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Le Circ voit loin

Bonjour,
Le Circ voit loin. Le 31 décembre 2000, à quelques heures d’entamer le troisième millénaire, ce sera le trentième anniversaire de la loi sur les stupéfiants, votée le 31 décembre 1970 à 23 heures 30 dans l’euphorie générale.Tous les jours, cette loi donne les preuves de sa dangereuse inefficacité. Censée s’attaquer aux trafiquants, elle s’en prend essentiellement aux consommateurs de chanvre, une des plus innocentes et des plus positives parmi les nombreuses drogues naturelles ou chimiques mises à notre disposition. Alors que la répression est active, qu’elle mobilise depuis trente ans toutes les forces de police et coûte cher à l’état, les drogues n’ont cessé de proliférer, les consommateurs de se multiplier et les trafiquants - bénéficiant trop souvent de la complicité du pouvoir - n’ont cessé de s’enrichir.

Cette loi est indigne d’une démocratie. Elle punit d’une peine de prison et/ou d’une amende le simple usage de toute drogue classée dans le tableau des stupéfiants. Elle encourage la délation, pratique le chantage, autorise les forces de police à perquisitionner de jour comme de nuit, les autorise, sous prétexte de trafic, à prolonger les gardes-à-vue jusqu’à 92 heures... j’en passe et des pires encore.

Cette loi est digne d’un régime totalitaire. Non seulement elle sanctionne sévèrement -bien qu’il ne nuise à personne- l’usager de drogues aujourd’hui classées parmi les stupéfiants, mais elle a inventé un article de loi, le fameux L. 630, qui empêche de contester cette loi. Cet article du Code de la Santé publique, lequel punit la provocation à l’usage, l’incitation à l’usage et la présentation des stupéfiants sous un jour favorable, est bien connu du Circ qui en a fait les frais sept fois depuis 1991, année de sa création. Même si certaines de nos actions sont revendiquées collectivement, c’est toujours moi, en tant que responsable du Circ, qui me retrouve sur le banc des accusés, toujours moi qui suis condamné à des peines de prison avec sursis et des amendes. En accord avec les responsables du Circ (malgré les huissiers qui me poursuivent) j’ai décidé de résister à l’absurdité. Pourquoi continuerai-je à payer pour avoir diffusé des idées de bon sens partagées par des centaines de milliers de mes contemporains ? Des idées contenues dans tous les rapports officiels, du plus ancien (le rapport Pelletier en 1978) au plus récent (le rapport Roques en 1998) ! Cette décision qui risque de me mener, au nom de la contrainte par corps (une spécialité elle aussi, bien française) en prison, est irrémédiable. Mais, afin d’en finir une bonne fois pour toutes avec cette "monstruosité juridique", ne faut-il pas savoir désobéir ? Appliqué de manière fantaisiste, non seulement l’article L. 630 symbolise une grave atteinte à la liberté d’expression, mais il empêche toute prévention crédible, en particulier auprès des jeunes.

En cette année 2 000, les Circ ont donc décidé de s’en prendre au L.630, article de loi indigne d’un pays civilisé. Et dès le 26 février 2000 à Rennes, ils lancent une série de concerts " le L. 630 Tour ". Journalistes, artistes, simples citoyens, nous devrions avoir le droit d’exprimer sur les drogues illégales des avis contraires à la morale en vigueur sans risquer de nous retrouver un jour devant un tribunal. C’est pourquoi je vous invite, à soutenir les initiatives salutaires du Circ, à relayer ses informations... et à transgresser le L. 630.

En vous remerciant de l’attention que vous avez porté à nos arguments en faveur d’un monde tolérant et respectueux des idées d’autrui, un monde soucieux de garantir la liberté, je vous prie, d’accepter, Madame Monsieur, au nom du Circ, mes traditionnels voeux de bonne année.

Jean-Pierre Galland
Président de la fédération des Circ

Date de parution jeudi 11 septembre 2003 15:19

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