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"Traités comme des dealers !"

2004/01/21 - L’Express

Tribunal de police - Cinq médecins ont comparu hier pour avoir prescrit des dérivés de chanvre à but thérapeutique

Les déboires judiciaires de Bernard Rappaz, bouillant patron de la Sàrl Valchanvre, à Martigny, ont eu des effets secondaires jusque dans les milieux médicaux. Neuf praticiens genevois, neuf Vaudois, quatre Fribourgeois dénoncés en 2002... Neuchâtel n’est pas en reste : cinq médecins se sont retrouvés hier sur le banc des accusés du Tribunal de police pour avoir prescrit des produits dérivés du cannabis à usage thérapeutique... Alors même qu’ils sont autorisés à prescrire des produits bien plus puissants, comme l’héroïne, la morphine ou les amphétamines.

Douleurs chroniques
Rien à voir avec des militants cherchant à promouvoir la libéralisation du cannabis : les praticiens ont prescrit les produits à la demande de leurs patients (trois au total), entre 1999 et 2001, tous gravement malades et souffrant de douleurs chroniques.

Dans la salle du tribunal, on est loin des paradis artficiels : c’est l’enfer des maux que les prévenus décrivent. L’un des malades, actuellement en fin de vie dans une unité de soins palliatifs, prenait au moment des faits 28 comprimés par jour ! Tout en souffrant sans discontinuer. Le Centre de la douleur, à Morges, où il avait été adressé, ne peut rien pour lui, son état de santé étant trop fragile. D’où sa demande pour des dérivés du cannabis (utilisés dans d’autres pays à des fins médicales en toute légalité), qui "le soulagent davantage que des antalgiques forts".

En établissant les prescriptions (que les patients envoyaient ensuite à Valchanvre) les médecins n’avaient pas conscience d’avoir commis un acte illégal. Valchanvre n’avait alors pas encore été inquiété par la justice. "Il n’y avait pas de raison médicale de chercher autre chose", a dit un médecin, dans la mesure où le produit soulageait son patient.

"C’était un acte nécessaire dans l’accomplissement de notre métier !", s’est exclamé un confrère, avant de s’emporter : "Comment se fait-il que le ministère public traîne des médecins devant le juge, comme s’ils étaient des dealers ! Il faut différencier ces démarches médicales exceptionnelles des mesures de prévention contre la toxicomanie !"

Il existe bien un produit de synthèse du chanvre que les médecins peuvent obtenir après une procédure administrative longue de plusieurs semaines. Beaucoup trop long, a insisté un des praticiens : "Les cas d’urgences ne peuvent pas attendre pareil délai ! D’ailleurs aux Etats-Unis, ce produit est en vente libre. Je ne comprends pas pourquoi ici il faut remplir des dizaines de feuilles et attendre un mois et demi pour en obtenir".

Les deux défenseurs ont plaidé l’acquittement pur et simple. Faute de quoi, "il y a le risque de faire passer ces médecins pour ce qu’ils ne sont pas", a lancé l’un d’eux, qui a rappelé que jusqu’en 1955, la teinture mère de chanvre (l’une des substances en cause) figurait dans la pharmacopée. Les patients ne sont pas des toxicomanes et le produit ne leur a pas été administré dans un but récréatif, soulignait l’autre défenseur. Le ministère public requiert cent francs d’amende à l’égard de chacun des prévenus. Le jugement sera rendu le 3 février.

Brigitte Rebetez
Update vendredi 30 janvier 2004 12:41, published vendredi 30 janvier 2004 00:00
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