Chercheurs et patients s’intéressent aux vertus médicinales du cannabis

Un regain d’intérêt s’est manifesté en Europe au cours des deux dernières décennies pour l’utilisation thérapeutique du cannabis mais s’est heurté notamment à des législations restrictives bravées de manières croissantes par des patients convaincus de ses effets positifs.

25 juin 2008

Dans le recueil de connaissances scientifiques sur le cannabis publié jeudi par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), le chercheur John Witton rappelle que ce nouvel élan est intervenu à partir du milieu des années 1980 lorsque la recherche a mieux compris les effets de cette substance sur le cerveau, permettant de créer des médicaments à base de cannabis.

Après la découverte en 1964 des tétrahydrocannabinols (THC), celle en 1988 de récepteurs cannabinoïdes situés dans le cerveau a notamment ouvert de nouvelles possibilités, explique-t-il.

"Au cours des deux dernières décennies, de grands efforts ont été faits pour établir l’utilité du cannabis dans le champ de la médecine", souligne la monographie de 700 pages, "Cependant le rôle joué aujourd’hui par le cannabis dans la médecine est très modeste comparé au passé" et "nombre de personnes soulignent la nécessité de poursuivre la recherche".

Comme le rappelle Manfred Fankhauser dans un autre chapitre du rapport, le haschisch, arrivé en Europe au 18ème, "a joué un rôle important en médecine en Europe et aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle", étant notamment utilisé contre la douleur, particulièrement les migraines, mais aussi en cas d’asthme, d’insomnie, de rhumatisme, de choléra, de tétanos ou de convulsions.

Le psychiatre français Jacques Joseph Moreau de Tours (1804-1884) utilisa notamment le cannabis à des fins thérapeutiques, fournissant notamment le poète Théophile Gauthier, tandis que le fondateur de l’homéopathie Samuel Hahnemann (1755-1843) fut également prompt à inclure le chanvre indien dans son catalogue de produits.

Au milieu du 20ème siècle, avec les progrès de la médecine puis une interdiction global du cannabis, celui-ci disparut des pharmacies, souligne M. Fanhauser.

Les législations européennes en la matière restent sévères et "seules quelques pays ont commencé à essayer de contourner l’interdiction", souligne M. Witton.

Ainsi au Pays-Bas, depuis septembre 2003, on peut acheter du cannabis en pharmacie sur ordonnance.

Mais jusqu’à ce jour, peu de médicaments issus de dérivés de cannabis ont été approuvés officiellement en Europe ou aux Etats-Unis, souligne le rapport. Il cite cependant le Dronabinol et le Marinol, prescrits notamment à certains patients atteints de cancer ou de VIH/sida. En novembre 2005, la Catalogne a également donné son feu vert pour fournir du Sativex à 600 patients atteints de sclérose en plaques.

Les laboratoires pharmaceutiques sont très motivés par ce marché mondial prometteur, estimé à 700 millions de dollars.

Quant aux patients, ils se tournent de plus en plus vers l’automédication, souligne le rapport de l’OEDT.

"Au cours des 30 dernières années, de nombreux citoyens, habituellement respectueux de la loi, se sont retrouvés en conflit avec le système législatif de leur pays en fumant du cannabis à des fins d’automédication", écrit John Witton.

C’est notamment le cas de personnes atteintes de dépression, de sclérose en plaques, de migraines, ou de troubles alimentaires associés à certains cancers.

Date de parution samedi 12 juillet 2008 00:49
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