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Elle file un bio chanvre et coton

Elodie Fournioux, 28 ans, revenue transformée d’un voyage en Inde, elle s’inspire du commerce équitable pour créer ses vêtements avec des matières naturelles telles que le chanvre.

Dans le quartier du Panier à Marseille, Elodie Fournioux reçoit dans un studio tout simple aux murs blancs et décatis. Epinglés au-dessus du tatami, un planisphère, des mandalas et des images de Bouddha. Elodie offre le maté et le couvert au son des cordes de Rabih Abou-Khalil. Zen et rayonnante, la jeune femme a enveloppé ses rondeurs de femme enceinte dans un sarouel de sa confection. Ses pieds sont ornés de bracelets de cheville indiens et de bagues népalaises. Assise en tailleur dans un rayon de soleil, peau caramel, yeux bleu ciel, elle incarnerait presque les héroïnes orientales de Flaubert.

Sa rencontre avec la mode s’est faite par hasard. « En 2002, je suis partie en Inde avec une amie pendant trois mois. Dans le fond, c’était pour aller voir ailleurs si j’y étais. » Elle s’y trouve plutôt bien et revient avec une seule idée en tête : réorganiser sa vie autour de ses futurs périples. « Ce premier départ a été un déclic pour les voyages et pour les vêtements. Je ne savais pas coudre, mais j’aimais bien le design. J’ai eu envie de créer des habits qui me ressemblent. Avec les matières et les couleurs vues en Inde, c’est devenu évident. »

La fringue bio, version bab’, peut provoquer des traumatismes chez les amateurs de mode

Originales, asymétriques, les coupes sont influencées par l’« ailleurs » où Elodie est allée se chercher : « Je voulais un look oriental sans tomber dans le baba cool. » On la comprend, la fringue bio, version bab’, peut provoquer des traumatismes chez les amateurs de mode. Tee-shirts façon sac à patates, coupes grossières, tissus bariolés, sandales en cuir portées été comme hiver, dread-locks. Entre la caricature de l’écolo chevelu et la vogue ethnique ultrachic hors de prix, il y a un fossé que la routarde entend bien investir. Pantalons marocains, tuniques indiennes, vestes cambodgiennes... Son style emprunte des coupes et des idées aux cultures du Sud, qu’elle traduit selon les codes occidentaux. Elle a ainsi détourné les écharpes bariolées que les femmes akkas du Laos portent sur les épaules pour les coudre au bas de larges pantalons noirs. Elle ne travaille que des matières naturelles, coton et chanvre. Sauf une, la soie.

« Energétiquement, je ne peux pas en porter. Le processus de production tue des vies. » Celles des vers à soie, qu’en apprentie bouddhiste elle se doit d’épargner. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle Krishnou. Elodie n’a jamais trouvé son bonheur dans les boutiques. Du coup, elle s’est inventé un univers unique : « Avec mes fringues sur le dos, j’appartiens à la tribu des alternatifs. Je me sens proche des gens qui travaillent dans l’agriculture bio, le spectacle de rue, la musique ... un monde multiple. » Ce style est moins une revendication d’appartenance à une tribu, qu’une envie de se sentir bien. Si elle tient à dessiner des formes originales, c’est aussi pour capter les regards. Elle met parfois dans le mille, comme ce jour où Brice, saxophoniste, la suit dans la rue. « La première phrase qu’il a prononcée m’a fait craquer : "C’est à cette heure-ci que tu arrives ? Depuis le temps que je t’attends." » Ils vivent ensemble depuis deux ans. Il est le père du futur enfant.

Krishnou voyage non-stop depuis sa découverte de l’Inde. En 2003, son plan d’épargne logement finance un voyage au Népal pour travailler sur le chanvre. L’année suivante, c’est au Laos, à Luang Prabang, qu’elle réalise 120 pièces en coton. Elle fait quelques ventes sur des foires bio ou des salons de créateurs, et travaille avec des boutiques de commerce équitable. Prochaine étape : gagner les 8 000 euros des défis jeunes (dispositif d’aide au développement de projet) pour mettre sur pied sa nouvelle collection. Pour ce prix-là, elle peut rémunérer les ouvrières de trois villages, acheter la matière première, s’offrir un aller-retour au Laos et se déplacer confortablement sur place. Elodie réalise à peine qu’elle devient chef de sa propre entreprise, et que l’envie de départ s’habiller autrement devient un projet professionnel qui aide des femmes au Laos, en Inde ou au Népal. Pour l’instant, elle se contente du RMI, comme d’un tremplin économique. Elle aimerait bien que ses tissus soient labellisés « bio », mais cette démarche reste hors de prix car « il faut emmener l’organisme certificateur français sur place ».

