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L’Amérique latine repense ses politiques sur la drogue, loin des Etats-Unis

Après l’échec de décennies de "tout répressif", plusieurs pays d’Amérique latine sont en train de repenser leurs politiques contre la drogue, prenant leurs distances vis-à-vis des Etats-Unis, estiment des experts du continent.

Le Mexique, l’Equateur, l’Argentine, le Brésil et la Bolivie ont réformé récemment ou envisagent de réformer leur législation, dans la perspective d’une "décriminalisation de la possession de drogue à usage personnel", ont relevé des spécialistes lors d’un séminaire mardi à Lima.

En 2009, la Bolivie a inscrit l’usage de la feuille de coca dans sa Constitution, l’Argentine a dépénalisé la possession de petites quantités de marijuana à des fins personnelles, le Mexique l’a fait pour diverses drogues à condition de suivre un traitement médical. Quant à l’Equateur, en 2008, il a amnistié 2.000 trafiquants non récidivistes.

"L’Amérique latine a été fidèle pendant 30 ans aux politiques dictées par Washington, or certains pays commencent à les changer", note ! Ricardo Soberon, directeur du Centre d’Etudes péruvien "Drogue et Droits de l’Homme", et co-organisateur du séminaire. Ce changement de cap est le résultat d’une frustration générale par rapport à la "guerre" contre la drogue.

Les flux dans la région n’ont jamais été aussi élevés, les tribunaux sont engorgés et les prisons surpeuplées avec nombre de détenus pour usage personnel ou micro-trafic. Comme celles de Rio, où 70% sont des primo-délinquants, souligne Luciana Boiteux, juriste pénale à l’Université de Rio.

A l’échelle de la région, l’idée avance "qu’il y a mieux à faire que mettre en prison des consommateurs, qu’il y a un angle socio-sanitaire au problème", constate Monica Currano, procureur argentine. "Les ministres de la Santé et des Affaires sociales commencent à porter la culotte et à s’attaquer au sujet", dit-elle.

De plus, un espace s’est ouvert vis-à-vis de la politique américaine. "Il y a un niveau de tolérance du gouvernement (du président américain Barack Obama ) par rapport aux pays latino-américains et leur politique sur la drogue, qui n’existait pas auparavant", estime Coletta Youngers, du centre de l’institut Washington Office for Latin America. "Le moindre changement de ligne provoquait avant une critique immédiate des Etats-Unis, aujourd’hui ils observent et laissent faire".

"Les Etats-Unis eux-mêmes sont en train de faire un pas vers le changement", estime Mme Youngers. En décembre, la Chambre des représentants a ainsi adopté un projet de loi créant une commission indépendante pour "évaluer la politique américaine sur l’offre de stupéfiants, avec un accent sur les Amériques".

Mais tous les pays ne sont pas dans la même optique. En Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, la loi est revenue en arrière en décembre 2009, en répénalisant la possession de petites doses de marijuana ou de cocaïne pour usage personnel. "Comme aux Etats-Unis, le changement est difficile, avec la persistance d’une politique, d’une bureaucratie, d’un discours de +guerre+" contre le narcotrafic", note !

Mme Youngers. Au Pérou, où la possession de drogue est synonyme de poursuites, sauf à produire un justificatif, "on compte 20 ans d’absence de débat sur la drogue dans la société", dénonce M. Soberon.

Une brèche s’ouvre pourtant, sous la pression de chiffres —25% des 44.000 détenus le sont pour micro-trafic— et d’intellectuels comme l’écrivain Mario Vargas Llosa, qui plaide ouvertement pour une dépénalisation de la consommation dans la lutte contre le trafic de drogues.

  • Convinced that the four-decade-old, U.S.-led war on drugs has failed
Date de parution mardi 21 septembre 2010 00:39

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