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L`ONU mesure l`échec de sa lutte antidrogue

A Vienne où se déroulera du 16 au 17 avril une conférence mondiale sur les drogues les organisations émanant de la société civile demanderont la révision des dernières conventions de l`ONU adoptées en 1961 1971 et 1988 sous l`influence des Etats-Unis qui ont imposé dans les trois textes leur solution pour « éradiquer » la production de coca et de pavot à opium. Jusqu`ici la méthode dure étasunienne s`est révélée être un fiasco total.

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Le 3 mars dernier au nom du Gouvernement britannique le sous-secrétaire d`Etat à l`Intérieur Bob Ainsworth a envoyé à l`agence onusienne INCB (Comité international de contrôle des narcotiques) basée à Vienne une protestation formelle. Cette initiative sans précédent fait suite à la publication du Rapport annuel 2002 sur les drogues dans lequel la décision britannique de « reclasser » le cannabis était fortement critiquée. Selon les auteurs du rapport le reclassement du cannabis dans une liste de narcotiques reconnus comme étant moins dangereux reviendrait à constituer une forme de dépénalisation.

Dans sa missive M. Ainsworth dénonce le langage alarmiste tenu par l`agence pointe du doigt les lacunes du texte où l`on omet par exemple de reporter les arguments scientifiques qui sont à la base de la décision du Gouvernement britannique et condamne la façon « biaisée » avec laquelle celle-ci a été présentée à la presse par l`INCB. La colère du vice-ministre britannique constitue la dernière manifestation tangible de la tension qui s`est créée entre d`une part les « gardiens » de l`ONU - c`est-à-dire les pays dominés par l`idéologie étasunienne de la lutte contre la drogue - et d`autre part les pays européens qui dans le domaine de la « drugs policy » ont incontestablement une longueur d`avance sur Washington.

PROJET CONTROVERSÉ
- Dans sa missive M. Ainsworth annonce enfin que les représentants de son gouvernement « saisiront la première occasion officielle pour intervenir et corriger l`image trompeuse de l`action britannique en matière de stupéfiants que le rapport et sa présentation aux médias ont créée ». L`occasion se présente aujourd`hui avec la rencontre internationale qui se tiendra du 16 au 17 avril à Vienne où les délégués des pays membres de l`ONU auront pour tâche d`effectuer une « évaluation à moyen terme » des objectifs fixés à New York en 1998 dans le cadre de la Session spéciale de l`Assemblée générale des Nations Unies (UNGASS) sur les drogues.

A l`époque le directeur du Programme de l`ONU pour le contrôle international des drogues (PNUCID) l`Italien Pino Arlacchi avait tenté de lancer le programme Scope (Strategy for Coca and Opium Poppy Elimination) prévoyant l`éradication en dix ans des cultures de coca et de pavot à opium. Ce projet avait été présenté avec le risible mot d`ordre : « Un monde libéré de la drogue nous pouvons le faire. » En réalité fait observer Martin Jelsma du Transnational Institute une organisation basée aux Pays-Bas le programme Scope n`a jamais été soumis à l`approbation de l`ONU car il était trop controversé mais sa « philosophie » en revanche a été retenue dans la déclaration finale de 1998 où l`on retrouve l`objectif stratégique d`« éliminer ou de réduire significativement » les cultures de coca et pavot en 2008.

PRODUCTION RELANCÉE
- Comme on pouvait s`y attendre rien de tout cela n`a été réalisé. Le successeur de Pino Arlacchi Antonio Costa a présenté en octobre dernier à Rome le rapport annuel sur les plantations de pavot en Afghanistan établi par le BCDPC (Bureau pour le contrôle des drogues et la prévention du crime) basé à Vienne organisation chapeautant le travaux du PNUCID. Voilà que l`on apprend que en 2002 « la production a été relancée à grande échelle dans le monde entier ». On calcule que l`an dernier entre 69 000 et 79 000 hectares ont été plantés en pavot à opium. La récolte elle a été estimée à quelque 3440 tonnes.

Ces chiffres figurent parmi les plus élevés de la dernière décennie. Seulement en 1999 et 2000 on enregistre des résultats supérieurs respectivement à 91 000 et 82 000 hectares cultivés pour ces deux années-là. Outre le pavot la production de la feuille de coca procède elle aussi sans relâche. Les statistiques récentes indiquent toutefois une baisse en Colombie (moins 30% en 2002 selon l`ONU alors que les Etats-Unis affirment que ce recul est de l`ordre de 15%). Ce phénomène s`explique grâce à l`application de programmes sauvages d`éradication forcée imposés par les Etats-Unis tel le Plan Colombia. Mais à cette baisse correspond cependant une hausse de la production au Pérou et en Bolivie.

Face à ces nombreux échecs la stratégie de l`ONU pilotée essentiellement par la volonté de Washington suscite l`opposition grandissante de nombreuses organisations qui demandent une révision de la politique jusqu`ici suivie pour lutter contre la drogue. Samedi à Vienne elles sont descendues dans la rue après avoir animé une conférence alternative dans les locaux du campus de l`Université organisée par le réseau européen ENCOD qui se rattache au réseau international ICN (International Coalition of NGO`s for Just and Effective Drugs Policy).

PRÉVENTION ET SOINS
- Sur le front institutionnel il faut relever l`action entreprise par la Grèce titulaire de la présidence européenne pour le semestre en cours. Le ministre des Affaires étrangères Georges A. Papandreou a promu en mars dernier une rencontre de très haut niveau entièrement consacrée à la prévention. Les délégués y ont souligné le principe selon lequel les personnes dépendantes de la drogue ont besoin avant tout de soins et qu`il est faux d`adopter des politiques où ces personnes sont criminalisées avant d`être soignées.

D`autres initiatives ont suivi. Au Parlement européen par exemple la députée Kathalijne Buitenweg a présenté une résolution demandant une évaluation des effets produits jusqu`ici par les différentes conventions de l`ONU adoptées sous l`influence des Etats-Unis. Elle a également demandé tout comme le Gouvernement britannique que le cannabis soit « reclassé » dans le texte de la Convention de 1961 où le cannabis et l`héroÏne sont inscrits dans la même tabelle. La requête de l`europarlementaire a été approuvée en commission le 19 mars. Le vote en séance plénière est attendu dans les prochains jours.

REVOIR LES CONVENTIONS ONU
- Enfin toujours à Bruxelles cent huit europarlementaires appartenant à sept groupes politiques différents ont signé un appel demandant eux aussi la révision des Conventions onusiennes datant de 1961 1971 et 1988 qui ont servi à imposer au monde l`idéologie étasunienne en matière de lutte contre la drogue. Il faut savoir que ces textes sont d`une grande importance car ils fixent les limites dans lesquelles les pays doivent légiférer. Leur révision constitue l`objectif primaire du mouvement antiprohibitionniste qui entend aussi contrer avec force l`esprit de la ligne adoptée en 1998.

Or ces initiatives interviennent alors que l`ONU traverse une crise grave provoquée par la décision des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne d`attaquer l`Irak. Si d`un côté on ne peut évaluer l`impact de cette crise dans les relations des pays qui ont pris part aux discussions de Vienne de l`autre nombreux sont ceux qui se demandent si finalement les conventions controversées n`ont tout simplement pas été dépassées par les événements qui se déroulent actuellement sur la scène internationale. Et donc qu`il faudra tout refaire.

Traduit et adapté par FABIO LO VERSO

Article modifié le lundi 4 juin 2007 21:32, Date de parution lundi 18 août 2003 00:00

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