Agrandir la taille le texteTaille normale du texteDiminuer la taille du texte

Paris : Appel du 18 joint 2009

"La répression sert à emmerder les gens"

Les anti-prohibitions ne veulent pourtant pas baisser les bras et rêvent encore à un grand débat sur le cannabis en France.

Organisé chaque année par le CIRC Depuis 1993, l’appel du 18 joint a été comme d’habitude timidement suivi par les médias et les partis politiques. Les anti-prohibitions ne veulent pourtant pas baisser les bras et rêvent encore à un grand débat sur le cannabis en France. Qu’en pensez-vous ?
- Pour ou contre une légalisation du cannabis en France ?
- Quel fumeur de cannabis êtes-vous ?

A lire sur Flu :
- Peut-on dire du bien du cannabis ?
- En Californie, le cannabis détend la crise
- Obama dit non à la légalisation

Sur Doctissimo :
- Comprendre le problème du cannabis

Jeudi 18 juin, grande pelouse du Parc de la Villette (Paris). Le 17e appel lancé par le CIRC (Centre d’information et de recherche cannabique) a attiré comme chaque année une foule de tous bords. Toute la jeunesse "alternative" (punks à chiens, rastas, jongleurs, français issus de l’immigration, etc.) est évidemment présente. Mais aussi quelques familles, des mères avec leur poussette ou des "vieux" (comprenez des plus de trente ans) de toutes les générations. Soit "près de 2000 personnes", dixit Jean-Pierre Galland, le président du CIRC, venus s’adonner au plaisir toujours interdit de la fumette sur fond de musique reggae. Le tout sous le regard de quelques policiers en civil, chargés de s’assurer que le sympathique rassemblement ne tourne pas à l’insurrection.

"Lé-ga-li-sa-tion"

A peine arrivée, je remarque un type, casquette vissé sur la tête et pet au bec, qui brandit un drapeau arc-en-ciel et gueule "Lé-ga-li-sa-tion" dans un mégaphone. C’est Farid Ghehioueche, instigateur de la liste Cannabis sans frontières, montée à la vite dans la dernière ligne droite de la campagne des élections européennes. "On était 26 candidats pour défendre 12 propositions qu’on a voulu amener dans le débat public, pour faire en sorte que la France sorte d’une politique rétrograde, je dirais même criminogène, et qu’on passe à une politique plus tolérante, plus pragmatique. On a recueilli exactement 3988 voix. Je félicite d’ailleurs tous les gens qui ont voté pour nous".

Faute de moyens financiers, Cannabis sans frontières ne s’est présenté qu’en Ile-de-France et n’a pu imprimer qu’un nombre limité de bulletins. Bien qu’anecdotique, ce score les encourage donc dans leur volonté de relancer un débat qui est passé aux oubliettes depuis les élections présidentielles de 2002. "L’idée, c’est de lancer un front des libertés publiques, en servant du cannabis comme un révélateur de l’état de nos libertés en France", poursuit Ghehioueche. "Le débat est inexistant aujourd’hui en France, on est dans une véritable hypocrisie, avec une des politiques les plus répressives, qui a abouti à 179 000 interpellations l’année dernière. Le cannabis sert d’instrument du contrôle social, comme par hasard c’est surtout des jeunes, issus des quartiers populaires, de familles défavorisée qui sont victimes de cette répression."

L’espoir fait vivre

Défendre les libertés, c’est le mot de d’ordre des pourfendeurs de la prohibition qui veulent dépasser la simple revendication droit à fumer de l’herbe. Encouragés par les études récentes qui ont démontré l’échec des politiques répressives, un constat partagé par l’ONU, ils rêvent encore à un vrai débat national sur la question du cannabis. C’est ce que m’explique Jean-Pierre Galland, surveillé à distance par deux RG :

"Oui j’ai retrouvé un peu d’espoir. Même si c’est vrai que la politique actuelle consiste à faire taire les associations qui ont un autre discours que celui du gouvernement, ce qu’on retrouve dans le plan de la MILDT Sorti en juillet 2008, où les mesures soit disant préventives sont en fait répressives. On se dirige vers une politique de tolérance zéro alors que les Etats-Unis, qui sont les adeptes de la tolérance zéro, la remettent en question. Au moment où la politique devrait être moins idéologique, la France s’engage dans la stigmatisation des consommateurs de cannabis."

177 000 interpellations

Selon le président du CIRC, "la répression ne sert strictement à rien, si ce n’est à emmerder les gens". Et accessoirement à gonfler les statistiques de la police : "On a beaucoup de témoignages d’arrestations, d’interpellations musclées qui se passent plutôt mal, on a l’impression que sous ce gouvernement la police se permet tout. Et comme on leur demande de faire du chiffre, ils arrêtent en priorité les fumeurs de cannabis, puisqu’un fumeur de cannabis arrêté c’est une affaire de résolue. Tant et si bien que l’année dernière il y a eu 177 000 interpellations pour infraction à la législation sur les stupéfiants, dont 90% sont des usagers de cannabis."

Problème, pour relancer le débat, il faudrait d’abord que les médias s’y intéressent à nouveau. Or, les seuls confrères que j’aperçois à la Villette sont deux équipes de Rue 89 et… Télé Bocal, une petite chaîne francilienne. