CH : Libéré de l’infraction à la loi sur les stupéfiants
http://archives.lematin.ch 22/08/2001
Décision de plus en plus fréquenteClaire-Lise GenoudBob Marley en musique de fond, et d’emblée l’odeur du chanvre qui chatouille l’odorat du visiteur.
Dans son deux-pièces d’un village neuchâtelois, C. F., 30 ans, fume son ixième joint de la journée. Enveloppé dans ses volutes, il se déplace avec précaution, légèrement voûté. Et pour cause. Derrière son look rasta se cache une grave maladie rhumatismale qui porte le nom barbare de « spondylarthrite ankylosante ». Cette dernière, qui s’est déclarée il y a quelques années à la suite d’un accident de voiture, bloque les articulations et détruit petit à petit le cartilage. Déjà sa mobilité est réduite, les médecins lui conseillent de poser des prothèses à la place de ses hanches. Lui résiste.
Ras le bol des opérations !D’une voix posée, il raconte : « Adolescent, je fumais du cannabis par plaisir ; aujourd’hui, c’est un besoin. Je me suis rendu compte qu’il atténue mes douleurs et réduit ma consommation de médicaments. Il me donne même de l’appétit. Sans nourriture dans l’estomac, je serais incapable de supporter la quinzaine de pilules quotidiennes qui m’ont été prescrites. » De plus, lorsque la douleur devient trop persistante, surtout la nuit, il fait l’économie d’un somnifère.Réserve de survieProgrammeur-analyste dans une assurance, C. F. doit se résoudre au milieu des années 90 à renoncer à toute activité professionnelle et organise sa vie au mieux : « Lors d’un banal contrôle routier de police, en mai dernier, je me suis fait surprendre avec 2 grammes de chanvre et 0,5 gramme de haschisch. »
Réserve de survie qu’il conserve en permanence sur lui. Dénoncé au préfet de police du district d’Yverdon, il est alors condamné à 300 francs d’amende pour contravention à l’article 19a de la loi fédérale sur les stupéfiants.
Demandant un réexamen de sa condamnation - par bonheur, il possède un certificat médical l’autorisant à user à titre thérapeutique de la fleur de cannabis -, il reçoit en date du 10 août de cette année un nouveau prononcé qui le libère de l’infraction sur les stupéfiants. Spécialiste de ce domaine, André Fürst, de Chanvre-Info, reconnaît que « de plus en plus de médecins prescrivent du chanvre pour atténuer les effets des maladies chroniques ».
C. F. fait partie des chanceux. Pour mémoire, la semaine passée, le Tribunal fédéral a débouté une femme qui avait pourtant mis fin à son alcoolisme en consommant du chanvre sous forme d’infusion. Jean-Pierre Egger, avocat et président de l’Association suisse des amis du chanvre, admet qu’une petite dizaine d’affaires de ce genre se sont résolues ces dernières années. Il déplore cependant la rigueur des jugements de la plus haute instance judiciaire de notre pays.Au milieu de tagètes orange, C. F. cultive avec soin quelques belles plantes sur son balcon. Sur la table de son salon, des fleurs séchées prêtes à la consommation. Bob Marley s’est tu.
C. F. vient d’éteindre son joint. Les substances actives qu’il contient se sont répandues dans son corps, il ressent alors un « bien-être », comme il dit, que d’autres malades chroniques doivent lui envier.









