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Le président du Mexique se prononce pour la légalisation des drogues illicites

2001/03/21 - Vancouver Sun

"C’est la seule vraie manière de gagner la guerre à la drogue", suggère le chef d’état mexicain.

OTTAWA - Le président du Mexique a lâché une petite bombe juste avant le Sommet panaméricain du mois prochain, en confiant à des journalistes mexicains que la légalisation des drogues illicites lui paraissait le seul vrai moyen de gagner une guerre contre les trafiquants qui avait surtout jusqu’ici été coûteuse en moyens et en vies humaines.

Choisissant de transgresser un sujet tabou que les responsables politiques d’Amérique latine prennent d’ordinaire le soin de ne pas aborder, le président Vicente Fox a suggéré dans des entretiens avec deux journalistes, le week-end dernier, que la seule façon de gagner la guerre contre les trafiquants de drogues étaient de légaliser ces dernières et de supprimer ainsi du même coup les perspectives de profits illégaux et la violence qui accompagnent tout trafic de ce type.

Sa prise de position fait suite à celle de responsables de la police mexicaine qui avaient précédemment exprimé le même point de vue. "Oui, oui, c’est tout à fait exact", a affirmé Fox au journal Unomasuno lorsqu’on lui a demandé si les déclarations d’un chef de la police favorable à la légalisation avaient son assentiment.

Les responsables latino-américains en place ont jusqu’ici évité de proclamer un quelconque soutien à un processus de légalisation de peur de subir les représailles économiques des États-Unis, qui ont adopté une attitude de "tolérance zéro" à l’égard de l’usage, du trafic et de la production de stupéfiants.

Fox a précisé que le Mexique ne pouvait pas agir dans ce sens de façon unilatérale et n’en avait pas l’intention ; il a ajouté qu’il ne s’attendait pas à des initiatives internationales de cette nature dans un futur proche. "Lorsque le jour viendra de cesser toute action répressive vis-à-vis de l’usage de drogue, c’est au niveau du monde entier qu’il faudra agir", a-t-il déclaré selon le journal El Sol de Mexico. "L’humanité se rendra compte un jour que c’est la meilleure attitude à adopter". Ce processus de légalisation n’est pas à l’ordre du jour du Sommet panaméricain de Québec, qui aura lieu du 20 au 22 avril et réunira les chefs d’état et de gouvernement des 34 pays d’Amérique.

Au début du mois, le président uruguayen Jorge Batlle Ibanez a demandé à ce qu’on discute de cette question lors du Sommet. Lors d’un débat en temps réel sur Internet avec le Washington Post, la semaine dernière, il a déclaré qu’il essayerait de lancer le débat sur la légalisation des drogues illicites, de façon formelle ou informelle. "Pensons aux sommes énormes qui sont consacrées à la lutte contre le trafic des drogues et imaginons un instant qu’on puisse les mettre au service de l’enseignement et de la formation de ceux qui en ont vraiment besoin", a-t-il fait remarquer, ajoutant que sa prise de position n’avait entraîné aucune mesure de rétorsion vis-à-vis de l’Uruguay de la part des États-Unis.

Batlle a affirmé que la meilleure façon de mettre fin à la guerre civile en Colombie serait de légaliser les drogues et d’admettre ce pays au sein de la NAFTA, l’alliance nord-américaine pour la libéralisation du commerce.

Des représentants officiels de l’ambassade du Mexique à Ottawa ont indiqué que Fox ne plaidait pas pour la légalisation des drogues et que le Mexique ne chercherait pas à faire mettre ce sujet à l’ordre du jour de la réunion de Québec. "Le président a évoqué la décriminalisation éventuelle de la possession de certaines drogues pour usage personnel, comme d’autres pays l’ont déjà fait, mais il faudrait pour cela parvenir à un accord international", a déclaré mardi 20 mars Alfonso Nieto. "Mais pour l’instant, nous avons déclaré la guerre au trafic de drogue. Une guerre totale contre les drogues".

Nieto a également dit que s’il était vrai que la décriminalisation faisait l’objet de débats publics au Mexique, une mesure de ce type n’avait pas encore été évoquée au Congrès national et ne faisait pas partie des sujets que le pays souhaitait porter à l’ordre du jour du Sommet. "D’autres questions sont largement prioritaires, comme le développement de la démocratie, la sécurité, le libre échange".

Des responsables publics canadiens ont déclaré qu’ils n’avaient aucune raison de croire que le Mexique avait modifié son approche de la lutte contre les producteurs et les trafiquants de drogue. "Au cours de nos nombreuses réunions avec des représentants du gouvernement mexicain, ces derniers n’ont jamais soulevé la question de la légalisation des drogues", a précisé le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, François Lasalle.

Depuis l’élection de Fox, à l’automne dernier, le Mexique a émis plusieurs signaux contradictoires sur sa position vis-à-vis de la lutte contre la drogue. La nomination de deux partisans avérés de la légalisation au gouvernement a ainsi placé les États-Unis quelque peu en état de choc.

Alejandro Gertz, ex-chef de la police de Mexico et aujourd’hui ministre de la sécurité publique, a déjà eu l’occasion d’évoquer par le passé qu’il serait utile de retirer aux drogues tout leur potentiel de profits illicites, et que le Mexique devrait étudier la possibilité d’adopter l’approche néerlandaise concernant l’usage et la vente de stupéfiants.

Quant au nouveau ministre des affaires étrangères du Mexique, Jorge Castaneda, un universitaire de gauche et ex-chroniqueur de Newsweek, il a écrit dans ce magazine que la légalisation pourrait bien être la seule manière de gagner la guerre contre le trafic, en évoquant notamment la cocaïnomanie passée du nouveau président américain Georges W. Bush.

Mais si le Mexique semble en effet avoir envisagé de suivre une voie largement divergente de celle de son puissant voisin du nord en la matière, cette volonté a paru largement fléchir après la rencontre de janvier entre Fox et Bush.

Le communiqué officiel publié à la suite de ce sommet bilatéral était, à l’évidence, formulé dans la stricte ligne états-unienne de tolérance zéro : "Le trafic de stupéfiants, l’usage de drogues et le grand banditisme organisé sont des dangers majeurs pour nos sociétés. Pour repousser ces dangers, nous devons renforcer nos stratégies et institutions policières et judiciaires respectives et favoriser les actions bilatérales et multilatérales dans ce sens, menées de façon plus étroite et dans un climat de plus grande confiance. Nous souhaitons réduire la demande en stupéfiants et mettre fin aux filières organisées de trafic. Dans ce but, nous allons procéder immédiatement à un examen et à une révision éventuelle des politiques menées et des efforts de coopération entrepris dans le cadre de la législation de chaque pays".

Deux mois plus tard, pourtant, le Mexique évoque de nouveau la légalisation des drogues illicites. "Le débat est en cours dans la société mexicaine", a répondu le Secrétaire d’état aux affaires étrangères Enrique Berruga à des journalistes lors du Forum interparlementaire panaméricain d’Ottawa.

Article modifié le vendredi 11 juillet 2003 16:57, Date de parution mercredi 21 mars 2001 00:00

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