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L’objectif zéro joint, un rond de fumée ?

2005/02/03 - La Liberté

CANNABIS - Le Grand Conseil a adopté une résolution visant la "consommation zéro", alors même que le canton de Vaud s’illustre déjà par son intransigeance. A l’instar du Valais, autre région viticole.

L’impératif d’abstinence a la dent dure. Mais comme les nouveaux concepts fleurissent dans le jargon politique, on préfère aujourd’hui à ce vocable quelque peu démodé, à consonance presque bigote, une expression plus mathématique : la "consommation zéro". Le Grand Conseil vaudois a écrit mardi un nouveau chapitre dans l’histoire de cette notion, en votant une résolution du député UDC Jean-Pierre Grin-Hofmann qui "encourage le Conseil d’Etat à prendre des mesures pour viser la consommation zéro" de cannabis. C’est à une curieuse guerre des chiffres que se livrent aujourd’hui les adeptes de la "politique zéro" : aux statistiques sur les incivilités, la prise de drogues chez les jeunes ou encore les déficits publics, on répond tolérance zéro, consommation zéro et croissance (des dépenses) zéro. Tout cela ressemble à une invocation d’un paradis statistique où régnerait la vie dans son expression la plus pure, débarrassée de tout ce qu’elle sécrète, dépense, bref... fait partir en fumée.

VAUD POURTANT PAS LAXISTE
La résolution adressée par le parlement au gouvernement a ceci de particulier qu’elle ne peut guère être comprise comme une remise à l’ordre d’autorités trop laxistes. Sur le plan suisse, c’est même le contraire, puisque Vaud est le deuxième canton à dénoncer le plus de consommateurs de cannabis proportionnellement à sa population. Avec 7,7 dénonciations pour mille habitants en 2002*, il devance nettement la majorité des cantons abritant de grands centres urbains, tels que Genève (4,3) et Zurich (5,4). Seul Bâle-Ville n’est pas loin de rivaliser avec lui. L’influence du grand voisin français, qui a adopté une politique particulièrement dure à l’égard de la fumette, pourrait fournir une piste d’explication. Pourtant, le cas genevois serait alors une étrangeté. C’est sans doute un autre élément qui s’avère déterminant : le canton de Vaud n’est surclassé que par le Valais qui forme avec lui la principale région viticole du pays. La tradition de la picole, drogue légale, se défendrait ainsi contre la pratique de la fumette, sans qu’il soit possible de dire si les enjeux économiques sur le marché de la "défonce douce" pèsent beaucoup dans cette affaire.
La répression de la consommation de cannabis prend en outre une place étonnante dans la lutte antidrogue - pour ne pas dire qu’elle la squatte. Selon l’Office fédéral de la statistique, 67% des dénonciations pour consommation de stupéfiants en Suisse visent des fumeurs de joints. A tel point que même les policiers en ont marre de jouer aux flics en herbe : à l’approche du débat de mai 2004 sur la dépénalisation de la consommation de cannabis au Conseil national - qui s’est soldé par un refus d’entrer en matière - la Fédération suisse des fonctionnaires de police s’est prononcée pour une politique plus clémente.
L’Union syndicale des polices romandes s’empressait pourtant de riposter qu’elle y était totalement opposée.
De ce côté-ci de la barrière de chanvre, l’intransigeance ne semble guère produire les effets escomptés. Une enquête réalisée par l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies montre que les Romands sont tout aussi nombreux que leurs voisins alémaniques à fumer des joints. Pour l’Institut de prévention, c’est là le signe de l’inefficacité de la politique répressive déployée par les cantons romands.
Le "signal clair" que les députés de droite ont voulu adresser aux jeunes générations en prônant la consommation zéro pourrait bien n’être qu’un rond de fumée. Pire, s’il était suivi d’effets, il signifierait pour les ados adeptes de la fumette qu’ils ont tout intérêt à mieux se cacher et à garder le silence sur leur consommation - et sur les éventuels problèmes personnels et sociaux qu’elle peut masquer et entretenir. En diabolisant le cannabis, la majorité des députés renonce aussi à en définir et à en délimiter les risques.

MICHAËL RODRIGUEZ
* Source : Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies, Lausanne.
Article modifié le vendredi 4 février 2005 13:06, Date de parution vendredi 4 février 2005 00:00

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