concept totalitaire, genre soviétique, aux antipodes de leur pseudo-libéralisme.

Pour Chanvre-info

Laurent Appel

P.-S.

Monsieur Toublan ,

j’ai vainement tenté de vous joindre par téléphone , donc j’essaie l’e-mail pour vous féliciter pour votre article concernant le cannabis que je trouve très courageux par les temps de diabolisation qui courrent toujours et encore dans notre société . Et permettez-moi d’en être étonné car Bilan est vraiment le dernier journal auquel j’aurais pensé pour y trouver un article sur ce sujet ! En tout cas j’y vois un signe très encourageant pour continuer le combat que je mène avec d’autres militants pas très nombreux , il faut bien le dire , mais tout de même suffisants pour avoir pu récolter les signatures et déposer cette initiative dans les délais impartis .

La seule remarque que je pourrais éventuellement faire concerne le mot « libéralisation » qui va à mon sens trop loin et qui voudrait dire que le cannabis pourrait être vendu au kiosque du coin , ou dans n’importe quel supermarché . Or ce n’est pas ce que nous voulons , nous les initiants . Nous demandons que ce produit , qui n’est pas toxique au sens chimique mais qui n’est pas innocent non plus soit vendu à des adultes à partir de 18 ans dans des endroits spécialisés , sans publicité , car nous respectons une certaine éthique , mais en revanche avec de l’information et des conseils quant à son utilisation .

C’est tout de même un monde que nos adversaires nous reproche les effets de leur propre politique coûteuse et totalement contre-productive puisqu’il y a de plus en plus d’adolescents qui commencent de plus en plus tôt . Leurs méthodes me font penser , toute proportion gardée , à un certain Adolf de triste mémoire qui alluma le Reichtag et fit ensuite accuser les juifs . On laisse pourrir la situation jusqu’à ce que les problèmes soient vraiment intolérables et on trouve des boucs émissaires . Cela n’a que trop duré.

Recevez , Monsieur Toublan , mes meilleures salutations .

Laurent Pirard

Vice-président de

La section Vaud

De la Coordination

Suisse du Chanvre

Update vendredi 27 janvier 2006 01:35, published jeudi 19 janvier 2006 23:25

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