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Libérez Bernard pour noël !

En Suisse, aujourd’hui, un homme pourrait mourir en prison. Il s’appelle Bernard Rappaz. Il est arrivé à son centième jour de grève de la faim, pour demander dans un premier temps la révision de son procès, et maintenant une simple suspension de peine de quelques mois – pour pouvoir s’occuper de la liquidation de sa ferme, récemment vendue aux enchères.

Les autorités ont déjà demandé l’alimentation forcée, mais les organisations de médecins déclarent qu’elles s’y refusent, l’assimilant à de la torture.

C’est dans ce contexte que les autorités ont décidé, mardi 30 novembre 2010, du maintien en détention de Bernard Rappaz, au risque de le voir mourir. « Le processus de réalimentation consécutif à une grève de la faim ne nécessite pas une interruption de peine », dit leur communiqué, refusant de reconnaître le problème posé : s’il n’y a pas interruption de peine, le détenu en grève de la faim peut mourir à tout moment.

Si la Suisse démocratique laissait mourir un détenu dans de telles conditions, ce serait non seulement de la pire inhumanité, mais une régression brutale pour les détenus dans le monde entier. Bien souvent, la grève de la faim est l’ultime recours.

Dans toutes les situations où des détenus défendent leurs droits désespérément, le syllogisme cyniquement proposé à Bernard Rappaz serait opposable : pour régler le problème posé par la grève de la faim, la solution serait simple, il n’y aurait qu’à cesser la grève de la faim !

Ce sinistre exemple que la Suisse donnerait au monde serait une tache indélébile sur son drapeau.

Bernard Rappaz est un militant écologiste qui s’est attaché à défendre et à promouvoir la cause du chanvre/cannabis, pour ses multiples usages, industriels, thérapeutiques ou autres. Après des années d’évolution, pendant lesquelles s’est développée publiquement l’activité du paysan chanvrier Rappaz, la politique Suisse en la matière a subi un revirement. L’épisode de tolérance s’est ainsi refermé sur lui.

Victime à la fois de l’hypocrisie, des fluctuations du droit, et d’un véritable déni de justice dans la mesure où les faits pour lesquels il a été condamné à cinq ans et huit mois de prison ferme se rapportent précisément à une période où leur pratique était largement tolérée, on comprend que ce détenu proteste.

Il faut mettre un terme à l’acharnement judiciaire dont Bernard Rappaz est l’objet, qui lui a valu de perdre y compris sa ferme et d’autres procès à venir s’il survivait.

Mais, en tout état de cause, aujourd’hui, on ne peut que reconnaître, après le 100ème jour de grève de la faim, que le détenu est dans un état grave qui impose sa suspension de peine immédiate.

Nous demandons instamment aux autorités suisses d’ordonner sans délai la libération de Bernard Rappaz.

Jean Ziegler, Vice-Président du Comité consultatif du conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Daniel Cohn Bendit, José Bové, Députés européens.

Date de parution mercredi 22 décembre 2010 14:03

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