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Brésil : La guerre à la drogue tue plus d’enfants que l’Intifada

A contre-courant de la nouvelle stratégie européenne sur les drogues, quelques voix, en plein délire sécuritaire, plaident pour une application très stricte de la prohibition, accompagnée de mesures d’exception afin de démanteler les gangs de nos cités. D’après certains "journalistes" des média trash, comme TF1 en France, certaines banlieues européennes ressembleraient aux pires favelas de Rio. Là-bas, des gouverneurs, des policiers et des militaires appliquent une loi très prohibitionniste avec des méthodes ultra-violente, héritage de la dictature militaire et de la forte influence américaine. Résultat : ce pays supporte un taux de morts violentes comparable à une zone de guerre avec un quart des victimes mineures, les gangs contrôlent l’intégralité des favelas, la police et l’armée sont corrompues et n’ont plus la confiance du peuple, la consommation continue de progresser. Un exemple à suivre ?

Un immense marché pour le cannabis et la cocaïne
Le Brésil est un pays producteur de cannabis et une zone de transformation et de transit pour la cocaïne andine. Il serait le deuxième plus gros marché intérieur, après les USA, pour la consommation de coke et dans le peloton de tête pour la consommation de cannabis. D’après une étude réalisée en 2001 par le Brazilian Drug Observatory, 6,9% de la population urbaine consomment du cannabis. C’est aussi l’une des régions du monde où les disparités sociales sont les plus flagrantes. Ce cocktail détonnant a favorisé le développement d’une économie de survie fondée sur ces deux produits. La production, la transformation et le transit se déroulent en zone rurale, andine et amazonienne pour la coca, Nordeste et grand sud pour le cannabis. Le commerce, surtout organisé en gangs, est plutôt urbain, même si la consommation augmente à la campagne (80% du territoire). En effet, les classes moyennes et supérieures, grosses consommatrices et garanties de bonnes marges bénéficiaires, sont concentrées dans les agglomérations. La production de cannabis est destinée au marché local alors qu’une majorité de la coke repart vers l’Amérique du Nord via les Caraïbes ou vers l’Europe via l’Afrique.

Un système social très inégalitaire
Le Brésil est un pays émergeant où un quart de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, Moins de 1% de la population possède près de 50% des terres et plus de 70% des richesses. Le marché des drogues constitue une des seules opportunités de gains pour les plus pauvres et une importante source d’argent noir pour les plus riches ou les mieux placés. Le contrôle de la "boca de fumo", scène ouverte de deal, d’une grosse favela comme Rocinha à Rio (150.000 habitants) rapporterait chaque mois 3,5 millions de dollars. Pendant des années, les autorités ont totalement abandonné ces territoires, sans aide sociale, ni emploi, ni logement décent. Les gangs ont pu facilement occuper l’espace laissé libre, certains chefs assez partageurs sont considérés comme des Robin des Bois. Le marché des drogues est calqué sur le reste de la société, la masses des petits se partages les miettes mais c’est déjà beaucoup pour ceux qui n’ont rien. L’organisation familiale et sectorielle est moins hiérarchisée que Cosa Nostra ou les triades chinoises. En plus des soldats permanents, les comandos recrutent souvent des occasionnels. Il existe 700 favelas rien qu’à Rio, les narcos y emploient plus de 10.000 personnes dont beaucoup sont des enfants (étude menée en 2002 pour l’Organisation Internationale du Travail).

Un phénomène urbain mais aussi rural
De même, sur les 40.000 travailleurs agricoles des 118.000 hectares de plantations du triangle de la marijuana, sur les Etats de Bahia et de Pernambuco, plus de 10.000 sont des mineurs, souvent victimes d’enlèvements puis réduits en esclavage. Les distributions de cocaïne et de crack sont fréquentes afin d’augmenter une productivité qui a triplé en dix ans. De manière générale, l’esclavage et la violence patronale en milieu agricole restent très répandus au Brésil, les salaires et le prix payé pour les récoltes légales restent très bas. La production de cannabis s’étend donc à des zones où l’agriculture est très bien développée comme le Mato Grosso. Les fermiers utilisent l’argent du cannabis pour développer plus rapidement leur production industrielle de soja. Entre survie et cash-flow, le narcobusiness irrigue une bonne partie de la société brésilienne malgré des dérives intolérables. Depuis plus de vingt ans, la seule réponse des autorités reste la répression maximale, sans respect des droits fondamentaux. Les autorités éliminent les fourmis trop voyantes et rackettent les gros caïds.

Escadrons de la mort et guerre des gangs
Pour le seul Etat de Rio, entre 1987 et 2001, environ 3.900 enfants et adolescents sont morts par armes à feu (sans compter les milliers de disparus). Sur la même période, le très médiatisé conflit Israélo-palestinien a causé 467 victimes mineures. Seuls les enfants des pires guerres, comme au Libéria ou en Sierra Leone, ont payé un plus lourd tribu à la bêtise et la cruauté des adultes. Pour la population entre 10 et 49 ans, le taux d’homicide a augmenté de 444% sur les vingt dernières années. Avec 5% des affaires criminelles punis par la justice, les assassins, avec ou sans képi, peuvent poursuivre leurs morbides activités sans souci. Une répression féroce menée par la police, l’armée et de nombreux escadrons de la mort ainsi que des batailles rangées entre gangs pour le contrôle des bocas de fumo, des plantation à la campagne et des jeux d’argent clandestins sont responsables de ces chiffres atroces. De gros gangs, comme le Comando Vermelho de Rio, peuvent aligner plus de cents "soldats" équipés d’armes de guerre et de gilets pare-balles. En 2004, la police militaire a du mobiliser plus de 1200 hommes pour tenter de pacifier la Rocinha après deux jours de guérilla urbaine entre gangs. Bilan : 10 morts et la police qui s’enfuie après quelques jours d’occupation sous couvre-feu. Les gangs crient victoire. La police vengera ses morts par d’autres exécutions.

