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LIBÉREZ CHAKIB EL-KHEYARI

Merci de signer et envoyer cette lettre ouverte a

Lettre ouverte à :

Sa Majesté Mohamed VI, Roi du Maroc

Palais Royal

Rabat, Maroc

Majesté,

Cette lettre a pour unique objet de vous demander une nouvelle fois de faire libérer Chakib El-Kheyari, militant des droits de l’homme, injustement condamné et incarcéré depuis 2009 au Maroc.

Chakib El-Kheyari, Président de l’association Rif des droits de l’homme et membre du Conseil Fédéral du Congrès Mondial Amazigh (CMA), a été arrêté par la police marocaine le 18/02/2009 à son domicile à Nador puis condamné par le tribunal de première instance de Casablanca à une peine de 3 ans de prison ferme et 753930 DH (soit 68000 €) d’amende pour les motifs suivants :

- « outrage envers les corps constitués », parce qu’il a dénoncé publiquement le trafic de drogue et la corruption dans lesquels seraient impliqués de hauts responsables de la police, de la gendarmerie, de l’armée et de l’administration ;

- perception « de sommes d’argent de parties étrangères pour mener une campagne médiatique visant à nuire et à discréditer les efforts déployés par les autorités marocaines dans la lutte contre le trafic de drogue ». Pourtant, en tant que défenseur des droits de l’homme, Chakib El-Kheyari n’a fait que son devoir d’attirer l’attention de toutes les parties concernées, sur les graves irrégularités des services de l’Etat chargés de la lutte contre la corruption et le commerce illégal de la résine de cannabis. En même temps, il n’a cessé d’alerter l’opinion publique sur l’état de grande pauvreté dans lequel sont maintenus les paysans rifains et de plaider courageusement en faveur de la légalisation de la production de cannabis au Maroc ;

- « infraction au code des changes et dépôt de fonds dans une banque étrangère sans l’autorisation de l’Office des changes ». En fait, Chakib El-Kheyari dispose d’un compte bancaire à Melilla dans lequel il possédait 225 Euros au moment de son arrestation, provenant de la rémunération d’un article qu’il a rédigé pour le journal espagnol « El-Pais ».

Sur le plan juridique, Chakib El-Kheyari a été condamné en vertu de l’article 265 du code pénal qui prévoit que « l’outrage envers les corps constitués est puni de l’emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 250 à 5.000 dirhams ». A supposer que Chakib El-Kheyari soit coupable, pourquoi la peine infligée est-elle supérieure à la peine maximale prévue par la loi ? Par ailleurs, Chakib El-Kheyari n’a fait que défendre l’intérêt général en dénonçant publiquement la corruption et les activités illicites.

Pour preuve, suites aux dénonciations de Chakib, les autorités marocaines ont procédé au début de l’année 2009, à l’arrestation d’une centaine de personnes qui seraient impliquées dans le trafic de drogue, dont les 2/3 seraient des membres des services de sécurité de l’Etat. Ce coup de filet accrédite donc parfaitement les affirmations du Président de l’association Rif des droits de l’homme et montre que ceux qui nuisent à l’image du Maroc, ce ne sont point les militants qui luttent pour l’état de droit, mais bien les personnels de l’Etat impliqués dans les affaires extralégales.

Concernant la prétendue infraction au code des changes, la Circulaire n° 1606 du 21/09/1993 de l’Office des Changes prévoit que « l’importation de devises par les marocains résidents est libre et n’est soumise ni à déclaration auprès des services douaniers, ni à la justification à ces derniers de l’origine des fonds ». Chakib El-Kheyari n’a donc commis aucune infraction à la réglementation marocaine sur les changes, ce qui démontre une fois de plus le caractère arbitraire et par conséquent politique de sa condamnation.

En définitive, rien ne justifie la lourde sanction décidée et appliquée à l’encontre de Chakib El-Kheyari. Manifestement il s’agit d’un acte de répression délibéré qui ne vise rien d’autre qu’à sanctionner un infatigable défenseur des droits humains et à restreindre la liberté d’expression et d’opinion au Maroc. Cela est contraire aux dispositions des instruments internationaux de protection des droits de l’Homme ratifiés par le Maroc et en particulier, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’accord d’association Maroc-Union Européenne, comme l’ont souligné un certain nombre d’ONG.

Nous, ONG signataires de cette lettre, dénonçons fermement la condamnation et la détention de Chakib El-Kheyari et réclamons sa libération immédiate et sans conditions.

Le Maroc ne peut pas tromper l’opinion publique longtemps en tenant des discours favorables aux droits humains et aux libertés fondamentales tout en les violant dans la pratique quotidienne. Il est nécessaire et urgent de mettre les actes en cohérence avec les déclaration officielles en mettant fin aux abus d’autorité et aux harcèlements policiers, judiciaires et administratifs exercés notamment à l’encontre des défenseurs des droits humains.

Veuillez agréer, Majesté, l’expression de notre considération distinguée.

Paris, le 10 décembre 2010

P/leCongrès Mondial Amazigh, B. Lounes/Président

P.-S.

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Date de parution lundi 13 décembre 2010 04:06

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