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La France face à la décision belge de dépénaliser la consommation de cannabis

2001/01/19 - AFP

La décision de la Belgique de dépénaliser la consommation du cannabis isole un peu plus la France d’un point de vue législatif, mais dans la pratique, insistent les pouvoirs publics, la situation est comparable dans la plupart des pays européens.

Avec cette annonce, qui doit encore être avalisée par le Parlement belge d’ici quelques mois, le clan des pays européens sanctionnant encore l’usage simple du cannabis se réduit comme peau de chagrin : la France, la Finlande et le Luxembourg et l’Espagne (uniquement en cas de consommation en public).
"La France se retrouve un peu plus isolée qu’avant, constate Bertrand Lebeau, spécialiste de la toxicomanie à Médecins du Monde. La décision belge est raisonnable car la tendance générale dans la plupart des pays européens est d’accorder une faible priorité à la question de l’usage du cannabis". "La France ne pourra pas tenir longtemps sur cette position d’autant que la banalisation de l’usage du cannabis est aussi réelle dans notre pays que dans les autres pays d’Europe", ajoute-t-il.
Un jeune scolarisé de 15 à 19 ans sur trois reconnaît avoir consommé du cannabis "au moins une fois dans l’année", selon les derniers chiffres officiels en France. Pour sa part, la présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), Nicole Maestracci, met en garde contre "les déclarations fracassantes" et préfère insister sur la pratique.

Discrétionnaire
"Dans les circulaires adressées en juin 99 par le garde des Sceaux aux procureurs, il était indiqué que la priorité reste la lutte contre le trafic et que pour les usages, il faut privilégier la poursuite des usagers qui causent des dommages à autrui et surtout organiser une orientation sociale ou sanitaire. On est donc dans la même optique qu’en Belgique sauf que nous, nous n’avons pas modifié la loi", explique-t-elle à l’AFP. Mais faute de loi modernisée, l’application des textes se fait de "façon très discrétionnaire", reprochent les partisans d’un assouplissement de la législation française sur les stupéfiants, vieille de 30 ans. "Actuellement, en Ile-de-France, dans les grandes villes de France, dans le nord ou l’est du pays, il y a une dépénalisation de fait au moins concernant les primo-usagers, indique M. Lebeau. En revanche, dans une petite ville, quelqu’un peut très bien se trouver avec de la prison ferme parce qu’il a été pris avec une barrette de haschich".

Doucement mais sûrement, le débat sur la dépénalisation de la drogue prend de l’ampleur en France. En 1998, 111 "vedettes" avaient lancé un appel public en ce sens. Symboliquement, Jean-Pierre Galland, le président du Collectif d’information et de recherche cannabique (CIRC), avait même envoyé des "joints" aux 577 députés français. Il avait été condamné pour ce geste. En juin dernier, les quatre membres du groupe de rock brestois Matmatah, dont le procès avait relancé la polémique, ont été condamnés à 15.000 francs d’amende chacun pour "provocation à l’usage de stupéfiants". Vendredi, le CIRC a loué le "courage politique" de la Belgique. "Force est de constater que la position de la MILDT est de plus en plus inconfortable, voire intenable, dit-il. Comment en effet concilier réduction des risques et pénalisation ? Comment prétendre protéger la jeunesse et en même temps en criminaliser les deux tiers ?".

Article modifié le lundi 14 juillet 2003 17:07, Date de parution vendredi 19 janvier 2001 00:00

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