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Bob Marley, 25 ans déjà !!!!

Aujourd’hui, cela fait 25 ans que Bob Marley nous a quitté, laissant derrière lui une culture, une histoire, une musique, qui ne cesse de progresser et qui nous fait avancer tous les jours... Respect to the father !!!!!! Ce soir vous pourrez retrouver sur MTV Idol, une emission retraçant les grands moments de cet artiste, à 22h30, deux heures de reportage à ne pas louper !!!!!!

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Radio Kankan.com jeudi, 11. mai 2006 21:15

Bob Marley

Nationalité : Jamaïquain

Vrai nom : Robert Nesta Marley

Vingt ans après sa mort, Bob Marley reste toujours d’actualité. Dépassant le seul cadre musical, il est devenu une référence culturelle. Bob MARLEY (Robert Nesta Marley, dit) Né à Nine Mile, Saint Ann, Jamaïque, le 6 février 1945, décédé à Miami, Floride, États-Unis, le 11 mai 1981 Chanteur et guitariste de cantiques, de soul, de ska, de rock steady et de reggae, réalisateur artistique, actif de 1959 à sa mort.

Bob Marley est la première (et la dernière ?) véritable superstar venue d’un pays pauvre. Sa musique, le reggae jamaïcain, un proche dérivé du rhythm & blues et de la soul américaine, est la voix de tous les peuples opprimés de la terre, au nom desquels il s’exprime. Brillant et prolifique chanteur auteur-compositeur, sa carrière internationale de dure que huit années intenses. Outre ses merveilleuses créations, sa dimension sociale et spirituelle lui donnent vite l’aura d’un exemple et, pour beaucoup, d’un prophète. Il succombe à un cancer (mélanome) en pleine gloire à trente-six ans, mais son mythe lui survit et s’amplifie depuis hors de toutes proportions.

Nesta Robert Marley est né et élevé dans un hameau des collines à une heure de route de la côte nord de la Jamaïque. Sa mère Cedella Malcolm, dont le père est un paysan chrétien et rebouteux, cède un temps aux avances du capitaine Norval Marley, qui a plus de cinquante ans et supervise à cheval des travaux dans la campagne. Puis pour suivre les préceptes de l’église, Cedella exige le mariage et se refuse à lui. Après des semaines, elle finit par céder et à la naissance de l’enfant, elle n’a que dix-sept ans. Le capitaine accepte le mariage contre l’avis de sa famille de planteurs jamaïcains d’origine britannique, qui le déshérite : un Blanc n’épouse pas une Noire. Norval prénomme son fils Nestor, avec en deuxième prénom Robert, du nom de son frère. Il disparaît bientôt et sombre dans la boisson pour ne réapparaître cinq ans après. Rongé par la culpabilité, il promet alors une éducation décente pour son fils, qui le rejoint à la capitale en bus. Mais le petit Nesta (sa mère écrit ainsi le prénom), qui lit l’avenir dans la paume des mains au village, ne connaîtra jamais son père. Il ne sera retrouvé que par miracle plusieurs mois après chez une vieille dame qui l’élève dans un quartier très pauvre. Cedella revoit alors une seule fois le père, un homme faible mais gentil. Coupable, il est en pleurs, et donne tout ce qu’il a pour son fils : deux pièces en cuivre d’un penny. Il décèdera quelques années plus tard, brisé et malade. En rentrant à la maison, traumatisé, Nesta refuse de dire l’avenir et déclare que désormais, il sera chanteur. Il va à l’école et participe aux travaux d’agriculture.

Son grand-père Omeriah, qui l’a élevé, jouait du violon et de l’accordéon. Son oncle, musicien semi professionnel, jouait de la guitare et du banjo dans les groupes de bal populaire (branle écossais, polka et valse) où l’on entend le quadrille, avec sa danse dirigée par le commandeur, ancêtre du rappeur. Le mento « Touch Me Tomato » est le premier morceau que chante Nesta à l’âge de cinq ans en frappant deux bouts de bois pour tenir le rythme. « Don’t Touch Me Tomato » est d’ailleurs en réalité adapté du « Touche pas mes tomates » de Joe Bouillon, un chef d’orchestre français. Il le co-signa avec un certain Lemarchand, le quatrième mari de Joséphine Baker, qui interprétait ce morceau en France avant la guerre. Bob aime chanter et accompagne sa mère à l’église baptiste le dimanche. Il y chante le gospel avec ferveur, comme la grande majorité des Jamaïcains. En 1957 après avoir tenu une petite échoppe de vendeuse de fruits en bord de route, la mère de Nesta emménage à Kingston et devient femme de ménage. Elle s’installe dans le ghetto urbain très dur, pauvre et violent de Trench Town où elle vit avec Thadeus « Thaddy » Livingston, le père de Neville "Bunny" Livingston dont elle aura bientôt une fille, Pearl. Bunny devient le partenaire de chant de Nesta. Ils s’essayent sur des cantiques et des chants d’église comme « This Train ». C’est Bunny, toujours entreprenant, qui fabrique une première guitare avec des fils électriques sans gaine. Une boîte de sardines sert de caisse de résonnance, et un morceau de bambou de manche. Leurs voix d’adolescents élaborent alors les premières mélodies des futurs Wailers. En 1959, Bob gagne une livre sterling à un concours de chant public au Queens Theatre.

Beverley’s

En 1962, alors qu’il est en apprentissage pour devenir soudeur, il se blesse dans un accident de travail et échappe de peu à la perte d’un œil. Derrick Morgan, soudeur dans son atelier, vient de subir la même mésaventure. Il a profité de son bref congé de convalescence pour tenter sa chance auprès d’un producteur et a enregistré son premier disque. Il conseille à Nesta d’en faire autant. Issu du rythme « shuffle », du r&b et du jazz, le ska naît en 1960. Il est le symbole de l’indépendance jamaïcaine obtenue en 1962 et le jeune Marley se consacre alors à la musique. Comme Derrick Morgan il va chez les disques Beverley’s et enregistre trois titres pour Leslie Kong en 1962. Il y rencontre l’adolescent Jimmy Cliff, avec qui il joue quelque peu. Deux 45 tours de ska sortent chez Beverley’s, l’un sous le nom de Robert Marley, « Judge Not » puis « One Cup of Coffee », une reprise d’un succès country de Claude Gray qui sort sous le nom de Bobby Martell imposé par Kong. « Terror », qui parle du terrorisme meurtrier régnant dans les ghettos, ne sortira jamais. Mais déjà avec ces trois titres, les trois thèmes qui reviendront dans son œuvre sont là : spiritualité, amour et lutte sociale. Il a dix-sept ans et les deux 45 tours sortent aussi en Angleterre sur une jeune marque spécialisée en ska, Island, qui appartient au Jamaïcain blanc Chris Blackwell.

