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Cannabis : Le purit

Science : de la crème aux endocannabinoïdes efficace dans le traitement du prurit provoqué par la maladie du rein

Acta Dermatovenerol Croat 2005 ;13(2):97-103.)

Extraits du livre
Cannabis : Médecine Interdite
Editions du Lézard
Lester Grinspoon et James Bakalar

Don Spear est âgé de cinquante-deux ans, il est originaire de Flint, dans le Michigan et souffre de dermatite atopique (ou eczéma consitutionnel), une affection cutanée inflammatoire qui est probablement une réaction allergique d’origine inconnue. Elle se manifeste notamment par un prurit (violentes démangeaisons) et des plaques de peau enflammée, surtout sur les mains, la figure, le cou, les jambes et les organes génitaux. On traite généralement cette affection avec des corticoïdes et des onguents appliqués sur la peau. Les stéroïdes n’ont qu’une efficacité partielle et, de toute façon, ne peuvent être utilisés qu’occasionnellement pendant les crises, dans la mesure où ils ont, à long terme, des effets secondaires graves. Outre leur action sur les démangeaisons qu’ils contribuent certes à soulager, les antihistaminiques ne sont que de peu d’utilité. A force de se gratter, le patient peut provoquer des infections nécessitant la prise d’antibiotiques. Voici l’histoire de Don Spear :

