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Cannabis à l’école : pas encore de prévention systématique

2005/01/12 - La Liberté

JOINTS - La sensibilisation dans les classes, assurée par des organismes extérieurs, est tributaire des demandes des établissements, et des possibilités de financement. Mais l’Etat aimerait coordonner les efforts, en intégrant davantage les acteurs du monde scolaire

Les spécialistes de la prévention ont été considérés un peu comme des magiciens. Nous sommes assez réticents par rapport aux effets de leurs interventions ponctuelles dans les établissements." Les propos de François Delessert, directeur pédagogique de l’Office des écoles en santé, illustrent bien la volonté du canton de donner un nouveau cadre à la prévention de la consommation de cannabis dans les écoles. Actuellement, les actions en la matière ne font l’objet d’aucune coordination cantonale. Les directions d’établissements font appel, au gré des circonstances ou de leur intérêt pour la question, à des organismes extérieurs tels que Place publique ou le Centre d’aide et de prévention. Le financement de ces interventions s’avère souvent problématique (lire encadré). "Ce système ne nous convient pas", reconnaît Eric Toriel, secrétaire de la Commission cantonale pour la prévention et la lutte contre la toxicomanie. "Il faut que les actions soient personnalisées, mais qu’elles reposent sur un certain nombre de règles."

Climat des établissements
Un nouveau projet de concept de prévention, qui sera soumis au Conseil d’Etat dans le courant de l’année, est donc en préparation à l’Office des écoles en santé. Le maître mot de cette approche pourrait bien être : responsabilisation. "Il faut travailler sur la qualité du climat de l’établissement, car lorsque celle-ci est meilleure, la consommation d’une substance, quelle qu’elle soit, est moindre, martèle François Delessert. Le tout étant de définir des valeurs et des normes qui sont spécifiques à chaque école." Dans ce processus d’analyse au cas par cas, les acteurs du monde scolaire (enseignants, directions, équipes de santé) sont appelés à s’impliquer davantage. "On se heurte à des résistances, admet François Delessert. Certains enseignants disent qu’ils sont là pour transmettre des savoirs, mais qu’ils le veuillent ou non, ils ne peuvent pas faire abstraction des aspects socio-éducatifs."
Les réticences pourraient ne pas émaner que des enseignants. "Je ne connais aucun corps de métier qui est d’accord de faire autant de choses en dehors de ses heures de travail, s’étonne Gabriel Pinson, fondateur de Place publique, une structure de prévention des toxicomanies. La prévention, ça n’est pas le rôle des enseignants, ça n’est pas leur boulot." Toutefois, François Delessert assure que le partenariat avec les intervenants extérieurs sera maintenu, et "intégré dans un projet qui s’inscrira dans la durée."

Forte demande des écoles
Les intervenants extérieurs se disent actuellement très sollicités. Durant l’année scolaire 2003-2004, le Centre d’aide et de prévention a effectué des animations de deux périodes (90 minutes) dans plus de 220 classes totalisant 4500 élèves. Place publique a visité quant à elle une cinquantaine d’établissements. "A la fin de l’année scolaire, j’ai dû refuser pour la première fois des demandes", s’alarme Gabriel Pinson.
Ce spécialiste de la prévention, actif dans les écoles depuis quinze ans, songe d’ailleurs à mettre la clé sous le paillasson : son organisme ne touche aucune subvention de l’Etat et ses deux intervenants sont payés à 50%. Au Centre d’aide et de prévention, un poste est pris en charge par le canton. En 2003, la police vaudoise a interpellé plus de 800 jeunes de 12 à 18 ans pour consommation de cannabis.

Un financement incertain
Selon la nouvelle clé de répartition fixée par Etacom, la prévention dans les écoles devrait être financée à raison de deux tiers par le canton et un tiers par les communes. Mais l’expérience montre que les ressources mises à disposition ne suffisent pas à répondre à la demande des établissements. "Selon mon calcul, nous aurions dû verser trois fois plus d’argent", reconnaît François Delessert, directeur pédagogique de l’Office des écoles en santé (ODES). L’ODES plafonne en effet ses dépenses pour des programmes de prévention - toutes problématiques incluses - à 2 fr. 50 par élève et par année. "Cela ne suffirait même pas à financer un cours d’éducation sexuelle", lance Gabriel Pinson, fondateur de Place publique, un organisme de prévention des toxicomanies.
La participation des communes semble également des plus aléatoires. "Le financement se décide en fonction de la sensibilité des pouvoirs communaux", analyse Valérie Santacroce, au Centre d’aide et de prévention. Pour Gabriel Pinson, cette subvention dépend en grande partie de l’existence ou non d’une concertation des directeurs d’établissements avec les autorités communales.

MICHAËL RODRIGUEZ
Article modifié le jeudi 13 janvier 2005 11:24, Date de parution mercredi 12 janvier 2005 00:00

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