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Cannabis en France : Le caducée ou la matraque

Dramatisation, exagération, approximation... la récente campagne de prévention sur le cannabis a le mérite d’exister mais suscite bien des critiques. La consommation de masse et l’abus de cannabis sont des réalités indéniables qui nécessitent bien une stratégie préventive. Hélas, cette opération de grande envergure participe plus à la nouvelle campagne mondiale de diabolisation du cannabis qu’à l’information objective des consommateurs, des non-consommateurs, des parents, des pédagogues et des thérapeutes. Analyse d’un ratage et propositions pour une meilleure réduction des risques liés à l’usage du cannabis.

Les spots TV et radio dramatisent des situations extrêmes qui ne concernent que 10 à 15% des usagers. Les brochures, surtout celle destinée aux consommateurs qui veulent arrêter, mélangent subtilement les conseils, souvent avisés, de professionnels de la réduction des risques avec une propagande prohibitionniste digne des scientologues de Narconon. Les messages affichés ou sous-entendus sont hallucinants. Le chichon ce n’est pas bon, cela rend autiste. Le cannabis fort en THC est un poison qui va vous faire vomir, délirer ou vous rendre schizophrène. Un joint par jour et tu es toxico. Tout ton fric va y passer, tes études tu vas foirer, les voyous vont te taxer et les flics finiront par te gauler. Parents, fliquez vos enfants. Fumeurs, courez chez le médecin vous faire désintoxiquer de cette drogue dure qu’est devenu le cannabis. Avec en prime une hotline pour répondre aux angoisses ainsi suscitées et propager la bonne parole. Il n’y a pas de consommateur heureux, l’abstinence est le seul objectif, la médecine et la chimie peuvent sauver du pire sinon la justice oriente de force vers une structure de soins. Bonjour, le retour à la stigmatisation des usagers.

Dans un louable effort de cohérence sociale et d’objectivité scientifique, la MIDLT avait lancé une approche globale de la prévention pour tous les stupéfiants, légaux ou non, fondée sur les notions d’usage, de mésusage et d’abus. On s’orientait doucement vers une culture du bon usage, une prévention du mésusage et une assistance en cas d’abus. Beaucoup comprenaient enfin qu’il n’y a pas de drogues dures ou douces mais des usages durs ou doux. L’abstinence n’était plus la valeur suprême, remplacée par la qualité de vie. Un débat constructif pouvait s’instaurer entre les usagers et le reste de la société. Ces temps sont révolus. Cette campagne nous replonge dans la chasse aux sorcières.

Le Docteur Douste-Blazy aurait mieux fait de s’inspirer des rapports canadiens ou suisses, ou encore de la dépénalisation portugaise, plutôt que de puiser dans les élucubrations de nos sénateurs. Leur étude titrée "Drogue : l’autre cancer", publié en 2003, laisse une large place aux croisés de la prohibition. En bons élèves de Nahas et Anslinger, ces pseudo-scientifiques et autres experts autoproclamés alignent les mensonges éhontés, les études bidonnées, les théories fumeuses. Ils promettent les pires catastrophes si on laisse le "lobby de la drogue" pervertir la jeunesse avec des concepts permissifs de RDR ou de marché réglementé. Deux ans plus tard, nous subissons les conséquences de ces délires.

Ce n’est pas en transformant les consommateurs en pestiférés que l’on pourra instaurer une alliance thérapeutique pour les cas problématiques et un modus vivendi pour la grande majorité des usagers. En exagérant les effets du cannabis, on risque surtout de décevoir les expérimentateurs. Frustrés de ne pas avoir vu des éléphants roses, ils passeront à d’autres substances ou forceront la dose jusqu’au malaise. Baudelaire est souvent cité à charge par les prohibitionnistes, c’est le cas dans ces brochures ou dans le rapport du Sénat. Sa narration romantique et fantasmagorique des effets du cannabis est pour beaucoup dans la déception des jeunes fumeurs de joints. Il faut préciser que Baudelaire n’était pas un habitué du cannabis (cf. Au paradis du haschich, suite à Baudelaire de Théo Varlet). Il usait chroniquement d’alcool et d’opium mais n’a pris que quelques doses de mammouth de confiture de hasch très concentré. Entouré par d’autres artistes du club des haschischins, il a considérablement forcé le trait. On peut trouver mieux comme expertise.

