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L’instinct d’ivresse

Qu’y a-t-il dans la nature humaine qui
nous pousse à modifier notre conscience ?

Extrait
Alcool, cannabis, cocaïne, LSD, il ne semble pas y avoir de limites à notre appétit pour les substances psychotropes. Qu’y a-t-il dans la nature humaine qui nous pousse à modifier notre conscience ?

Depuis la préhistoire, les hommes ont cherché et utilisé des substances enivrantes. Nos ancêtres ont fait l’expérience d’un état de conscience chimiquement modifié, et cela est également vrai pour la majorité de la population aujourd’hui. Cela ne veut pas dire que tout le monde lutte constamment contre le besoin de planer, ni que l’ivresse soit un état de conscience normal. Mais combien d’entre nous peuvent déclarer n’avoir jamais été dans un état modifié, que ce soit avec le coup de fouet de la caféine pour démarrer la journée, une bière relaxante après le travail, quelques bouffées d’un joint lors d’une fête ou l’effet euphorique de l’ecstasy ?

Dans le climat prohibitionniste actuel, il est difficile de parler de l’usage des substances psychotropes (qui modifient la conscience) sans pointer leurs propriétés nocives et l’accoutumance. Et il est vrai que la consommation excessive de drogues psychotropes, légales et illégales, n’est bonne ni pour les individus, ni pour la société. Les personnes qui recherchent l’ivresse mettent leur santé en danger et flirtent avec la dépendance. Les drogues peuvent mener au crime, à la violence, aux accidents, à la désintégration de la cellule familiale et au déclin social.

Néanmoins, les substances enivrantes font partie de la vie de la plupart des gens. Et la plupart d’entre nous est capable de les consommer avec modération, sans tomber dans la spirale de l’abus et de l’accoutumance.

Il semble que l’ivresse, quelle que soit sa forme, est universelle, une partie de ce que nous sommes. Mais pourquoi choisissons-nous de modifier notre état de conscience en nous bourrant de produits chimiques ? Nous recherchons l’ivresse pour une raison simple que nous avons peur d’admettre - nous aimons ça. L’ivresse peut être plaisante, sociable, mémorable, thérapeutique, et peut même ouvrir l’esprit. Déclarer tout cela dans le contexte actuel n’est pas facile, mais un nombre croissant de chercheurs déclarent maintenant qu’à moins de regarder au-delà du "problème de la drogue" et de prendre en compte les aspects positifs de l’ivresse, on ne voit que la moitié de l’histoire.

Mieux comprendre l’ivresse pourrait porter ses fruits. Par exemple, la perspective de mieux aborder l’abus et la dépendance. Il y a de bonnes raisons d’étudier l’ivresse comme un phénomène à part entière. Qu’est-ce que nous aimons dans les substances psychotropes ? Que nous disent-elles sur ce que nous sommes ? Est-il possible d’avoir le bon sans le mauvais ? Certains chercheurs pensent que de telles recherches mèneront à une nouvelle compréhension de l’esprit humain, y compris les mystères de la conscience, ou à de nouveaux traitements pour les maladies mentales.

D’autres vont même jusqu’à dire qu’il est temps pour la société d’accepter l’ivresse comme une part inextricable de la nature humaine, et de trouver un moyen de nous laisser l’explorer ouvertement.

New Scientist vol 184 issue 2473 - 13 November 2004
Article modifié le mercredi 8 décembre 2004 17:04, Date de parution mercredi 8 décembre 2004 17:03

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