Studio One

Nesta et Bunny sont alors déjà rejoints par Winston Hubert "Peter Tosh" Mc Intosh, qui possède une vraie guitare et leur apprend à jouer. Avec Nesta Robert "Bob" Marley et Junior Braithwaite (4 avril 1949 - 2 juin 1999), ils forment un quatuor d’harmonies vocales modelé sur un groupe soul, les Impressions de Curtis Mayfield, qu’ils copient. Junior et Bunny chantent le plus souvent les aiguës, Peter les graves, et Bob la voix médium. Joe Higgs, qui a déjà publié plusieurs disques vit lui aussi à Trench Town, et leur enseigne le chant et les harmonies. Ils sont bientôt cinq avec l’addition sporadique de Beverly Kelso et Cherry Green (elles cesseront d’enregistrer avec le groupe en 1965). Ils chantent d’abord des cantiques, des reprises de doo-wop et de soul américaine. Après une audition chez Studio One sous le nom des Teenagers, "Coxsone" Dodd leur demande de composer des chansons. Coxsone préfère Junior Braithwaite, à la voix haute perchée, qui devient le chanteur principal, et le restera jusqu’à ce que Bob s’impose et qu’il parte vivre aux États-Unis fin août 1964. Junior n’est chanteur principal que sur « Habits », « Straight and Narrow Way », « Don’t Ever Leave Me » et « It Hurts To Be Alone ». Ils travaillent beaucoup et leur énergique premier simple ska, « Simmer Down », chanté par Bob fin 1963 ou début 1964, apparaît dans les listes des succès dans la presse d’avril 1964. C’est un premier gros succès en Jamaïque. Mais malgré de nombreux succès et un premier album, la compilation de 45 tours « The Wailin’ Wailers » (Studio One 1965), très déçus ils ne touchent jamais plus de trois livres sterling par semaine. L’album contient déjà une première version de « Put It On », « Simmer Down », et la délicieuses ballade très soul « I’m Still Waiting » (dont une prise alternative bien différente sera publiée bien plus tard sur le CD de l’album chez Studio One). Accompagnés par les fantastiques Skatalites, ils enregistrent entre 1963 et 1965 une centaine de morceaux splendides dont les créations de Marley « Cry To Me », « One Love », « Love And Affection », mais aussi le « And I Love Her » des Beatles, et des adaptations du « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan sous le nom de « Rolling Stone », du « Do You Love Me » des Contours sous le nom de « Playboy », du « I’ll Keep On Moving » de Curtis Mayfield sous le nom de Rude Boy (repris sous le nom de « Walk The Proud Land » sur l’album « Talking Blues »), plusieurs autres reprises de soul et beaucoup de ska. « Cry To Me », « Put It On », « I’ll Keep On Moving » et « One Love » seront réenregistrés par la suite et compteront parmi ses titres les plus populaires. Bob grave aussi quelques cantiques pour Studio One, comme « Let the Lord Be Seen in You » sous le nom de Bob Marley & the Spiritual Sisters. Peter Tosh enregistre treize titres en tant que chanteur principal des Wailers chez Studio One, dont « The Toughest », « Maga Dog », et le « Don’t Look Back » des Temptations. Quant à Bunny, moins prolifique, il grave néanmoins des merveilles comme le ska « Dreamland », une reprise du « Dream Island » des El Tempos (Vee Jay) et sa sublime ballade doo wop « I Need You So ».

Ces morceaux sont disponibles sur différentes compilations de vinyle sorties chez Studio One. On les trouve aussi sur les compilations posthumes en CD : Simmer Down at Studio One (1991), One Love at Studio One (1991), Rare Ska Sides From Studio One (1999), Destiny (Heartbeat 1999), Climb The Ladder (Heartbeat 2000), et Wailers and Friends (Heartbeat 1999) qui en plus d’un duo Bob Marley-Marcia Griffiths contient des morceaux où les Wailers sont simplement choristes d’autres grands artistes, comme Delroy Wilson, Bob Andy, Rita Marley & the Soulettes, Ken Boothe, Lord Brynner, Jackie Opel, Joanne Dennis et Lee « Scratch » Perry. Tous ces albums mélangent indifféremment les titres interprétés par Peter Tosh, Bunny, Bob et Junior : les Wailers.

Le 10 février 1966 Nesta se marie avec Alpharita Consticia "Rita" Anderson, du trio des Soulettes que Bob encadre chez Studio One. Rita Marley, qui a adopté Sharon Pendergast Marley, née le 23 novenbre 1965 et fille de sa cousine, est chanteuse de ska comme lui. Rita est enceinte, ils ont besoin d’argent et Nesta quitte l’île rejoindre sa mère, qui s’est remariée aux États-Unis à Wilmington, Delaware, avec un Jamaïcain, Mr Booker. Le fonctionnaire qui lui délivre son passeport n’aime pas son premier prénom Nesta et inscrit le deuxième, Robert, plus sérieux, en tête. Le diminutif de Robert, Bob, est déjà devenu le surnom de Marley à cette époque. Après son départ début 1966 il n’enregistrera plus jamais pour Coxsone Dodd chez Studio One. Pendant son voyage en Amérique, Bob est remplacé temporairement par Constantine "Dream" Walker, un des trois membres des Soulettes, qui enregistre quelques titres avec les deux autres Wailers Bunny et Peter, comme la magnifique ballade doo wop « I Need You ». Peter Tosh gravera encore quelques titres pour Coxsone comme « Rasta Shook Them Up », l’un des tout premiers titres mentionnant le mouvement Rastafari qui se répand en Jamaïque, mais les Wailers quittent Studio One où malgré un succès certain, mais limité aux pistes de danse locales, ils ne gagnent pas leur vie.

Wail’n Soul’m

Du 21 au 23 avril, l’empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié Ier, le dieu vivant des rastas jamaïcains, Jah Rastafari, fait une visite officielle qui marque fortement la population et précipite le développement de ce mouvement dans l’île. Bob Marley travaille alors dans l’équipe de nettoyage de l’hôtel Dupont à Wilmington aux États-Unis. Sa femme est présente à l’arrivée du monarque, qu’elle perçoit comme étant Jésus réincarné. Quand Bob rentre à l’automne 1966, il se déclare lui rasta et avec ses économies américaines monte sa marque de disques, Wail’n’Soul’m. Rita Marley a quitté Studio One elle aussi, et le nom Wail’n’Soul’m est un abrégé de Wailers and Soulettes music. Les disques sortiront désormais le plus souvent sous le nom de Bob Marley & the Wailers, et le cas échéant Peter Tosh & the Wailers. Le ska passe de mode et fait place au rocksteady, plus lent et plus axé sur les voix soul que sur les cuivres jazzy. Les deux premiers titres enregistrés en autoproduction par Bob Marley & the Wailers (et écrits par Bob aux États-Unis) sont « Bend Down Low » et « Freedom Time », leur premier single pour le nouveau label. « Freedom Time », à double sens, fête à la fois leur départ de chez Studio One et la fin de l’esclavage. Ils enregistrent nombre d’autres 45 tours avec d’excellents musiciens comme Winston Wright au piano et à l’orgue, le pianiste Gladstone « Gladdy » Anderson, les guitaristes Hux Brown, Lynn Taitt et Ranford "Rannie Bop" Williams, le bassiste Jackie "Sledge" Jackson, le batteur Hugh Malcolm, le percussionistes Alvin "Seeco" Patterson et Constantine "Dream" Walker (sans compter les cuivres et bois des ex-Skatalites). Tous les ingrédients du succès sont déjà là si on compare la qualité de leur travail avec celle des autres grands groupes vocaux de l’époque comme les Techniques, les Heptones ou les Paragons. Mais sans le soutien des soirées dansantes de sound systems importants comme ceux de Coxsone Dodd, ils ne trouvent que rarement preneur.

Bob, Rita, Peter et Bunny ouvrent alors une minuscule boutique et y vendent leurs 45 tours de rock steady, le nouveau style. Bob les distribue lui-même en vélo, mais malgré une apparition à la télévision dans l’émission de Neville Willoughby qui passe aussi « Nice Time » dans son émission de radio, les indépendants n’ont presque aucun succès. Avec « Bend Down Low », « Don’t Rock my Boat » (alias « Satisfy my Soul ») et « Stir It Up » (réenregistrés plus tard lors de la carrière internationale de Bob, comme beaucoup de ses meilleures compositions), il chante des paroles salaces à double sens. D’autres réussites s’appellent « Pound Get a Blow », « Hypocrites », « Fire Fire » (Simply Red en fera un tube britannique pur en 1987 sous le nom de « Fire Burning »), « I’m Hurting Inside », « Mellow Mood » (très repris par d’autres). Rita enregistre aussi son « Play Play Play » dérivé du « Turn Turn Turn » de Pete Seeger, un tube américain des Byrds qu’elle a déjà enregistré en version ska chez Studio One. Après Sharon, adoptée quelques mois plus tôt, leur première fille Cedella naît le 23 août 1967. Quand Bob Marley annonce sa prise de conscience rasta à sa mère (elle aussi prénommée Cedella), très chrétienne, elle est choquée, comme le serait tout Jamaïcain, qui considèrent à priori les rastas comme blasphématoires. Mais elle le suivra plus tard dans cette voie. On retrouve la totalité des précieux enregistrements du label Wail’n Soul’m, longtemps introuvables, disséminés sur trois albums : « Selassie Is The Chapel » (JAD 1997) qui inaugure la série The Complete Bob Marley & theWailers 1967-1972 , « Freedom Time » (JAD 2002), et le coffret Songs of Freedom, Tuff Gong/Island 1992).