Une bonne prévention doit contribuer à retarder le plus possible l’age de l’expérimentation. Plus on est exposé jeune à des substances psychoactive, en particulier le tabac, plus on a de chance d’en expérimenter d’autres et de développer des comportements addictifs. Puis, il convient d’insister sur le caractère exceptionnel d’un usage maîtrisé et d’exposer les possibles mésusages. Ensuite, il faut énoncer objectivement les risques d’une consommation chronique et les moyens de les réduirent. Enfin, on doit offrir des outils de détection et d’assistance pour les abuseurs ou les usagers en difficulté, pas les imposer par la contrainte parentale, médicale ou judiciaire.

Comment réduire les risques liés à la consommation de cannabis ?

- 1. Eviter de consommer régulièrement, la nocivité provient de l’usage régulier, comme la baisse de sensibilité ou le processus de blocage sur le produit. 5 à 15% des consommateurs sont considérés comme abusifs.
- 2. Le cannabis ne fait rien oublier et ne doit pas constituer un refuge. Ne pas prendre le cannabis pour justifier une flemme existentielle ou une angoisse profonde.
- 3. L’usager peut subir des dommages réversibles sur ses facultés de concentration, de mémorisation et de réflexion. Cesser l’usage en cas de troubles répétés.
- 4. Dans les cas rarissimes (de 0.1 à 0,9% selon les études) où le consommateur présenterait des troubles schizophréniques ou des crises délirantes, consultez un spécialiste.
- 5. Certains consommateurs abusifs, sociologiquement et/ou psychologiquement affaiblis peuvent se désocialiser ou perdre toute motivation. N’hésitez pas à demander de l’aide.
- 6. Par souci de sécurité et pour rester efficace, l’usager s’abstiendra durant son travail ou son apprentissage.
- 7. N’utiliser aucun véhicule ou autre activité dangereuse pendant au moins trois heures après une consommation inhalée et six heures après ingestion.
- 8. Les principaux risques pour la santé sont liés au joint. Fumer peut provoquer de nombreuses maladies graves : bronchite chronique, asthme, cancers, accidents cardio-vasculaire...
- 9. Le tabac mélangé dans le joint entraîne une dépendance à la nicotine et expose à la combustion des agents de saveurs et des conservateurs chimiques. Pour éviter cette toxicomanie, il est préférable de fumer pur.
- 10. L’utilisation de dispositifs destinés à rafraîchir la fumée comme un long filtre, une pipe, un bang,... diminue les brûlures des tissus de la bouche et de la gorge mais ne préviennent pas de l’assimilation de la plupart des substances toxiques.
- 11. Pour limiter les risques liés à l’inhalation, utiliser un vaporizer qui chauffe suffisamment la plante pour libérer les principes actifs sans carbonisation, chaleur, goudrons et autres agents nocifs.
- 12. Mieux vaut manger du cannabis qu’en fumer. Renseignez-vous bien sur les modes de préparation et les quantités de substance à utiliser pour éviter des désagréments gastronomiques et le surdosage.
- 13. En cas d’ivresse cannabique incontrôlée, de crise d’angoisse, d’accélération cardiaque, ne cédez pas à la panique, l’overdose de cannabis n’est jamais mortelle et vous retrouverez vos capacités plus ou moins vite selon l’excès.
- 14. Un lieu de relaxation calme et aéré, un entourage rassurant, l’absorption d’un sucre rapide et d’un verre d’eau favorisent la redescente d’un usager incommodé.
- 15. Des risques supplémentaires proviennent des engrais, des pesticides et des produits de coupages utilisés par des producteurs et des dealers peu scrupuleux. Ne consommez pas les produits douteux. Consultez un médecin en cas de trouble inconnu.
- 16. Bien qu’il n’existe aucun système d’approvisionnement contrôlé, le consommateur doit être exigeant sur la pureté du cannabis et boycotter les produits suspects.
- 17. La poly-consommation de stupéfiants multiplie les risques liés aux autres substances psychotropes et peut entraîner des interactions dangereuses, notamment avec l’alcool.
- 18. L’automédication au cannabis ne doit se pratiquer qu’après la consultation d’une solide documentation, de préférence en concertation avec le personnel soignant.
- 19. Toujours se souvenir que le cannabis est classé sur la liste des stupéfiants prohibés et que son simple usage peut conduire devant les institutions policières, judiciaires et pénitentiaires.

Date de parution samedi 19 mars 2005 11:36

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