Je suis affligé d’une affection cutanée très invalidante, qui peut même être mortelle, que l’on appelle la névrodermite atopique. En 1954, j’avais dix-huit ans et je faisais mon service militaire dans une base de l’armée américaine au Texas. Un jour, j’ai remarqué que j’avais, autour des yeux, une région qui me démangeait et où la peau desquamait. Au début, j’ai pensé que c’était du au climat aride du Texas, mais les choses se sont aggravées et le problème s’est propagé à d’autres endroits du corps. La peau devenait extrêmement irritée, prenait une couleur rouge foncé et commençait à se fendiller. Un an plus tard, lorsque j’ai été transféré par l’armée américaine en Allemagne de l’Ouest, j’étais couvert de plaques rouge vif, pleines d’ampoules, où la peau se fendillait, formait des croûtes et se refendillait à nouveau. J’ai fini par avoir des infections à tous ces endroits de mon corps à force de me gratter constamment. Les médecins des hôpitaux militaires en Allemagne m’ont dit que je souffrais de névrodermite atopique. J’ai pris tous les médicaments qui existaient, toutes les pommades et les préparations possibles, mais rien n’y a fait. J’avais la peau des bras et des jambes complètement râpée à force de fendillements, de croûtes et de démangeaisons constantes. La gangrène a fini par s’installer et les médecins ont parlé de m’amputer des deux bras au niveau du coude. Dans un dernier effort pour empêcher l’amputation, on a décidé de m’envelopper entièrement les bras de pansements pour éviter que je me gratte ; on m’a par ailleurs prescrit de fortes doses d’antibiotiques et le nouveau remède miracle, la cortisone. Contre les démangeaisons, qui ont failli me rendre fou, les médecins m’ont donné des tranquillisants et des sédatifs. J’ai pu sauver mes bras, mais au, bout d’un moment, je ne supportais plus la cortisone. Malgré tous les efforts des médecins militaires, on n’a rien pu faire pour venir à bout de ce problème dermatologique dont je souffrais. En janvier 1956,j’ai été réformé pour invalidité à 50%. Au cours des dix années qui ont suivi, j’ai essayé presque tous les médicaments sur ordonnance ou en vente libre disponibles sur le marché Librium, Valium et autres tranquillisants toxicomanogènes à hautes doses, des crèmes et des pommades à la cortisone, le goudron de houille, en bains ou en préparations. Mais rien ne me soulagea, pendant bien longtemps. J’ai été hospitalisé plusieurs fois à cause des infections dont j’étais envahi à force de me gratter et à cause des fendillements de la peau. Dans la mesure où cette affection dermatologique me défigurait quelque peu, il m’était difficile de trouver du travail. Les employeurs ne voulaient pas m’embaucher et les collègues ne tenaient pas particulièrement à travailler avec moi. J’ai finalement trouvé un emploi à la Fisher Body Company, mais j’ai du m’absenter à plusieurs reprises pour congé de maladie. Au bout de dix ans, l’entreprise a calculé que j’avais pris l’équivalent de six années de congés maladie et m’a mis à la porte. En me mettant à la recherche d’un nouveau poste, dont j’avais besoin pour faire vivre ma femme et mes quatre enfants, je me suis rendu compte, une fois de plus, que beaucoup de gens ne voulaient tout simplement pas me recruter. J’ai continué d’avoir ce problème de peau. Il m’arrivait souvent de me réveiller en pleine nuit et de trouver sur l’oreiller des traces de sang, qui venaient de mon cuir chevelu blessé. Les démangeaisons dont j’étais atteint étaient si violentes et si intenses que j’en suis venu à utiliser du papier de verre pour me gratter et essayer de les soulager. Ce fut la fin de mon mariage, et à partir de ce moment-là, je me suis replié sur moi-même. J’avais peur de tout. Au printemps 1973, un de mes amis que l’on avait envoyé se battre au Vietnam m’a dit qu’il avait commencé là-bas à fumer du chanvre et qu’il avait trouvé l’expérience agréable. Au début, j’avais quelques réticences, non seulement parce qu’il s’agit d’une substance illégale, mais aussi parce je n’avais pas envie de prendre des drogues quelles qu’elles fussent. J’avais renoncé depuis longtemps à l’alcool et au tabac, et mes récentes expériences avec les médicaments que m’avaient prescrits les médecins me rendaient encore plus méfiant. J’ai été élevé dans un milieu assez sévère et puritain, où l’on a tendance à condamner la drogue et ceux qui en consomment. Un jour, alors que j’assistais à une course de dragsters* pendant le week-end, j’ai tiré quelques bouffées sur le joint de chanvre de mon ami. Il est possible que j’aie recommencé une ou deux fois le lendemain, je ne me souviens pas très bien. Quoi qu’il en soit, je n’ai rien remarqué de particulier après avoir fumé, aucun "effet" sur le mental. Le mardi ou mercredi de la semaine suivante, j’ai constaté une nette amélioration à l’un des endroits où la peau était d’habitude particulièrement en mauvais état ; ce jour-là, elle était beaucoup moins rouge et moins enflammée. C’est alors que je me suis aperçu que je n’avais pas eu de démangeaisons depuis plusieurs jours. Je me suis demandé si le chanvre avait pu jouer un rôle quelconque dans cette amélioration, mais je n’y croyais pas vraiment. Le week-end suivant, mon ami et moi sommes allés assistés à une autre course de dragsters, et il m’a de nouveau offert du chanvre. Les démangeaisons avaient recommencé depuis quelques jours, mais elles se sont envolées tout d’un coup avec la première bouffée de fumée de chanvre. J’étais ébahi. Après avoir passé des années à essayer en vain tous les médicaments et produits dermatologiques possibles et imaginables, j’avais réussi a me débarrasser de mes démangeaisons avec une seule bouffée de cigarette de chanvre ! Au cours des trois années suivantes, j’ai continué de fumer, mais le week-end seulement, et jamais plus de quelques bouffées à la fois. Mon état de santé dermatologique s’est considérablement amélioré. Dans la mesure où je ne me grattais plus, la peau fendillée pouvait cicatriser. Puis les plaques rouges ont commencé à s’atténuer et ont laissé la place à une peau neuve et normale. Au bout d’un moment, je n’étais plus défiguré par la maladie. J’ai trouvé un emploi stable et régulier. 0n était content de moi. Je n’avais plus besoin d’être constamment en congé maladie. Au début de 1977, mes frères ainés ont découvert que je fumais du chanvre et l’ont dit à nos parents. J’avais déjà au-delà de quarante ans à l’époque, mais je me souciais encore beaucoup de ce que mes parents pouvaient penser ou éprouver. Je leur ai expliqué la situation, mais je voyais bien qu’ils n’étaient pas convaincus. Ils craignaient que je ne devienne un "toxico", "accro" du chanvre. Je leur ai proposé d’arrêter d’en fumer pendant trois mois pour voir ce qui se passerait. A ma connaissance, le chanvre n’avait jamais eu sur moi aucun effet physique ou psychoIogique indésirable, et je n’ai eu aucune difficulté à m’arrêter.