JAD

Peter Tosh grave « Dem a Fi Get a Beatin’ », « Funeral » et le « Stepping Razor » de son ancien prof Joe Higgs pour Wail’n Soul’m. Il interprète de plus en plus de morceaux en duo avec Bob (« Fire Fire ») ou avec Bunny et Bob aux harmonies. Mais de juillet 1967 à septembre 1968, Bunny Livingston est en prison pour détention de chanvre, et Rita Marley remplace Bunny au sein du trio. En janvier 1968, Bob Rita et Peter Tosh rencontrent le chanteur américain Johnny Nash, déjà une vedette de télévision, et son imprésario Danny Sims, qui cherchent à enregistrer du rocksteady pour lancer ce style nouveau aux Etats-Unis. Ils rencontrent d’abord Bob Marley lors d’une cérémonie rasta, et très vite les Wailers commencent à enregistrer pour eux des maquettes de chansons. Sims leur fera bientôt signer un contrat exclusif d’agent, d’éditions musicales et de production de disques. Alors que Johnny Nash enregistre en Jamaïque une série de succès rocksteady dont certains sont écrits par Bob Marley, les trois Wailers profitent de sa présence et enregistrent pour Sims - sous le nom de Bob Peter et Rita- une série de morceaux très soul/rock steady comme « Rock to the Rock », « How Many Times », « Nice Time », les ballades doo wop « Chances Are » et « Love » (Peter Tosh & Rita), « Rhapsody » (Rita et Peter) toujours avec le Gladdy’s All Stars (qui sont aussi les Upsetters originaux) : Hugh Malcolm (batterie), Jackie Jackson (basse), Gladstone "Gladdy" Anderson, Winston Wright (orgue), Hux Brown (guitare) et Denzel Laing (percussions), des musiciens utilisés également pour les séances Wail’n Soul’m. Le Sud Africain Hugh Masekela ajoutera à New York des parties de trompette. Puis d’autres cuivres, des bois et même des cordes, seront plaqués sur les bandes originales aux États-Unis par la suite.

Lors d’une séance ultérieure à Kingston, toujours dirigée par l’arrangeur de Nash, Arthur Jenkins, ils enregistrent la version originale de « Soul Rebel », « How Many Times » et « What Goes Around Comes Around » (écrit par des Américains dont Jimmy Norman, présent aux cotés de Nash) avec des musiciens américains des studios Atlantic (qui travaillent notamment avec Aretha Franklin). On y trouve leurs tout premiers véritables reggaes de 1968, avec les versions originales de « Soul Rebel », de « Hammer » mais à l’époque seules de nouvelles versions de « Bend Down Low » et « Mellow Mood » sortent sur un 45 tours JAD (distribué en France par CBS). Ils seront publiés en partie plus tard chez CBS (CD Chances Are), soit défigurés par des instruments ajoutés soit très mal remixés, soit intacts sur différents albums bon marché (comme « Jamaican Storm », etc.) passés inaperçus dans les années 1980. L’essentiel de ces séances splendides ne sortiront étonnamment qu’en 1997 sur le CD « Rock to the Rock (série « The Complete Bob Marley & theWailers 1967 to 1972 ») et pour huit titres remixés à partir des bandes originales par Bruno Blum - avec la totalité des instruments jamaïcains et moins les ajouts américains - sur « Freedom Time » (JAD 2002) dans cette même série. Johnny Nash aura beaucoup de succès aux Etats-Unis avec les rocksteady « Hold Me Tight », le « Stir It Up » de Bob et une reprise de Sam Cooke, « Cupid ». mais les Wailers ne rencontrent toujours aucun succès.

Simultanément, leur propre marque Wail’n’Soul’m publie le slow « Chances Are », « Rocking Steady », et « Hypocrites » qui deviendra, des années plus tard, très populaire dans l’île à la suite d’une réédition, ainsi qu’une adaptation de « Crying in the Chapel » (succès doo-wop très lent de Sonny Til & the Orioles en 1953, repris en 1965 par Elvis Presley) qui devient le superbe « Selassie Is the Chapel » (voir album du même nom) sous la plume de Mortimer Planno, un guide spirituel rastafarien devenu une sorte d’imprésario, et qui signe ici les paroles du premier manifeste rasta de Bob Marley. Apparaît aussi le très beau « Don’t Rock my Boat », qui deviendra un succès mondial sous le nom de « Satisfy my Soul » en 1978 (à ne pas confondre avec « Satisfy my Soul Jah Jah » - voir album du même nom- et « Satisfy My Soul Babe « (1971), très différents). Plusieurs petits producteurs, Wailers compris, comme Bunny Lee (« Mr. Chatter Box ») ou le Hollandais Ted Pouder (« Adam and Eve », « Wisdom ») tentent leur chance en 1969, mais malgré leur qualité aucune des reprises cherchant manifestement le succès ne rapporte un sou, ni « The Letter » des Box Tops chanté en reggae par Peter et Rita (« Give Me a Ticket »), ni la reprise du générique télé américain des Archies « Sugar Sugar » ni « Black Progress », une adaptation du manifeste de négritude « (Say It Loud) I’m Black and I’m Proud » de James Brown). Ces titres ne sont pour la plupart disponibles que sur les albums JAD « Selassie Is the Chapel » (JAD 1997) et « Best of the Wailers » (JAD 1997) dans la série « The Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972 ».

Tuff Gong

Peu après la naissance de son fils David "Ziggy" Marley en octobre 68 (avec « Tumblin’ Down » en 1986, Ziggy réalisera avec ses frères et sœurs le rêve inachevé de son père : obtenir un gros succès aux États-Unis), en 1969 Bob repart chez sa mère en Amérique. Après avoir dû couper ses nattes de rasta pour se présenter à un poste de docker qu’il n’obtient pas, il travaille cette fois de nuit, à l’usine Chrysler de Wilmington, où il porte des pièces. À son retour, avec ses économies les Wailers fondent les disques Tuff Gong. Ils enregistrent pour la première fois avec Aston "Family Man" Barrett et son frère Carlton lors d’une séance qui donne le « Black Progress » adapté de James Brown et le « Hold on to this Feeling » de Junior Walker (duo Bob & Rita). Les frères Barrett vont suivre Bob Marley à partir de là. En face B de « Black Progress » on peut entendre « Black Progress (version) » et « Hold on to this Feeling (version) » qui sont les premiers dubs de Bob Marley à être publiés (album « Selassie Is the Chapel », JAD 1997). Il sont mixés par Errol « E.T. Thompson » qui si l’on excepte la période Lee « Scratch » Perry, mixera la plupart des dubs originaux de Bob Marley & the Wailers sortis en Jamaïque.

Beverley’s

Mais en 1970, les Wailers enregistrent l’album Best of the Wailers pour Leslie Kong, chez Beverley’s. Pour ces séances Beverley’s, Jackie Jackson est toujours là, Hugh Malcolm a été remplacé par Michael "Mikey Boo" Richards à la batterie, et Gladstone Anderson est au piano en plus de l’orgue de Winston Wright. L’album contient les excellents « Soul Shake Down Party », « Stop The Train », « Back Out » et « Cheer Up » et ne sera publié qu’à l’été 71 après quelques singles. Faute de plaignants (Kong décèdera le 9 août 1971), des centaines de pirates différents (au son médiocre) de ces enregistrements Beverley’s seront publiés sur la planète entière jusqu’à la réédition augmentée d’inédits produits par les Wailers (dont le « Sugar Sugar » des Archies et la reprise du « Gotta Hold on to This Feeling » de Junior Walker & the All Stars - un succès américain chez Motown) dans la série des « The Complete Bob Marley & theWailers 1967 to 1972 » en 1997. Ces deux titres méconnus sont publiés à l’origine par les disques Tuff Gong, fondés par Peter, Bob & Bunny début 1970. Ce "Gong Dur" est le surnom de Bob. Il fait référence au surnom du fondateur du mouvement Rastafari, Leonard Howell, surnommé Ganguru Maragh (mais appelé "Gong", plus court) dans sa communauté philosophique, où vivaient beaucoup d’indiens dans les années mille neuf cent trente, quarante et cinquante.

