Film : HIPPIE MASALA

20 ans après, ils fument encore : portraits de vieux hippies dans leur biotope indien
Les enfants du Flower Power furent des milliers à prendre la route des Indes à la fin des 60’s, en quête de révélation et de paradis artificiels. Si le caractère massif de cet exode fit penser aux paysans indiens qu’ils fuyaient une terrible sécheresse, les sages indiens y virent par contre le signe d’une vraie quête spirituelle.
Aujourd’hui, quelques irréductibles vivent encore en Inde...
HIPPIE MASALA dresse le portrait de ces Hippies qui ont atteint ce qu’on appelle ailleurs l’âge de raison. Ayant fui leur patrie dans l’espoir de trouver un nouveau foyer en Inde, ils y sont restés des étrangers : des marginaux pendus en permanence à leur chilom. Comme dans un trip sans fin aux sources de la sérénité.
„ Nous nous sommes intéressés au mode de vie de ces fugitifs et à leurs obsessions, leurs visions et leurs frustrations. Après tant d’années passées en Inde, nous voulions savoir s’ils avaient peu à peu troqués leurs rêves « Flower Power » contre une intégration à la mentalité indienne. Nous étions enfin curieux de savoir comment ce type d’idéalistes et de rebelles avaient bien pu vieillir. Nous avons ainsi fait le parti pris de montrer ces personnages sous un jour contrasté, montrant leurs visions fascinantes, leurs représentations ainsi que les facettes plus embarrassantes, et cocasses, de leur quête.
Les Hippies des Indes sont une espèce vieillissante qui aura bientôt disparu. Nous avons donc aussi vu notre travail comme une enquête sur les traces de cette génération d’outsiders et de marginaux »
Ueli Grossenbacher, Damaris Lüthi

Le Voyage vers l’Orient
Hey, vieux hippie, qui es-tu ?
Hey, vieux hippie, pourquoi as-tu une longue barbe ?
Hey, vieux hippie, et de si longs cheveux ?
(Chant des nomades Lambani, nord de l’Inde, 1999)
L’Inde a exercé depuis des siècles une fascination extrême sur les Occidentaux, qu’ils soient missionnaires, écrivains ou colons. De Kipling à Hermann Hesse (Siddharta) en passant par W.Somerset Maugham, cette passion s’est encore renforcée aux 19e et 20e siècles pour atteindre son paroxysme dans les années 60 avec les Beatles et la Beat Generation. C’est alors que le grand exode de touristes occidentaux, hippies ou non, commença. En train, à dos d’âne ou à pied, leur pèlerinage les menait souvent à Goa - qui reste encore à nos jours un lieu culte de la scène techno et trance - où ils ouvrirent le chemin au tourisme de masse, comme au Népal ou en Thaïlande.
Ceux qui ne revinrent jamais et survécurent aux écueils du voyage et aux drogues n’ont pas seulement colonisé les plages de Goa. On trouve nombre de vieux hippies dans les paysages désolés du Hampis ou dans les montagnes du nord, à Dharamsala notamment, siège du gouvernement tibétain en exil. Certains migrent même selon les saisons, se rafraîchissant l’été à la montagne et profitant l’hiver de la douceur du climat au sud du pays.
Ces anciens Hippies continuent de nos jours de former une communauté à part. La plupart se connaissent et ont des contacts fréquents. Ils ont leurs tables d’habitués dans certains bars de Goa ou des traditions immuables, à l’image des parties de bowling et de pizzas dominicales des dealers et des freaks d’un bar de Manali.
Mais alors que les hippies ont le sentiment très net de se distinguer des touristes de masse, les indiens ne font que très peu de différences entre ces deux catégories : ils les trouvent tous aussi dévergondés et dégénérés. Leur rapport à la drogue est particulièrement mal accepté, notamment lorsqu’ils commettent l’imprudence de se livrer au commerce du haschisch. Ce business, toléré en Inde, y est paradoxalement l’apanage de castes indigènes supérieures.
A l’heure de la mobilité globale et des voyages de loisir, le pèlerinage des hippies demeure une exception : cet voyage était en fait un exode, une fuite du mode de vie occidental, un voyage « low budget », sans confort et sans « tour operators ». En même temps, ce voyage vers l’orient restait un symptôme de leurs privilèges d’occidentaux, une facilité due aux différences de coût de vie et au coût très bas du pétrole dans les 60’s
Incapables de combler cet abîme culturel entre eux et les Indiens, les Hippies sont restés une caste à part, laissés-pour-compte d’un improbable melting pot.
P.-S.
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