Légalisez l’herbe des hippies ! (nouvelle version illustrée)

Depuis quelques mois, on nous rabat les oreilles avec une « nouvelle » drogue aussi dangereuse que l’héroïne : la skunk. Sous ce nom générique se cacherait des plantes maléfiques qui provoqueraient une épidémie de toxicomanes aux psychoses variées, un tas de larves démotivées et asociales, des malades à soigner à la dure ou des délinquants à mater.

La skunk serait dangereuse car elle contient beaucoup de THC et pousse en hydro sous lampe. D’après la propagande actuelle, la skunk n’a rien à voir avec l’herbe qu’on sûrement testée les parents dans leur jeunesse. A les écouter, cette expérience là n’était pas dangereuse, ces anciens hippies le très savent bien, mais n’aurait rien de comparable avec la consommation actuelle. Cette théorie est totalement contestable. Pourtant, elle offre l’opportunité de revendiquer une réglementation de la production, de la distribution et de la consommation du cannabis des hippies comme produits de substitution à la skunk, dans le cadre d’une politique efficace de réduction des risques.

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« Nouveau » cannabis et vieux mensonges
Les coups médiatiques du cannabis « trop fort » ou du « nouveau » cannabis n’ont rien de nouveau. Les paysans américains mélangeaient parfois le chanvre avec le tabac, il a donc fallu inventer le mythe de la marijuana pour justifier la prohibition, pourtant du chanvre sauvage américain a été mesuré entre 2 et 7% de THC. Cette diabolique marijuana des années trente n’étais pourtant plus rien comparé à la redoutable sensimilia du flower power sixties. Elle-même sera reléguée au rang de drogue douce face au péril arabo-asiatique du haschich et de l’huile alors aussi comparés à l’héroïne. Et aujourd’hui, c’est le shit marocain qui sert de référent acceptable face aux ravages de la skunk. En réalité, il y a toujours eu de grandes variations selon les producteurs et les saisons, avec une moyenne autour de 4% en Amérique, 7% en Europe, 12% dans les pays producteurs.

Les politiques ne lisent pas les rapports qu’ils commandent
Le rapport 2004 de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT) a déclenché un vent de panique sur le cannabis en Suisse comme en France, en Grande-Bretagne ou en Italie. Les média, les ministères concernés, des politiciens et les lobbies prohibitionnistes ont sonné la charge contre l’explosion des problèmes sanitaires et sociaux provoquée par un nouveau cannabis surpuissant. Pourtant, ce rapport contient de nombreux éléments qui tempèrent les campagnes alarmistes de ces derniers mois. Il semble que le cannabis rende surtout schizophrène les spécialistes qui prétendent l’étudier ou le combattre.

Pas de hausse du THC dans le cannabis importé
"Il n’y a pas eu de tendance à la hausse à long terme de la puissance de l’herbe ou de la résine de cannabis importées en Europe. Dans tous les pays de l’UE, à l’exception possible des Pays-Bas, la plupart du cannabis consommé est importé, bien que l’on manque actuellement de données systématiques sur la disponibilité de l’herbe de cannabis produite localement". L’autoproduction est une riposte individuelle contre les méfaits de la prohibition (prix, qualité, maffia...), des études locales (Zurich, Amsterdam, Londres ...) l’évalue entre 15 et 25 % du marché. La production locale en Occident représente soit une économie de survie dans des zones sinistrées, soit de nouvelles activités pour des organisations criminelles qui diminuent ainsi les risques liés à l’import-export.

Le cannabis hollandais n’est que deux fois plus fort
"D’après les informations disponibles sur la part de marché des différents produits à base de cannabis, la puissance effective est restée relativement stable dans presque tous les pays pendant plusieurs années, à un niveau de 6 à 8%. La seule exception est les Pays-Bas, où, en 2001, elle a atteint 16%". Il n’y a donc pas de modifications substantielles dans le temps. Les Hollandais arrivent au double de la moyenne européenne et non pas cinq à dix fois plus. On est loin des 25 ou 40 % de THC dénoncés par les média.