Upsetter

De plus en plus désespéré, après des auditions infructueuses début 1970 Bob contacte le producteur réalisateur Lee "Scratch" Perry, un ancien de chez Studio One avec qui les Wailers ont déjà enregistré. Lee Perry a du succès à l’étranger avec sa marque Upsetter, distribuée par la marque de disques anglaise Trojan appartenant au jamaïcain Chris Blackwell, également propriétaire du label Island. Les trois Wailers travaillent alors avec Perry tout au long de 1970 et 1971 et gravent des chefs-d’œuvre impérissables parfois co-signés Perry.

Les Wailers sont à nouveau accompagnés par la rythmique extraordinaire des Upsetters, les jeunes frères Aston "Family Man" Barrett et Carlton "Carly" Barrett. On entend aussi d’autres membres des Upsetters comme Alva "Reggie" Lewis, Ranford "Rannie Bop" Williams aux guitares, Glen Adams (orgue) et Gladstone Anderson (piano). Headley "Deadly Headley" Bennett, Tommy McCook sont aux cuivres et Uziah "Sticky" Thompson aux percussions. Ensemble ils créent les arrangements de compositions somptueuses comme « Kaya » , « Sun Is Shining », « Soul Rebel », « Love Light », « Duppy Conqueror », le pot-pourri « All In One » (Part I & II) dont tous les instruments sont joués par Family Man (sauf la batterie), « Man to Man », « Small Axe », « Put It On » et bien d’autres. Des reprises, comme le « Keep on Moving » de Curtis Mayfield, « Dreamland » des El Tempos, « African Herbman » de Richie Havens sont également arrangées en reggae par les frères Barrett, Scratch et les Wailers. Lee Perry publie nombre de singles en Jamaïque, incluant les versions dub de tous ces titres mixées par ses soins. Quelques dubs, comme « Keep on Moving », sont mixés par King Tubby pour l’album des Upsetters « Blackboard Jungle Dub ». Deux albums 33 tours, « Soul Rebels » et « African Herbsman » sortiront en Angleterre chez Trojan en 1973-74, mais Peter, Bob et Bunny ne touchent presque rien. Ils sont dépités. Peu après, Patricia Williams met au monde un nouveau fils de Bob, Robert Junior, dont la mère n’est pas Rita.

L’intégrale des enregistrements de cette époque avec Scratch Perry (dubs compris) sera finalement restaurée et rendue disponible pour les CDs « Soul Rebels », « Soul Revolution Part II », « More Axe », « Keep on Skanking » et « Soul Adventurer », sans oublier le coffret long format « Rebel » qui complètera la série, publiés par JAD/55 dans la série « The Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972 ».

Avec la même équipe en 1971, les Wailers sortent alors eux-mêmes « Trench Town Rock » (où Bunny Livingston est à la basse) en Jamaïque chez Tuff Gong, leur premier gros succès depuis 1966. Il est suivi par d’autres morceaux auto produits remarqués, où les guitares sont souvent jouées par Bob et Peter eux-mêmes, comme « Guava Jelly », « Lively Up Yourself », « Screw Face », « Satisfy my Soul Babe », « Satisfy my Soul Jah Jah », « Lick Samba », « Craven Choke Puppy » (série The Complete Bob Wailers 1967 to 1972 chez JAD et coffret Songs of Freedom, Tuff Gong/Island). Des versions DJ de « Sun Is Shining » et « Don’t Rock my Boat » par Johnny Lover et de « Trench Town Rock » par U Roy (« Groovin’ Kingston 12 ») sont publiées par JAD en 2002 sur l’album « Soul Adventurer ».

Columbia

Bob part en Suède vers mai 1971. Il est salarié par Danny Sims pour composer des chansons avec Johnny Nash et son clavier texan, John "Rabbit" Bundrick, mais il ne sera jamais payé. Il y écrit de grands classiques, les enregistre à la guitare sèche et participe avec eux à la bande d’un film où joue Nash, « Love Is Not A Game », des instrumentaux aux arrangements à cordes de Fred Jordan. Le film ne reste à l’affiche que quelques jours et en janvier 1972 Bob part pour Londres rejoindre Johnny Nash qui enregistre pour Columbia son album à succès « I Can See Clearly Now » où figurent quatre des compositions de Bob. Bob signe lui aussi un contrat avec Columbia et enregistre avec des musiciens noirs basés à Londres (sauf John « Rabbit » Bundrick, le seul blanc, futur Who et Traffic) dont Anthony "Rebop" Kwaku Baah, futur Traffic, les cuivres des Sons of the Jungle, Peter Dupri à la basse, Winston Delandro à la guitare, Martin Ford au synthétiseur, et le batteur Richard Bailey. Marley enregistre avec eux le 45 tours « Reggae on Broadway » et cinq autres titres (publiés en partie sur l’album CBS posthume Chances Are en 1981) qui ne sortiront en mix d’origine qu’en 1998 sur « Satisfy My Soul Jah Jah » dans la série The Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972. L’ancien manager de Johnny Nash, Danny Sims, fera par la suite retravailler et ajouter des musiques peu inspirées, au goût du jour, autour des voix de Bob. Dans les années 80 sortiront ainsi trois albums successifs, très critiqués mais peu remarqués. Puis dans la même veine il publiera « Soul Almighty » (JAD 1996) et « Black Progress » (JAD 1998). Le 20 avril 1972, Rita met au monde Stephen, son deuxième fils et dernier enfant de Bob, qui deviendra lui aussi chanteur, comme les trois précédents sous le nom de Ziggy Marley & the Melody Makers. Le 19 mai 1972, la maîtresse de Bob, Janet, met au monde Rohan, futur champion de football américain. Rohan est adopté par Cedella, la mère de Bob. Janet lui donnera aussi bientôt une fille, Karen. Bob quitte l’Europe au printemps 1972 et part chercher son groupe à Kingston pour une tournée anglaise en soutien promotionnel au 45 tours « Reggae on Broadway » qui va sortir. Avec les frères Barrett, Peter et Bunny, il commence à répéter à Londres mais le disque ne se vend pas et après quelques concerts dont un en première partie de Johnny Nash ils rentrent aux Caraïbes au bout d’un séjour de quatre mois. Bob Marley continue à enregistrer avec Lee "Scratch" Perry. On retrouve certains de ces nouveaux titres sur "Soul Adventurer" (JAD 2002).

Island

En octobre 1972, Bob a rencontré Chris Blackwell à Londres. Le producteur jamaïcain lui a confié de quoi enregistrer un album pour sa marque anglaise Island, « Catch a Fire ». Blackwell n’a pas pu obtenir le renouvellement de son contrat avec Jimmy Cliff. Cliff tient le premier rôle dans le film jamaïcain sur le reggae « The Harder They Come », qui va beaucoup contribuer à mettre cette musique à la mode. Furieux, Blackwell, bien décidé à ne pas louper la mode naissante de la musique de son propre pays, se rabat sur Bob Marley & the Wailers. « Catch a Fire » est enregistré en Jamaïque chez Harry J, toujours avec Carly et Family Man, et avec une participation de Robbie Shakespeare à la basse sur deux titres.