Pas d’envie irrésistible, pas de tremblements, pas de sueurs. Mais au bout de trois jours, mon corps entier me démangeait à nouveau. La peau entre les orteils et les doigts de la main s’est irritée et enflée. L’inflammation n’a pas tardé à se propager rapidement le long de mes bras et de mes jambes, pour atteindre finalement mon cuir chevelu, ma tête et ma poitrine. Quelques semaines plus tard, j’avais la peau qui avait recommencé à se fendiller comme avant Je me grattais sans arrêt, et une grande partie de mon corps s’est couverte de zébrures rouge foncé. J’ai de nouveau été défiguré. J’ai recommencé à trouver du sang sur mes draps en me levant le matin. Mes parents et mes frères sont devenus très inquiets et m’ont supplié de recommencer à fumer du chanvre. J’ai hésité au début, parce que je n’aimais l’idée d’être traité de ,,toxico" ou d’,,accro". Finalement, j’ai compris que ma famille ne se souciait guerre de savoir que le chanvre était illégale. Seul comptait pour elle l’effet qu’elle pouvait avoir sur ma peau. J’ai donc recommencé à fumer, mais le week-end seulement. Cette fois, il a fallu près d’un an pour que la peau reprenne un aspect normal. J’ai continué à fumer du chanvre pendant dix ans, jusqu’en février 1987 et j’ai réussi à éviter les manifestations de mon problème dermatologique. J’avais toujours de bons résultats professionnels et je ne fumais jamais au travail. En février 1987, j’ai appris que l’entreprise où je suis embauché avait l’intention de procéder à une série d’analyses d’urines aléatoires sur le personnel. Je me suis tourné vers les représentants syndicaux pour leur demander quoi faire, et entre-temps, j’ai aussi demandé aux médecins de l’administration des Anciens combattants de m’aider à me procurer du chanvre en toute légalité. Ils m’ont adressé à leur Centre de prévention de la toxicomanie, où l’on m’a dit que je n’avais pas de problème de drogue. En effet, les médecins ont déclaré que je ne faisais du chanvre qu’un usage strictement thérapeutique. Ils m’ont encouragé à continuer d’en fumer. Mais j’étais extrêmement inquiet de la perspective de ces analyses d’urines et je craignais de perdre mon emploi. Perdu, ne sachant que faire, j’ai décidé d’arrêter de fumer. L’état de ma peau a presque immédiatement recommencé à se détériorer. Au bout de quelques semaines, les choses ne s’étaient pas arrangées, je dirais même que la situation s’aggravait rapidement. Mes parents, mon frère, mes amis proches et même le représentant syndical m’ont encouragé à reprendre ma consommation de chanvre. Quelle était l’alternative ? Respecter la loi et vivre avec une maladie dermatologique qui me défigurait, qui risquait, en raison des infections qu’elle pouvait provoquer, de me tuer un jour. J’ai pris un congé de maladie et je me suis mis à faire pousser mon propre chanvre. En décembre 1989, j’ai été dénoncé à la police par un voisin. J’ai été arrêté et inculpé. On m’a condamné à une lourde amende, à quatre mois d’assignation à résidence et à deux ans de liberté surveillée. Le juge m’a dit que les poursuites seraient abandonnées si j’arrivais à obtenir une ordonnance légale. Mais j’ai dû arrêter de fumer à cause des analyses d’urines au bureau. Depuis que j’ai renoncé au chanvre (en decembre 1989), je souffre de démangeaisons presque en permanence, ma peau ne cesse de se fendiller et de suinter, que ce soit aux pieds, aux mains, au cuir chevelu, sur la poitrine et même au pénis. Le chanvre est la seule substance qui empêche à la fois les lésions dermatologiques et les horribles démangeaisons dont je suis atteint. S’il était légal, j’aurais un moyen de vivre plus confortablement avec cette terrible maladie dont je suis affligé. Le chanvre pourrait aussi aider des milliers d’autres personnes qui ont les mêmes problèmes de peau que les miens, mais il n’y a pas de recherches dans la mesure où il s’agit d’une substance interdite par la loi et que les médecins n’aiment pas la controverse politique.

* Véhicule de course à deux ou à quatre roues doté d’un moteur surpuissant. Ndt.

P.-S.

Bulletin IACM du 3 Janvier 2005

Science : de la crème aux endocannabinoïdes efficace dans le traitement du prurit provoqué par la maladie du rein

Des chercheurs de l’Université de Wroclaw en Pologne ont étudié les effets d’une pommade composée de lipides physiologiques structurés et d’endocannabinoïdes chez 21 patients atteints de prurit dû à une déficience terminale de la fonction rénale. Le prurit urémique est encore de nos jours un symptôme courant chez les patients souffrant de défaillance rénale terminale. Toutefois, il n’existe aucun traitement efficace pour cette condition pathologique. Tous les patients ont appliqué la crème de l’étude deux fois par jour pendant une période de trois semaines. Le prurit global et la sécheresse de la peau ont été examinés avant la campagne de test, lors des entretiens liés à l’étude selon une périodicité hebdomadaire et deux semaines après l’achèvement de l’étude.

Le prurit, après 3 semaines de thérapie, fut complètement éliminé chez 8 patients. La sécheresse de la peau a été significativement réduite. Les chercheurs notent qu’il « est très probable que la diminution observée du prurit avec la thérapie basée sur le produit testé ne soit pas uniquement le résultat de la réduction de la sécheresse de la peau mais que l’ajout d’endocannabinoïdes pourrait avoir également joué un rôle ».

(Source : Szepietowski JC, Szepietowski T, Reich A. Efficacy and tolerance of the cream containing structured physiological lipids with endocannabinoids in the treatment of uremic pruritus : a preliminary study. Acta Dermatovenerol Croat 2005 ;13(2):97-103.)

Article modifié le vendredi 3 février 2006 02:41, Date de parution vendredi 8 août 2003 15:58

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