"Aux Pays-Bas, la résine de cannabis produite localement a une teneur en THC particulièrement élevée, mais cette substance est encore peu courante dans ce pays et presque inconnue ailleurs". Il faut d’énormes quantités de plantes et beaucoup de manutention pour produire ces résines haut de gamme. Son prix très élevé et sa faible disponibilité rendent ce produit marginal.

Le cannabis "maison" aussi
"L’herbe de cannabis cultivée en intérieur à l’aide de méthodes intensives (par exemple, des systèmes hydroponiques avec un éclairage artificiel, une reproduction par des boutures et le contrôle de la durée du jour) possède généralement une teneur en THC supérieure à la drogue importée. Bien que la fourchette de puissance de l’herbe de cannabis "maison" se recoupe avec celle du cannabis importé, la puissance moyenne du cannabis "maison" peut être deux à trois fois supérieure à celle du cannabis importé".

Plus fort ne veut pas dire plus dangereux
Aucune étude scientifique approfondie ne démontre une augmentation sensible des risques avec l’augmentation de la puissance. Les crises de panique ou d’hypoglycémie concernent des usagers inconscients de la force du produit et des petits malins qui ont cherché et dépassé leur limite. Il n’a pas été observé suffisamment de dommages irréversibles pour valider cette théorie. Malgré un nombre exponentiel d’études officielles récentes (Roques, Sénat canadien, ISPA, etc.), aucune n’arrive à classer le chanvre à un niveau de toxicité comparable à l’alcool, le tabac, les benzodiazépines, les opiacés ou la cocaïne.

D’après « Cannabis, état des lieux en Suisse » ISPA 2004, « A l’heure actuelle, on ne connaît aucun effet à long terme sur la santé d’une teneur élevée de THC dans le cannabis ». De même, on ne peut pas comparer les effets et la toxicité du chanvre avec les opiacés, ce serait un non sens pharmacologique. Par contre, L’ISPA ajoute deux observations intéressantes : « L’augmentation de la teneur en THC des préparations cannabiques n’accroît pas nécessairement les risques d’atteintes à la santé. Les fumeurs réguliers, pour autant qu’ils sachent en doser l’effet enivrant et prennent moins de marijuana pour obtenir l’effet désiré, réduisent les atteintes éventuelles des voies respiratoires. » et « Une concentration plus élevée de THC peut générer, chez les consommateurs inexpérimentés, des réactions aversives telles que nausées et états anxieux, et donc les dissuader de recommencer. »

Les délires de la presse populaire
"Les déclarations émises dans les médias populaires selon lesquelles la puissance du cannabis a été multipliée par 10, voire plus au cours des dernières décennies ne sont pas étayées par les données limitées provenant des États-Unis ou d’Europe. Les changements les plus marqués en termes de puissance ont été observés aux États-Unis, mais il faut savoir qu’avant 1980 la puissance antérieure du cannabis aux États-Unis était faible par rapport aux normes européennes". Il semble que les études alarmistes prennent comme étalon le foin mexicain plein de branches et de graines des sixties ou le marocain période "Tchernobyl". Les prohibitionnistes préfèrent que les usagers s’empoisonnent avec des produits frelatés plutôt qu’ils ne consomment du cannabis de qualité. Si le cannabis des babas était si faible en THC, pourquoi l’avoir interdit ?

Un taux de THC très fluctuant
"La conclusion globale de cette étude est que quelques modifications minimes de la teneur en THC ont été observées dans certains pays et sont en grande partie dues à l’apparition relativement récente du cannabis de culture domestique au sein de l’UE. En outre, on peut noter que la teneur en THC des produits à base de cannabis est extrêmement variable". La culture du cannabis n’est pas une science exacte, Beaucoup de cultivateurs obtiennent des résultats moyens voire médiocres. Même les cannabiculteurs expérimentés peinent à maintenir un niveau constant de qualité.

