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Le cannabis interdit d’Aceh a été épargné par le tsunami

18 février 2005

BANDA ACEH, Indonésie (AFP) - Consommer du café ou du ragoût parfumé au cannabis est une tradition vivace dans la province indonésienne d’Aceh et le tsunami du 26 décembre a épargné cette plante interdite, cultivée sur des parcelles cachées dans les hauteurs.

Pas besoin de rouler longtemps dans les rues de la capitale provinciale, Banda Aceh, pour trouver une échoppe sur le trottoir qui propose le gulai daging, un plat à base de viande mijotant sur un réchaud à gaz. Interrogés sur la présence de "ganja" dans leur marmite, la plupart des vendeurs croisent leurs poignets, comme s’ils étaient menottés, et jurent que non. Beaucoup utilisent pourtant la plante tabou.
Anwar, 38 ans, est un peu moins timoré que ses collègues. "J’en mets un petit peu dans le café et dans le gulai daging", glisse-t-il. "Ce n’est pas difficile de s’en procurer et les prix sont restés stables". Il explique que sa "ganja" vient d’une ferme sur les montagnes alentours de la ville. Alors qu’au moins 36.000 hectares de terres cultivées ont, selon la FAO, été ravagées par les raz-de-marée au nord de l’île de Sumatra, les plantations de cannabis, situées sur les hauteurs, ont en quelque sorte bénéficié de la prohibition qui les frappe.
L’Indonésie réprime férocement la possession, la consommation et le trafic de drogue. L’islam l’interdit aussi. Aceh est un bastion musulman où mieux vaut ne pas se faire arrêter avec une telle marchandise. "Un kilo, c’est deux ans et demi de prison", affirme Anwar. Il explique faire frire les graines de cannabis pour sa popote, mais ne pas s’occcuper des feuilles, "qui sont vendues à des gros bonnets en dehors d’Aceh".
"A Aceh, même chez les pauvres, la tradition veut que l’on mange au moins trois fois par an le gulai daging. Un ou deux jours avant le ramadan, à la fin du ramadan et avant la célébration du pèlerinage du Haj", détaille un journaliste du quotidien local Serambi. Il assure qu’un kilogramme de cannabis coûte 50.000 roupies, soit 5,5 dollars.
Des jeunes questionnés dans la rue disent sous couvert de l’anonymat que la ganja est également fumée dans l’intimité des maisons et que les étrangers qui l’ont goûtée lui trouvent des vertus particulières. "Toute la production est dans la montagne. Je peux vous en avoir", lance Abubakar, un vieux serveur d’une échoppe de Banda Aceh, occupé à remplir à la chaîne des sacs en plastique de rations de gulai daging. Il souligne que les prix de certaines épices ont pu augmenter après la catastrophe du 26 décembre, mais que les champs de cannabis ont été épargnés, même si les données officielles manquent pour confirmer ces dires.
Abubakar, qui dit avoir 65 ans, estime que le conflit indépendantiste en cours à Aceh fait plus de tort à la production locale de ganja que le tsunami. "Les gens du GAM (Mouvement Aceh Libre, rebelles séparatistes) ont occupé les plantations sur les hauteurs. Maintenant nous sommes effrayés d’y aller, ils pourraient nous accuser d’être des espions".

Article modifié le vendredi 10 février 2006 00:46, Date de parution mardi 22 février 2005 01:21

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