Lors de rares concerts locaux, Peter Tosh est très présent à la guitare, notamment avec sa pédale wah-wah. Les trois Wailers reviennent en Grande-Bretagne pour retravailler avec Blackwell les bandes de « Catch a Fire », copiées sur seize pistes à Londres. Le 4 novembre ils accélèrent et rallongent certains morceaux par un montage, ajoutent le clavinet, le synthétiseur Moog et le piano électrique plus rock de l’anglais John "Rabbit" Bundrick, les tablas de Chris Karen et, selon la mode en 1973, les longs solos de guitare de Wayne Perkins, un professionnel américain des studios Muscle Shoals. Le disque est alors mixé sous la direction de Blackwell. Rebaptisé The Wailers par Blackwell (ils sortaient leurs disques sous le nom de Bob Marley & the Wailers depuis 1966), ils signent un contrat de disques international avec lui (sa société Island a décuplé depuis la sortie anglaise de « Judge Not » en 62). Island partagera les recettes avec Danny Sims, qui a revendu son contrat international de producteur exclusif à Blackwell. Ce nouvel investissement leur donne la clé de la réussite et imposera bientôt le reggae dans le monde. Le 33 tours est présenté comme l’album conceptuel d’un groupe de rock noir, The Wailers, révélé au public par les prestigieux disques Island. Il obtient un succès d’estime dans la presse rock blanche. On y trouve des joyaux comme « Slave Driver », « Stir It Up », « Kinky Reggae ». Les versions originelles antérieures de morceaux comme « Concrete Jungle » (déjà réalisé avec Lee Perry) sont peut-être plus magnifiques encore, mais les techniques de réalisation à l’européenne de Blackwell imposent le groupe, qui est ravi de percer ainsi. Une deuxième tournée anglaise a lieu en avril 1973. Bunny Livingston quitte le groupe en pleine tournée, déçu par les pressions psychologiques, financières, le climat et le mode de vie occidentaux. Il se rebaptise Bunny Wailer pour sa carrière solo qui connaîtra quelques succès comme l’album Blackheart Man enregistré avec le groupe de Bob Marley (et Bob aux chœurs). Enregistré avec le jeune organiste prodige Earl Wilber Force "Wire" Lindo qui restera aussi pour les concerts, l’excellent « Burnin’ » est lui aussi tourné vers un large public. Les orientations déjà suggérées par Blackwell sont intégrées directement par le groupe. « Burnin’ » est bien accueilli, mais passe plus inaperçu. Sorti également sous le nom des Wailers, il contient pourtant « Get Up Stand Up », « Small Axe » et « I Shot the Sheriff ». Bunny est remplacé par Joe Higgs (leur ancien prof de chant) pour une tournée américaine en premier partie de Sly Stone. Les Wailers sont évincés de la tournée après trois concerts et enregistrent pour une émission de radio californienne ce qui deviendra le CD « live en studio » « Talkin’ Blues ». Ensuite, après quelques concerts anglais avec Bob mais sans Higgs, Peter Tosh quitte à son tour les Wailers, déçu par l’attitude d’Island qui met Marley, meilleur compositeur, et à la personnalité moins arrogante, trop en avant à son goût. Quelque peu moins talentueux que Bob, Peter Tosh trouvera néanmoins le succès avec une carrière solo truffée de morceaux excellents, comme en témoigne notamment les albums « Legalize It », « Equal Rights » et « Bush Doctor ».

Bob, chante, compose, joue de la guitare et réalise lui-même ses disques pour le producteur Blackwell, qui agit en tant que directeur artistique mais n’intervient pas directement dans les studios. Eric Clapton, très coté en 74, obtient son seul numéro un en Amérique avec le « I Shot The Sheriff » de Bob Marley, qui profite beaucoup de cette publicité mais réalise que vieux son contrat d’éditions signé en 1968 avec Danny Sims lui retirent l’essentiel de ses droits d’auteur (SACEM en France).

Pour que Danny Sims, éditeur de ses compositions, ne touche pas la part des droits qui lui reviennent, Bob ne signera plus les morceaux de son propre nom. Certains sont attribués à son vieil ami du ghetto Vincent "Tata" Ford qui a un peu contribué aux paroles (il est crédité comme auteur compositeur de « No Woman no Cry » alors qu’il est à peine musicien), d’autres à un énigmatique R. Marley (Rita ou Robert ?), ou à ses amis Carlton Barrett son batteur et son ami footballeur Alan "Skill" Cole. Le stratagème réussira en fin de compte. C’est dans les années 80 en lisant Bob Marley, la biographie de Stephen Davis, que l’ayant-droit Sims comprendra la ruse, mais un peu tard. Il fera constater la fraude lors d’un procès posthume, mais malheureusement pour lui quelques mois seulement après le délai légal de pourvoi, d’où une perte sèche de plusieurs millions de dollars.

Bob Marley & the Wailers

En 1974 le groupe se recentre autour de Bob avec Aston "Family Man" Barrett, (basse) Carlton "Carly" Barrett (batterie), l’Américain Al Anderson (guitare), Alvin "Seeco" Patterson (percussions) et le trio I Three aux chœurs (Rita Marley, Judy Mowatt et Marcia Griffiths), qui comptent tous parmi les meilleurs musiciens de l’île. Le remarquable I Three apporte une couleur de chœurs féminins inédite dans le reggae. Les trois chanteuses ont déjà derrière elle de solides carrières solo, avec plusieurs succès, en particulier Marcia Griffiths qui est une véritable vedette en Jamaïque. Elle avait même déjà enregistré un duo avec Bob en 1965 pour Studio One. Cette équipe restera le groupe de scène de Marley jusqu’à la fin. Bernard "Touter" Harvey (orgue) est engagé pour compléter l’album suivant, « Natty Dread ».

La carrière solo de Bob Marley (& the Wailers à nouveau) commence alors en 1974 avec son célèbre « No Woman No Cry » (sur « Natty Dread ») où il demande à une femme qu’il quitte de ne pas pleurer, tout en décrivant leurs bons souvenirs à Trench Town. Il rappelle au passage les "hypocrites" qu’ils y ont rencontré et les amis perdus sur leur route, sans oublier leur "passé" d’esclave "qu’on ne peut pas oublier" en se dirigeant vers "ce futur magnifique". Avec d’autres titres comme une nouvelle version de « Lively Up Yourself », « Natty Dread », « Revolution », « Rebel Music », « Them Belly Full », l’album « Natty Dread » reste sans doute son plus grand chef-d’œuvre.

Différents disques restés inédits jusque là commencent à sortir sur différents labels le plus souvent illégaux. Jusqu’à la sortie de la série exhaustive des Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972, des centaines de disques pirates au son et aux pochettes souvent de qualité médiocre saturent le marché, mélangent les morceaux de différentes époques, semant la confusion et dévalorisant l’œuvre de la formation originelle du trio Wailers.

Une tournée anglaise de Bob Marley & the Wailers a lieu en 1975. Les journalistes londoniens sont très impressionnés par le concert au Lyceum de Londres qui donnera l’album « Live ! ». C’est une révélation qui lance la médiatisation intensive de Marley en Angleterre. Elle sera bientôt relayée dans le reste de l’Europe et du monde. C’est aussi la version en public de « No Woman No Cry » qui commence à passer à la radio. En quelques mois, contre toute attente Marley est une superstar. Son succès est universel et foudroyant. Il lui reste à peine six ans à vivre. Le contenu de ses chansons est fidèle à une tradition jamaïcaine que l’on retrouve dès les débuts du ska, et dont les trois principaux thèmes sont partagés à peu près également dans son œuvre :

Premièrement, on y trouve d’abord des chansons d’amour délicieuses comme « Baby Baby We’ve Got a Date (Rock It Baby », « Could You Be Loved », « I’m Hurting Inside » ou « Waiting In Vain ».