Le cannabis puissant a toujours existé
"La puissance du cannabis n’est qu’un facteur parmi d’autres dans le calcul de la dose qu’une personne recevra sur une période donnée. Le mode d’administration, la manière de fumer, la quantité de cannabis fumée au cours d’une séance et le nombre de séances effectuées par un individu sont tout aussi importants, voire plus, pour calculer son niveau d’exposition au risque. Le cannabis à haute puissance a toujours été disponible dans une certaine mesure, et les inquiétudes à ce sujet ne datent pas d’aujourd’hui". Enfin une analyse crédible tant sur les modes d’usages que sur l’histoire de la qualité des produits. Les usagers aux cheveux blancs se souviennent du temple ball, du black Bombay, du gris d’Anatolie ou du libanais rouge, sans oublier le zamal mangue-carotte, la Saint-Vincent fils rouges, la Santa Martha Gold ou les Thaï sticks. Il y a toujours eu de la merde et du bon. La théorie fumeuse du cannabis surpuissant a déjà été utilisée dans les années 30 par le sulfureux Anslinger, le père de la prohibition US comparait alors le chanvre agricole américain et la marijuana mexicaine, puis dans les années 70/80 à l’époque de Reefer Madness 2. Réchauffée, elle fait encore des ravages.

Les consommateurs s’adaptent
"Il importe également de noter qu’il n’est pas clair si les consommateurs de cannabis modifient leur comportement afin d’atteindre l’effet désiré du dosage. C’est pourquoi des recherches s’avèrent encore nécessaires afin de déterminer jusqu’à quel point le cannabis à haute puissance nécessite forcément des doses élevées". En effet, l’usager informé mettra moins de cannabis dans son joint pour obtenir l’effet désiré. De même, il est possible de se mettre minable avec du cannabis faible en THC. Fumer moins pour le même effet est un facteur de réduction des risques, notamment pulmonaires, et non pas l’inverse. Seul un système réglementé permettrait aux usagers de savoir avec certitude ce qu’ils consomment et d’imposer des normes sanitaires.

La vérité est ailleurs
Mais la vérité n’a jamais eue sa place dans ce débat. Alors retournons ce mensonge en faveur du chanvre. Si on suit le raisonnement de John Walters, le drugs czar américain, de Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé en France, du gouvernement hollandais, de l’ONU ou de la presse populaire suisse, la marijuana, du chanvre agricole semé en pleine terre, la sensimilia, des boutures sélectionnées de variétés traditionnelles plantées en pleine terre outdoor ou sous serre, le haschich tamisé ou le charas de ces plantes ne présentent donc pas de grands dangers comparés au cannabis de l’an 2000. A contrario, ils constituent une alternative pour se substituer à la skunk dans les habitudes de consommation.

Du chanvre de substitution
Puisque la skunk serait aussi dangereuse que l’héroïne, il faut appliquer la même politique. Que tous les consommateurs réguliers réclament un produit de substitution ! Le chanvre naturel issu de variétés traditionnelles serait alors disponible dans un cadre sécurisé, le dosage et la préparation seraient personnalisés, l’assistance médico-sociale toujours disponible, la prévention aussi. Cette option politique présente bien des avantages. La filière chanvrière retrouve son intégrité et peut enfin se développer. Ce dispositif peut aussi servir aux patients du cannabis thérapeutique. Les consommateurs chroniques sortent du marché noir et réduisent les risques sanitaires et sociaux. Le marché noir existe toujours pour les occasionnels, les fanatiques de l’indoor, les paranos, les anars et les mineurs. L’économie parallèle et le business sécuritaire préservent des parts de marché. Le dogme de la prohibition n’est qu’égratigné. Tout le monde est content ou presque.

Une politique de transition
Pourtant, cette médicalisation de la consommation de cannabis n’est qu’une solution transitoire en attendant que l’hystérie retombe. Des clubs de connaisseurs associés à des chanvriers et à des centres d’assistance médico-sociale pourraient fort bien distribuer ce chanvre « acceptable » à toute la population majeure. Dans ce cas, le marché de la skunk deviendrait marginal et les risques seraient circonscrits. Comme c’est aujourd’hui le cas sur le marché de l’héroïne.

Alors osons réclamer que nos dirigeants soient cohérents. Face au « péril » de la skunk, il nous faut du chanvre naturel en substitution. Cela peut paraître comique ou tragique mais ce n’est que logique.

Laurent Appel

Article modifié le jeudi 28 avril 2005 20:28, Date de parution jeudi 28 avril 2005 19:33
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