Elodie ne pratique pas l’achat compulsif et entretient un rapport très zen avec jupes, fanfreluches et tee-shirts : « J’ai toujours chiné dans des friperies. J’aime bien les coupes rigolotes de Cop Copine. Je préfère mettre le prix dans un vêtement original qu’acheter des trucs uniformes et pas chers. » Seule concession aux chaînes de magasin : « Quelques tee-shirts chez H&M, comme tout le monde, et surtout des culottes. Parce que les culottes indiennes, c’est pas ça. » Elle est, bien sûr, allergique aux marques. « Un tee-shirt en coton reste un tee-shirt en coton. » Si elle ne lèche pas les vitrines, elle les hume, comme une artiste en quête d’inspiration. Dans les magasins, elle saisit ce que porteront les filles à la prochaine saison... ou ce qu’on leur fera acheter. Une partie de sa collection aurait pu figurer dans les magazines féminins. Son système de récupération de saris indiens qu’elle assemble en longues jupes aurait certainement plu aux rédactrices de mode qui ont vanté ce printemps les bénéfices du jupon à la Esméralda. Loin de l’Orient, Elodie a passé la majeure partie de son enfance au Lavandou. Ses parents y ont débarqué après 1968 pour vivre la « révolution » au soleil. Dans le regard de son père, elle a découvert beaucoup de désillusion. « J’ai appris tôt la difficulté de faire ce qu’on aime. » Il tenait une boutique de développement photo dans un petit port de la Côte d’Azur. Puis vint la crise des années 90, et la concurrence des grandes chaînes de service photo. Dépôt de bilan. Après des années de galère à faire les gardiens de maison de retraite ou de courts de tennis, « ce qui a eu le mérite de fournir un logement » à la famille, les parents vont tenter leur chance en Dordogne. Si l’herbe y est plus verte qu’en Provence, l’avenir s’éclaircit peu. Retour au bercail après quatre années de chômage et de déprime paternelle. « Après ça, j’ai compris que la précarité était plus proche que ce qu’on imagine. » Pour conjurer sa trouille de finir à la rue, Elodie voulait devenir institutrice. Après son voyage en Inde, elle a arrêté les études entamées.

La styliste du Panier préfère apprendre la diététique ou la naturopathie. Végétarienne à tendance végétalienne, elle ne mange ni viande, ni poisson, ni oeufs, ni fromage de vache, ni lait : « Je me suis beaucoup penchée sur le rapport santé-alimentation. J’en ai eu marre de ne rien comprendre aux étiquettes des ingrédients, avec tous ces additifs et ces conservateurs. Je préfère maîtriser ce qu’il y a dans mon frigo. » Et elle s’indigne de la souffrance infligée aux animaux d’élevage. Elodie respecte la nature jusqu’au bout des ongles : les pots de cosmétique qui traînent chez elle sont certifiés « bio », les produits d’entretien sont biodégradables, et la lessive des noix de lavage indiennes est naturelle.

Sa seule coquetterie ? Des bijoux en argent qu’elle a dessinés et fait faire en Inde : bagues de pied, bracelets de cheville, piercings... Elodie croit aux pouvoirs des pierres, dont elle a étudié les secrets. Elle porte de la labradorite, un caillou vert et brun qui dissout les énergies négatives et les peines d’autrui. Un élément qui amplifie aussi la capacité à plaire aux autres.

Un projet original à soutienir par tous les amis du chanvre.

Source : Portrait d’Elodie Fourniaux, La Liberation, 15 août 2005

Date de parution mardi 23 août 2005 16:29

Forum de l'article

> Elle file un bio chanvre et coton
bonjour,
j’ai bien aimé l’article sur Elodie
Fournioux. Sa démarche me plait beaucoup et j’aimerais savoir où acheter ses vêtements. Je n’habite pas Marseille mais la Haute-Savoie et c’est un peu loin pour aller faire mes courses.
MERCI de bien vouloir me répondre

Répondre à ce message
17 janvier 2006 par kris
> Elle file un bio chanvre et coton
Bonjour,
J’aimerais beaucoup rencontrer cette personne, son parcours me touche particulièrement parce que beaucoup de ses étapes sont similaires aux miennes, est-il possible d’obtenir ses coordonnées ?
Merci d’avance,
Stéphanie

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26 septembre 2005 par Stéphanie

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