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Du Chanvre Génétiquement Modifié ?

2000/07 - CIRC

C’est la nouvelle lubie des tenants de "l’ordre mental". Après l’escalade, la consommation de chanvre encouragerait le parapente... sans parachute, parce que génétiquement modifié, donc très fort et vachement dangereux !
Cette nouvelle variété a un nom, et c’est justement là qu’on se rend compte qu’il s’agit d’intox pure, puisque les tristus en question évoquent celui de la Skunk. Nouvelle, elle ne l’est pas. La Skunk est une variété de chanvre développée en Amérique - au Canada et dans le nord des USA - et ce depuis des décennies. Lors de la Cannabis Cup de 1994, Ben Dronkers, le patron de la Sensi Seed Bank d’Amsterdam, nous apprenait même que la variété développée par son équipe, l’avait été avec l’aide - bien involontaire, croyez-le bien -, du Syndicat des chanvriers de la Sarthe. La SSB utilisa les semences commandées au dit organisme agricole, afin de sélectionner des plants particulièrement acclimatés. Merci la FNSEA et ses nervis...

Skunk, c’est le nom anglais du putois. Cette herbe est réputée pour son odeur très particulière et, bien sûr, pour son effet tellement sativa et son rendement si indica.

À partir de cela, et de l’engouement populaire pour l’écologie et contre les OGM, voilà que nos "Pères la pudeur" se sont engouffrés dans la brèche, quitte, une fois de plus, à se ridiculiser aux yeux des spécialistes. Pour les autres, ne doutons pas que cette nouvelle aura de l’écho tant il est facile de paraître crédible quand on porte blouse blanche ou uniforme...

Mais qu’est-ce qui nous permet de penser qu’il s’agit bien d’une intox ? Simplement la logique du marché clandestin qui vise à voir les prix à la baisse à la production, et à la hausse à la vente au détail. On imagine donc mal le crime organisé, même s’il est tentaculaire, aller investir les millions de dollars nécessaires à la mise au point de chanvre génétiquement modifié, alors que jusqu’ici la puissance sans cesse croissante des variétés ne provenait que d’une sélection rigoureuse, moins onéreuse, mais plus longue.
Le chanvre se voit, dans son exploitation, soumis aux mêmes efforts d’amélioration que les autres végétaux. Là s’arrête la comparaison, car il est intéressant de constater que, contrairement à la production agricole classique qui ne fait la part belle qu’à quelques variétés dûment brevetées, les semences de chanvre ont connu un fort développement. Autant allons-nous vers une uniformisation des légumes et des fruits, autant de nouvelles variétés de chanvre issues de graines, là d’Amérique, ici d’Asie ou que sais-je encore, apparaissent chaque année.

Ne soyons pas dupes, le commerce des semences est surtout affaire de fric. Le chanvre est une mauvaise herbe certes, mais dès lors qu’on utilise des graines acclimatées (ne provenant pas de zones équatoriales si l’on cultive en Europe), qu’on les accompagne depuis la germination jusqu’à la récolte, leur apportant eau et engrais, on obtient d’excellents résultats qui n’ont rien à envier aux variétés protégées par des brevets.

Le plus regrettable dans cette intox, c’est que parmi les activistes écologistes, des voix s’élèvent pour reprendre ce discours mensonger. C’est d’autant plus regrettable que ces militants passent complètement à côté des vrais dégâts occasionnés par la prohibition. Premièrement, l’intensité de la culture des plantes à drogues dans certaines parties du globe, avec utilisation abusive d’engrais et d’eau, mais aussi ce qui risque d’être une catastrophe irréversible, le Fusarium oxysporum, ce champignon dont le développement par la société Monsento - à coup de financements onusiens - vient d’être achevé. Il s’agit d’un prédateur à la coca. Le détail qui tue, c’est qu’il existe plusieurs variétés de cette plante dont une seule est utilisée pour l’extraction de la cocaïne. Les quatre autres sont le refuge de nombreux insectes qui y trouvent nourriture et abri.

Voilà ce qui nous pend au nez, la diffusion de ce champignon sans qu’il ne soit possible d’en limiter les dégâts. On sait peu de chose des dégâts entraînés par l’utilisation du Parakat au Mexique dans les années 80, un puissant herbicide répandu sur les champs de chanvre. Bien qu’efficace, il n’empêcha pas les trafiquants les moins scrupuleux de mettre sur le marché leurs stocks contaminés, mettant en danger la santé des cannabinophiles. Et nous ne parlerons pas des malheureux producteurs, de ces milliers de petits paysans eux-mêmes exposés à cette saloperie. Les simples chiffres de l’important taux de cancers chez les viticulteurs français nous permet d’imaginer le pire...

Pour l’instant, seule la Confédération Paysanne et le Circ se sont officiellement émus de cette initiative américaine, par la voix de son porte-parole en visite en Colombie.

Article modifié le mardi 22 juillet 2003 12:06, Date de parution juillet 2000 00:00

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