Deuxièmement, à partir de 1974 surtout, des compositions violemment contestataires où Marley défie l’autorité, un oppresseur qu’il résume sous le terme utilisé dans la Bible pour les païens : Babylone. C’est « I Shot the Sheriff au thème dérivé du « I’ve Got To Keep On Moving » de Curtis Mayfield, où il est contraint de tuer en légitime défense un policier qui le pourchasse et veut l’abattre sans raison. Il ajoute qu’il est faux de dire qu’il a aussi "tué son assistant (deputy)". C’est aussi « Concrete Jungle », le quartier de la "jungle de béton" dans le misérable ghetto de Trench Town d’où il vient et où "il faut faire de son mieux" pour tenir. C’est « Get Up Stand Up », "lève-toi et défends tes droits". C’est « Small Axe », où "la petite hache va couper le gros arbre", métaphore pour dénoncer le "big three" des distributeurs de disques de l’île. C’est encore un non-violent « Burnin’ and Lootin’ » où il exhorte le monde à "brûler et piller"... "toutes ses illusions" ou encore « Soul Rebel », « Rat Race »...

Et troisièmement, il fait découvrir au monde les racines africaines spirituelles et historiques de la civilisation en présentant la culture syncrétique d’un mouvement marginal jamaïcain qui prône le rapprochement de tous les hommes, le Rastafari. Pour les rastas, Haïlé Sélassié Ier (Jah Rastafari), l’empereur d’Ethiopie descendant direct de la dynastie du roi Salomon (selon la liturgie chrétienne orthodoxe éthiopienne) est une divinité, l’homme sacré qui incarne les valeurs chrétiennes originelles et rappelle au passage les origines africaines, éthiopiennes et égyptiennes en particulier, de la civilisation occidentale (« So Jah Seh »). L’assassinat de Sélassié en 1975 par une junte militaire sanguinaire lui fera chanter le 45 tours « Jah Live » où il proclame que Dieu ne peut mourir. Les rastas, persécutés pour blasphème dans la très chrétienne Jamaïque, se reconnaissent aux nattes naturelles (« Natty Dread ») qu’ils portent souvent (mais pas toujours) selon le vœu du nazir de la Bible. Ils sont le plus souvent condamnés pour leur consommation de chanvre (« Rebel Music »), utilisée comme partout comme un prétexte à la répression et passible de fortes peines de prison, alors que la consommation de ganja est une habitude très répandue dans toute l’île. Le 26 février 1976 naît Kymani, fils de Bob et Anita Belnavis, la championne du monde de tennis de table des Caraïbes. Kymani deviendra chanteur. Lucy Pounder met au monde un autre fils, Julian, qui deviendra lui aussi chanteur.

War

"Wire" Lindo, trop jeune, doit être remplacé par Tyrone Downie. Le musicien de studio Earl "Chinna " Smith (guitare) participe à « Rastaman Vibration », qui se vend même aux États-Unis (numéro 10) en 1976. Il contient des morceaux inoubliables comme « Positive Vibration », « Roots Rock Reggae » où il clame son amour de la musique, une reprise de son vieux « Cry to Me », « Who the Cap Fit » (anciennement « Man to Man »), « Rat Race », « Crazy Baldhead » (ces "fous chauves", les "baldheads" sans nattes, donc en principe non-rastas). On y trouve aussi le sublime « War », dont le texte est extrait d’une vibrante intervention sur le racisme et les droits de l’homme, prononcée par Haïlé Sélassié Ier aux Nations-Unies, qu’il a participé à fonder. "Tant que la philosophie qui considère qu’une race est supérieure et une autre inférieure ne sera pas finalement et en permanence discréditée et abandonnée ; tant qu’il y aura des citoyens de première et de seconde classe dans une nation ; tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus de signification que celle de ses yeux ; tant que les droits de l’homme de base ne seront pas garantis également pour chacun, sans distinction de race ; tant que ce jour ne sera pas arrivé, le rêve d’une paix durable, d’une citoyenneté mondiale et le règne de la moralité internationale ne resteront que des illusions fugitives, poursuivies mais jamais atteintes."

En occident, Sélassié est de plus en plus calomnié par la presse qui voit en lui un tyran responsable d’une famine qui décime son peuple. Les excès de l’empereur, les rivalités des seigneurs et la guerre de sécession de l’Érythrée qui continuera pendant un quart de siècle, ternissent la médaille du monarque, qui règnait de « droit divin ». Son pouvoir absolu, issu d’une tradition qui remonte à l’antiquité, ne doit pas pour autant faire oublier que Haïlé Sélassié Ier a d’abord été considéré comme l’un des plus grands chefs d’état d’Afrique, et le plus souvent respecté en tant que tel. La réalité historique est sans doute bien plus nuancée, mais le défunt devient un bouc émissaire. Bob Marley chantera bientôt qu’on ne peut pas arrêter le temps, qui dévoilera la vérité. Le contenu du message rasta est souvent mal compris, et surtout dans les pays non anglophones, mais le mystère et les images qui l’entoure fascinent le public. Les foules retiennent d’abord des rastas qu’ils fument beaucoup de chanvre, qui reste avant tout un symbole de non-conformisme ("cette pochette de disque est parfaite pour séparer les graines de l’herbe" -album « Rastaman Vibration »).

Bob Marley est de plus en plus considéré comme la voix des défavorisés, des déracinés du monde entier. Jusque là, les vedettes auxquelles s’identifiaient les gens issus d’un milieu modeste étaient monnaie courante. Mais cette fois, le développement des médias, le marketing d’Island et le talent de Bob Marley rendent peu à peu le phénomène mondial. La presse rock, convaincue par son talent, son attitude contestataire et l’essence soul de sa musique considère Marley comme faisant partie de leur culture pop, contrairement à d’autres artistes "du tiers monde" pourtant de même nature. Les médias nationaux s’emparent de plus en plus de la nouvelle idole. L’identification est l’essence de la musique populaire, et à l’époque du choc pétrolier, de la crise économique naissante, qui met fin aux trente "glorieuses" de l’économie capitaliste et dévoile les premiers développements du chômage, Bob Marley commence à conquérir toutes les couches de la société, et ce sur tous les continents. Cependant, malgré un quota de talents locaux et actifs très au-dessus de la moyenne, aucun autre artiste jamaïcain ne parvient à percer à l’étranger de façon conséquente.

Bob Marley est devenu une superstar dans son pays, où dans son sillage le mouvement rasta se développe à la manière d’une mode chez les musiciens, et dans le public. Les rastas se rapprochent dangereusement du Premier Ministre Michael Manley, et Bob devient l’homme à abattre. Début décembre 1976, en pleine campagne électorale aux allures de guerre civile, neuf tueurs entrent chez Bob à Kingston. Les hommes de main sont employés par des gangs manipulés par l’opposant au gouvernement de gauche de Manley. Soutenu par la CIA, Edward Seaga cherche à prendre le pouvoir, mais la violence n’empêchera pas Manley d’être réélu.

Les meurtriers tentent d’assassiner Bob Marley, sa femme, et leur nouvel imprésario Don Taylor, atteint de six balles (il survivra). Rita est blessée, Bob est touché au bras et au torse. Résolus à ne pas céder à l’intimidation, Marley et les Wailers jouent tout de même deux jours après comme prévu (avec des bandages, et Cat Coore de Third World à la basse) au concert géant Smile Jamaica du Heroes National park devant 80.000 personnes, puis s’exilent à Londres.

Exode

Bob emménage alors avec la Jamaïcaine blanche Cindy Breakespeare, Miss Monde 1976, avec qui il aura un fils. Les paparazzi anglais les pourchassent. En 1977 Julian "Junior" Marvin, un guitariste anglo-américain d’origine jamaïcaine, est incorporé au groupe qui passe plus d’un an à Londres, en pleine explosion punk. Bob Marley & the Wailers jouent en Europe, et enregistrent beaucoup à Londres, aux studios de Basing Street.

