Égalité pour les vices !

Bizarre que l’État ait envers les vices des attitudes si variées. Oui au jeu, non au pot ! Il est temps que cesse cette discrimination.
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www.lactualite.com

Lisée, Jean-François 15 novembre 2006

Imaginez qu’on installe dans chaque resto du Québec une machine où on peut acheter des cigarettes. La consommation augmenterait-elle ? Imaginez qu’on ouvre dans chaque hall d’hôtel un kiosque où s’installerait une jolie péripatéticienne. La courbe de croissance du nombre de larrons épouserait-elle celle du nombre d’occasions ? Et si, au dépanneur, lorsque vous vous présentez au comptoir avec votre litre de lait, le caissier vous demandait : "Un petit joint avec ça ?"

Le fait est que l’État a interdit les machines à cigarettes, sanctionne la sollicitation sexuelle et réprime la vente de stupéfiants. Ce sont des vices, il faut sévir. Pourtant, cette sévérité ne s’applique pas au jeu. L’État vante ses produits de loto sur les ondes et dans les gazettes, invente constamment de nouvelles façons de nous aguicher. Récemment, deux responsables de la vie étudiante dans des universités régionales me disaient que, dans certains cas, ils envoyaient directement au propriétaire du logement le versement mensuel du prêt ou de la bourse d’un étudiant, car autrement, celui-ci le dépensait entièrement dans les appareils de loterie vidéo sans payer son loyer.

Ceci étant un magazine lu par des adultes, on peut se parler franchement. Nous ne sommes pas à la veille d’éradiquer le jeu, la consommation de mari et d’alcool. Le plus vieux métier du monde a, lui aussi, de beaux siècles devant lui.

Il est temps, à mon humble avis, d’accorder l’égalité à ces vices et de donner un peu de cohérence à l’action de l’État. On pourrait se guider sur quelques principes clés. Puisqu’il y a eu, qu’il y a et qu’il y aura offre et demande pour chacune de ces activités nocives mais bénignes (je ne parle pas du crack ou de l’héroïne et je sais que les choses sont plus compliquées pour la prostitution), il n’y a aucune raison de laisser la gestion - et les profits - de ces activités au crime, organisé ou non. L’argument voulant que Loto-Québec s’occupe des appareils de loterie vidéo et des casinos pour les soustraire aux criminels vaut tout autant pour l’achat et la distribution de *marijuana* et pour la légalisation et l’encadrement de la prostitution. Pourquoi y aurait-il, pour toujours, division du travail entre l’État et les Hells Angels ?

Si l’État décidait de légaliser et de réglementer, disons, la distribution de *marijuana* ou la délivrance de permis aux prostituées, devenues travailleuses autonomes, il devrait appliquer à leur égard non la politique de promotion du vice actuellement appliquée au jeu, mais la politique de réduction de la consommation appliquée à la cigarette. En clair : interdiction d’en faire la publicité, désignation de zones de consommation hors des lieux publics, imposition de taxes de manière à ce que le prix soit suffisamment élevé pour dissuader, mais pas au point d’ouvrir la porte à un système criminel parallèle. C’est exactement le dosage appliqué au prix de la cigarette pour rendre la contrebande inintéressante. Exactement ce qui devrait être fait également avec le jeu. Il faut permettre à l’adulte consentant de s’y adonner, mais augmenter le prix et réduire l’offre.

Cette approche permettrait de nous sortir de quelques cercles, disons, vicieux, dans lesquels l’État s’est fourvoyé ces dernières années. Que Loto-Québec et la SAQ se livrent à des campagnes de promotion n’est nullement du ressort de l’État. Mais l’État est devenu accro aux milliards de profits générés par ces activités. On peut parier qu’avec ou sans pub les ventes de la SAQ se maintiendront ; on peut espérer, toutefois, qu’un arrêt total et définitif des campagnes de pub de Loto-Québec ainsi qu’une réduction massive du nombre de ses appareils de loterie vidéo provoqueraient une chute de ses revenus. Mais si demain l’État, plutôt que les motards criminels, empoche les profits de la vente de marie-jeanne et taxe la prostitution, les coffres du Trésor seront amplement approvisionnés et on asséchera deux importantes sources d’activité criminelle.

Ah, je sais que rien de ce que j’ai écrit ici n’est politiquement correct. Une fois sur cette pente savonneuse, je ne puis donc m’empêcher d’ajouter que cette réforme est impensable, parce que le vice, au Québec, est victime de nos arrangements nationaux. L’Assemblée nationale peut agir sur le jeu et la cigarette, mais le /pot/ et la prostitution sont soumis aux lois du Canada. Pour que les vices deviennent enfin égaux, il faudrait d’abord que les Québécois fassent une surdose de souveraineté.

L’argument voulant que loto-québec s’occupe des appareils de loterie vidéo et des casinos pour les soustraire aux criminels vaut tout autant pour la *marijuana* et la prostitution.

Date de parution jeudi 2 novembre 2006 00:00
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