Une population sous pression
En 2002 déjà, les comandos avaient totalement bloqué la ville pendant une journée, exécutant ceux qui osaient braver leur interdiction de travailler. Encore aujourd’hui, un deuil général est imposé à toute la favela quand son chef est tué. Les gangs réquisitionnent des maisons ou des gens et espionnent toute la population. La police, très corrompue, pratique des enlèvements et la torture, elle participe officieusement aux opérations de "nettoyage" des escadrons paramilitaires, souvent sur la demande des maires, des gouverneurs et des gros propriétaires. Lorsque la misère déborde sur les quartiers chic, on l’éradique sans autre forme de procès. Depuis 25 ans, les habitants des favelas vivent entre le marteau et l’enclume, sans réel espoir d’amélioration. En 1994, sous la pression des média, l’armée fédérale a occupé les favelas pendant des mois. Résultat ? Aucun sur le trafic mais ce corps d’élite, autrefois très respecté pour son incorruptibilité, se trouva au centre d’une vaste polémique avec pots de vin, tortures, arrestations arbitraires et exécutions sommaires. L’armée se retira sans gloire pour ne revenir qu’à l’occasion de raids guerriers avec le soutien d’hélicoptères, une sorte de bataille d’Alger sauce samba. La population y perdit ses dernières illusions et se soumet depuis aux gangsters et aux policiers véreux.

La "War on drug" poussée à l’extrême
Au Brésil, comme en Colombie et bientôt en Afghanistan, la guerre à la drogue tue des dizaines de milliers de pauvres, enrichit encore plus les puissants et le narcobusiness continue de progresser. Pourtant, ces pays ont englouti des milliards de dollars d’aides internationales, se sont dotés de lois et de moyens d’exception, violent les droits de l’homme soi-disant pour la bonne cause. Ces bons élèves de la prohibition mènent une guerre civile contre les plus fragiles de ses citoyens et sont totalement gangrenés par la corruption et l’argent noir. Alors, lorsque Didier Jayle, président de la MIDLT française, réclame tous les moyens pour éradiquer le trafic de cannabis dans les banlieues, lorsque Dominique de Villepin lance 8.000 flics et pandores sur les lycées et les collèges français réputés sensibles, lorsque certains au FN, à l’UDC et ailleurs rêveraient d’avoir les mêmes pouvoirs qu’au Brésil, lorsque George Bush assimile la consommation de cannabis à un soutien aux terroristes... Ils jettent de la poudre aux yeux et ne protégent en rien ceux qui risquent de se la mettre dans le nez. Les citoyens européens ne doivent pas oublier les morts et la casse sociale qu’entraîne inévitablement la prohibition poussée à son paroxysme. La guerre à la drogue n’est pas qu’un slogan, c’est une réalité sanglante, surtout pour les usagers de stupéfiants en Europe mais pour toute la population dans les pays plus pauvres et moins structurés.

Une version soft pas plus efficace
Aux USA, 0,5% de la population totale est contrainte au travail forcé dans les pénitenciers pour cause de drogue, 50% des jeunes noirs sont sous procédures judiciaires et les armes à feu sont la première cause de mortalité dans de nombreux secteurs. Au Canada, un gang de Hell’s Angels a réussi à corrompre le mari de la Ministre de la justice. La démocratie ne protège pas des dérives de cette vaine politique guerrière. Plus la répression s’intensifie, plus les trafiquants s’organisent, plus la violence augmente et le droit recule, plus graves sont les conséquences pour les consommateurs et les populations les plus fragiles. La guerre à la drogue couplée à la diminution des aides sociales, au chômage chronique et à la perte de confiance dans les institutions provoquent des dégâts énormes mêmes dans des sociétés développées comme les nôtres. Pourquoi aggraver la situation sans efficacité ?

Une lueur d’espoir
Le Brésil fut longtemps un exemple de système ultra-libéral protégé par une police fasciste. Espérons pour tous les habitants des favelas et des campagnes que Lula parviendra à réformer le pays. Le gouvernement vient d’introduire des programmes de réduction des risques inspirés des modèles européens, il a lancé une étude sur les applications légales du chanvre, il tente de créer un système de protection sociale minimaliste, il poursuit la réforme agraire. C’est en s’occupant enfin de toute sa population que l’Etat brésilien peut espérer réduire le narcobusiness. Il doit aussi agir directement sur ce marché. Une réglementation tolérante du cannabis priverait les gangs de la majorité des clients et du chiffre d’affaire. Que sont les risques liés à la consommation de cannabis comparés au carnage que provoque son interdiction ?

Pour en savoir plus, une excellente brochure en anglais.
"A pointless war, drugs and violence in Brazil" Transnational Institute.
Laurent Appel
Date de parution vendredi 14 janvier 2005 12:55

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5 août 2012 par le Fils de l homme

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