L’album « Exodus », sur le thème du rapatriement des Afro-américains en Afrique, reçoit la consécration du public. Il contient d’énormes succès comme « Natural Mystic », « So Much Things to Say », « Exodus », « One Love » en medley avec « People Get Ready » (de Curtis Mayfield) et ses tubes internationaux « Jamming » et « Waiting In Vain ». On remarque un grand nombre de chansons d’amour à un moment où il est très amoureux de sa compagne Cindy.

Au printemps, c’est la plus grosse tournée reggae de l’histoire qui embarque. Bob est un footballeur de niveau professionnel, et il joue sans arrêt avec son entourage. Un de ses meilleurs amis, Alan "Skill" Cole, est l’ancien avant-centre de l’équipe de Jamaïque. À Paris, en mai, à la suite d’un accident lors d’un match amical Wailers-monde du spectacle, un docteur diagnostique une tumeur et recommande l’amputation du gros orteil droit de Bob. Les six concerts du Rainbow de Londres sont filmés, et Bob Marley ne subit que très tardivement l’ablation partielle de son orteil. La fin de la tournée est annulée pour lui permettre de soigner son pied douloureux. Des millions de Jamaïcains vivent en grande-Bretagne depuis l’indépendance de leur île en 1962, et les punks anglais ont adopté le reggae. Bob enregistre ensuite « Punky Reggae Party » (sur des paroles de Lee "Scratch" Perry, qui réalise la séance) où il cite les groupes de rock Jam, le Clash, les Damned et Doctor Feelgood.

En 1978 c’est l’excellent album Kaya, souvent mal accueilli à l’époque par la critique, qui trouve Marley plus commercial et moins révolutionnaire depuis qu’on lui a tiré dessus. On y trouve au moins quatre gros succès : « Easy Skanking », « Is This Love », « Satisfy My Soul » (anciennement « Don’t Rock My Boat ») et le spirituel « Running Away ». Le 22 avril 1978, Bob Marley rentre triomphalement dans son pays pour le One Love Peace Concert où il parvient à réunir sur scène les opposants politiques Seaga (dont les hommes de main avaient essayé de le tuer) et Manley, deux ennemis jurés. C’est le plus beau jour de sa vie. Il essaie de rapprocher les deux factions armées de l’île en s’entourant constamment de leurs deux chefs gun men, leur offre des cadeaux et qui, sous son aura, en viennent à sympathiser. Le jour, Bob distribue de l’argent à ceux qui en ont besoin. La queue est souvent longue devant sa maison. Il dépense ainsi des millions de dollars en liquide. Quand il n’a plus d’argent, il se promène avec ses poches retournées dépassant de son pantalon. Bob Marley est décoré de la médaille de la paix des Nations Unies. La vidéo « Live at the Rainbow » sort dans le commerce. Ses chorises, le I Three, enregistrent le disque « Aux armes et cætera » avec Serge Gainsbourg à Kingston.

Le 26 juin, le double Babylon by Bus est enregistré en concert au Pavillon de Paris (et pas ailleurs : les crédits de pochettes sont erronés). À cette occasion Bob encourage l’exubérant soliste Junior à jouer très en avant alors qu’habituellement, il doit se retenir, ce qui donne une couleur rock au disque. À la fin de l’année après plusieurs tentatives d’obtenir un visa, Bob visite enfin la communauté éthiopienne des rastas "revenus au pays" à Shashemane sur une terre offerte par feu Sélassié dans une Ethiopie dévastée par la révolution. Mais les rastas sont trop peu pour qu’il y construise le studio prévu. Le 21 juillet 1979, Cindy Breakspeare, que Bob aime tendrement, met au monde Damian Marley, qui deviendra, lui encore, chanteur.

Le guitariste Al Anderson et l’organiste Earl "Wire" Lindo s’ajoutent au groupe. Après un dernier chef d’œuvre, « Survival » en 1979, le déclin physique (mais pas musical) commence en pleine tournée mondiale, qui passe par la Nouvelle Zélande, l’Australie, le Japon. « Survival » est un album sophistiqué où différentes influences se font sentir. Il contient des classiques comme « So Much Trouble In the World », « Africa Unite », « Ambush In the Night », qui fait allusion à la tentative de meurtre dont il a fait l’objet, et « Zimbabwe » (écrit en Ethiopie) en référence au pays dont s’annoncera bientôt l’indépendance. Aux États-Unis à Boston il chante au stade de Harvard afin de réunir des fonds pour les combattants de la liberté africains, et prononce un discours pour la légalisation du chanvre, l’unification de l’humanité et la reconnaissance de l’identité divine de Haïlé Sélassié, le Ras Tafari descendu du roi Salomon selon la liturgie éthiopienne.

Zimbabwe

En 1980 Bob Marley accomplit son rêve de jouer en Afrique, invité officiel au Gabon en janvier (où il découvre que son manager Don Taylor l’escroque) et le 17 avril à la cérémonie d’indépendance du Zimbabwe, dernier pays africain à obtenir l’indépendance. Il dépense personnellement deux cent cinquante mille dollars pour déplacer son groupe et le matériel nécessaire pour le son. En plein concert, sous la pression de milliers de spectateurs restés dehors, la barrière cède. Les invités officiels s’éparpillent. Les gaz lacrymogènes dispersent la foule, et le groupe, qui rejoue le lendemain. En été, une tournée européenne lance l’album « Uprising », encensé par la presse. Le disque contient encore de nombreux titres très forts, comme « Zion Train », sur le paradis terrestre de Sion, « Pimper’s Paradise », sur les jolies écervelées qui risquent de devenir des victimes, le mystique « Forever Loving Jah », « Coming in From the Cold », et surtout « Could You Be Loved » au tempo rapide et au rythme plus américain, qui s’annonce enfin comme le morceau capable d’ouvrir définitivement le marché des États-Unis. Mais s’il est vrai que titre restera son plus gros succès américain, Bob n’aura pas le temps d’en effectuer la promotion.

En septembre il joue au Madison Square Garden de New-York en premier partie des Commodores, bien décidé à s’imposer en Amérique, un succès crucial pour lui, mais qui lui a toujours échappé. Le lendemain il s’effondre pendant son exercice de course à pied quotidien à Central Park. On lui annonce que son mélanome s’est étendu aux poumons et au cerveau, et qu’il n’a plus que quelques semaines à vivre. Il garde le secret pour que sa famille le laisse jouer un dernier concert le 23 septembre à Pittsburgh, où il termine avec une émouvante version de « Redemption Song », une chanson lourde de sens aux allures de testament musical, qui clôt à la guitare sèche son ultime album : "Pendant combien de temps vont-ils tuer nos prophètes, tandis que nous restons là à regarder ?".

Débordé, sous la pression du succès - et sans doute mal conseillé - il ne s’était pas soigné correctement à temps, d’où le développement de son mélanome. Il part alors pour l’Allemagne où un ancien docteur nazi, le docteur Issels, le maintient en vie au prix de grandes souffrances. Début mai, tout espoir est abandonné et décharné, rasé, il retrouve sa mère à Miami. Il meurt entouré de ses enfants. Son dernier mot est pour son fils Ziggy : "l’argent ne fait pas la vie."

Time Will Tell

Le monde est sous le choc. Partout, sa musique retentit. En Angleterre, le lugubre « Redemption Song » hante déjà les juke-boxes de tous les pubs, et toutes les radios diffusent sa musique alors que la France acclame François Mitterrand, élu la veille au soir. En Jamaïque, le parlement suspend ses séances pendant dix jours. L’éloge funèbre des funérailles nationales est prononcé par le premier ministre de droite, Edward Seaga, récemment élu, qu’il détestait. La cérémonie est organisée par des prêtres orthodoxes éthiopiens, l’antique religion chrétienne de la dynastie salomonique de Haïlé Sélassié. Alan Cole, l’ami de Bob, rappelle au public les convictions rastafariennes de Marley et rejette politiciens et cérémonie chrétienne dans un discours de défiance. Sur des dizaines de kilomètres, le convoi qui traverse l’île jusqu’à son village natal est entouré par une foule immense. Robert Nesta Marley repose dans un mausolée au sommet de la colline de Nine Mile qui l’a vu naître, avec au doigt l’antique bague de famille que lui offrit le premier fils et héritier de Sélassié, Asfa Wassen, à Londres en 1977. Il ne l’avait jamais quittée depuis (voir la pochette de la compilation Legend). Quelques semaines plus tard Yvette Crichton met au monde Makeda Jahnesta Marley, sa dernière fille.

