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Le sport rend-il fou ? Non pas le cannabis ?

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Propos recueillis par François Thomazeau Article paru dans l’édition du 01.07.07

Le sport ne rend pas fou, mais il donne au sportif une vie hors du commun à un âge où l’on se construit sous la pression de contraintes biologiques et psychologiques importantes. Le sport est un outil qui, bien utilisé, est une source d’épanouissement, mais, mal utilisé, peut-être à l’origine d’importants dégâts. On peut aussi se demander si le sport, qui penche de plus en plus vers le spectacle, va pouvoir garder son statut. Certains spécialistes prédisent la disparition du sport du fait du développement du dopage. En effet, l’intérêt pour le sport vient du soutien d’athlètes lancés dans une quête quasi mystique afin d’obtenir le Graal. Avec le dopage, l’athlète risque de ne plus se représenter lui-même, mais la société pharmacologique qui en fait un surhomme. Il existe aux Etats-Unis un courant qui préconise d’autoriser à modifier l’homme. Cette question est urgente car, après les JO de Pékin, le dopage génétique sera probablement de mise. Le sport n’est pas fou, mais on peut se demander si ce n’est pas la société qui est folle, avec un sport comme symptôme de son dysfonctionnement.

Le cyclisme n’est pas le seul sport touché, mais les cas de Marco Pantani mort d’une surdose de cocaïne en 2004, de José Maria Jimenez victime d’une crise cardiaque dans un hôpital où il était soigné pour une dépression, en 2003, ou de Franck Vandenbroucke qui vient de commettre une tentative de suicide posent question. Ces comportements suicidaires sont-ils liés au dopage ?

Une psychiatre américaine a montré lors d’un congrès de psychiatres à La Nouvelle-Orléans que le taux de suicide chez les sportifs était supérieur à celui de la population générale. La pratique sportive est à l’origine d’un gros problème sanitaire masqué par le fait que, quand les sportifs ne vont pas bien, ils sortent de la lumière médiatique pour se mélanger à la population générale. Les sportifs sont plus enclins à développer des troubles addictifs pendant leur carrière et à la dépression au moment de l’arrêt de cette carrière, mais aussi à la suite d’une consommation de toxiques. La prise de stéroïdes augmente le risque de troubles psychiatriques ou de passages à l’acte. Dans les cas cités, il est important de distinguer les histoires individuelles des éléments de santé globaux.

La reconversion du sportif de haut niveau n’est-elle pas aussi un problème ? N’est-il pas difficile de passer ainsi de la lumière à l’ombre ?

Le sportif vit une vie hors du commun et une vraie gestion de carrière serait nécessaire pour l’aider à en surmonter les épreuves. L’enjeu est le suivant : il est plus difficile d’"être" que de "faire". C’est pour cela que l’on est confronté à des pathologies du "faire" (addiction, surconsommation, violence). Pour un adolescent, il est plus facile de résoudre ses problèmes existentiels en faisant du sport. Mais à l’arrêt de cette activité, on a beau avoir réussi dans le sport, on n’a pas pour autant résolu ces problèmes existentiels et on doit les aborder de façon décalée et faire le deuil de son activité physique. Beaucoup de champions se disent déprimés à ce moment-là. D’ailleurs, un certain nombre d’entre eux remplacent le sport par l’alcool ou la toxicomanie. Il est donc nécessaire que des structures professionnelles accompagnent les athlètes pour les aider à être autonomes et à renoncer.

Y a-t-il une spécificité des troubles du comportement du sportif ? Après tout, des milliers de jeunes gens non sportifs ont des comportements suicidaires et-ou toxicomanes...

Marie Choquet, sociologue, a montré qu’avec une activité sportive intensive, les femmes ont plus de risques de présenter des troubles alimentaires et une agressivité verbale, et les hommes plus de risques de présenter des comportements toxicomaniaques et une agressivité sexuelle. Ces éléments montrent que le sport expose les athlètes à des risques comportementaux. En outre, les athlètes présentent souvent des traits d’immaturité affective qui les vulnérabilisent aux troubles du comportement et à la dépression.

Si la pratique du sport de haut niveau présente des dangers en termes de santé mentale, que préconisez-vous ?

Marie-George Buffet puis Jean-François Lamour ont imposé une consultation de suivi psychologique par an pour les athlètes de haut niveau. Malheureusement, cette décision ne prend pas en compte les professionnels, qui dépendent de la médecine du travail, et n’a pas défini clairement les modalités de mise en oeuvre de ce suivi. Certains dirigeants portent un regard ambivalent sur la composante psychologique du sport. Les résistances à un travail psychologique et l’absence de moyens font que ce suivi n’a pas été vraiment mis en route. Le sport est devenu une industrie et doit se donner les moyens d’une industrie. Il faut professionnaliser les hommes et les structures. La question est de savoir si l’organisation des fédérations, souvent aux mains de bénévoles débordés, est adaptée aux exigences du sport moderne.

Date de parution mardi 10 juillet 2007 00:00

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