L’anniversaire de son décès devient un jour férié en Jamaïque, où plusieurs timbres seront créés à son effigie. Il laisse douze ou treize enfants d’une dizaine de femmes différentes, des dizaines de millions de dollars, mais pas de testament. La maison des quartiers chics qu’il avait racheté à Chris Blackwell au 56 Hope road devient le musée Bob Marley. En 1981 la compilation « Chances Are » (WEA) présente des enregistrements de 1968 et 1971 retravaillés et remixés sans le concours de Marley, avec un résultat très critiqué. En 1983 sort la compilation d’inédits « Confrontation » (Island) contenant un nouveau succès mondial, « Buffalo Soldier ». Ce morceau rappelle que les premiers bataillons noirs de la cavalerie américaine étaient des guerriers entraînés à tuer les redoutables Indiens, qui prenaient ces "dreadlock rastas" à la peau noire pour des bisons, des "buffalos" réincarnés réputés invincibles. En 1983 une partie des excellentes bandes originales de Danny Sims de 1968 sortent sous des titres différents dans chaque pays. En Angleterre l’album s’appelle sJamaican Storms (Bellaphon) mais passe inaperçu. La compilation « Legend » (Island) sortie en 1984 deviendra une des plus grosses ventes de tous les temps. Une vidéo du même nom contenant tous les clips vidéo du disque sort aussi.

Petit à petit, les masses africaines adoptent Marley, qu’elles découvrent souvent seulement après sa mort. En 1985, l’album « Bob, Peter, Bunny & Rita » (Jamaica) est lancé par Danny Sims. Il contient des titres de 1967-1971 retravaillés après sa mort mais la piètre qualité de la musique ajoutée par Joe Venneri aux enregistrements de voix n’a aucun succès, et le disque disparaît. En 1986, la vidéo documentaire « Carribean Nights » contenant beaucoup d’extraits de concerts est mise en vente. En 1988, Danny Sims essaye à nouveau d’enrober les voix des Wailers (« Bob Marley », Urban-Tek) avec des arrangements plus électroniques cette fois mais n’a pas plus de succès que la tentative précédente. Les disques sortis chez Island se vendent en revanche de plus en plus chaque année, comme le splendide coffret 4 CD regorgeant d’inédits, en édition limitée à un million, « Songs of Freedom » (1992), vite épuisé. En 1991, d’introuvables et somptueux enregistrements soul et ska des débuts chez Studio One sortent sur le CD « One Love » (Heartbeat/Média 7) et le film documentaire « Time Will Tell » sort au cinéma et en vidéo.

En 1996, le CD « Soul Almighty-The Formative Years Vol. I » (JAD/Pense à Moi/EMI) propose des enregistrements entièrement retravaillés, toujours par Joe Venneri et Arthur Jenkins, autour de voix datant de 1967-1971. Cette fois le résultat est un peu plus convaincant, et le disque a un certain succès malgré un tollé de la presse. Plusieurs enfants de Bob y participent. Un intéressant CD ROM signé Roger Steffens est inclus sur l’album audio. En 1997, les enregistrements originaux de l’essentielle période d’avant Island commencent enfin à sortir, entièrement restaurés pour la série de dix album des « Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972 » dont les deux derniers albums paraîtront en 2002. Mais l’empoignade juridique pour l’héritage n’en finit pas. Bunny Wailer et Rita Marley (qui a hérité de tout) se disputent les disques Tuff Gong. Les premiers enfants de Bob, Ziggy Marley & the Melody Makers, perpétuent sa mémoire avec dignité et succès : en 1986, leur « Tumblin’ Down » a été une grosse vente aux Etats-Unis. En 1997, Stephen Marley chante « No Woman No Cry » avec le groupe de rap les Fugees, une énorme vente mondiale alors que ses demi-frères Julian et Damian (sous le nom de Junior Gong) lancent chacun leur premier disque et partent en tournée. En 1999, un album de hip hop avec les plus grandes vedettes du moment, dont Lauryn Hill, présente des duos basés sur des prises inédites des morceaux de Bob Marley. Le projet est organisé par Stephen Marley, qui interprète un duo avec son père.

Bob Marley a fait découvrir au monde le reggae, une riche, créative et originale forme de rhythm and blues qui a considérablement influencé la musique populaire occidentale, et ce bien plus qu’il est généralement admis (remix, rap et basses proéminentes notamment viennent directement du reggae). Mais au delà du reggae, sa musique a touché tous les publics, transcendant les genres, comme en témoigne un large culte, encore en pleine expansion dans le monde entier à la fin du vingtième siècle. Pourtant la dimension de Marley est infiniment plus importante que celle d’un simple chanteur populaire. Cherchant à l’origine la dignité pour son peuple bafoué par des siècles d’esclavage (« Redemption Song », « Slave Driver ») et d’oppression économique, il incarne bientôt l’éveil de l’humanité entière à une révolution pacifique contre un oppresseur qu’il décrit païen, capitaliste, corrompu, raciste et hypocrite à la fois. Avec une authenticité et une force inégalée depuis, il a su envers et contre tout conquérir le monde en un temps record avec cette identité. Il est devenu un des grands symboles universels de la contestation, supplantant bien souvent dans l’inconscient collectif des masses des combattants politisés du type de Che Guevara (la proche révolution cubaine l’a d’ailleurs marqué), Malcolm X, Marcus Garvey, Léon Trotsky, Nelson Mandela ou Thomas Sankara. Pour certains, son message d’abord spirituel, culturel, et enrobé d’un prosélytisme à consommer du chanvre détourne les masses qui lui sont acquises d’une action plus pragmatique, et ne les incite pas toujours suffisamment à s’organiser comme ils pourraient le faire pour mieux défendre leurs droits ; il est pourtant incontournable que Marley, ayant toujours martelé l’unité des peuples comme une nécessité, à commencer par ceux d’Afrique, a bel et bien indiqué un début de solution.

Quoi qu’il en soit, miroir de l’esprit rebelle des peuples opprimés, héros, exemple et modèle à la fois, Bob Marley est considéré par plusieurs générations déjà comme le porte-parole défunt mais privilégié des défavorisés. Il est avant tout le premier musicien auteur compositeur interprète à incarner et assumer pleinement cette identité de porte-parole contestataire et symbolique à une échelle mondiale, un statut que d’autres comme James Brown, Bob Dylan ou John Lennon ont approché mais n’ont jamais totalement obtenu ou assumé pour diverses raisons. Avec dans son message l’essentiel ingrédient spirituel et culturel rasta, Bob Marley a été plus loin que la protestation d’ordre social stricto sensu, en dénonçant avec raison et insistance la falsification et l’omission de toute l’histoire africaine par les religions occidentales et les historiens colonialistes (« Zion Train »). Marley confronte l’humanité à une approche de l’histoire jusque là essentiellement ignorée, puis de plus en plus largement admise, étudiée, et reprise. Son approche théologique rastafarienne, relayée par sa célébrité, fait de Marley l’objet d’un grand nombre de réflexions de nature hagiographique. Beaucoup voient dorénavant en lui une sorte de premier prophète multimédia, le fils d’un Blanc et d’une Noire, signe d’un métissage planétaire unificateur dont l’avenir dépend en bonne partie d’une meilleure connaissance du passé. Comme l’écrivait le New-York Times de façon peut-être aussi ironique que prophétique quinze ans après sa disparition, "en 2096, quand l’ancien tiers-monde occupera et colonisera les anciennes super-puissances, Bob Marley sera commémoré comme un saint."

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Date de parution vendredi 12 mai 2006 14:47

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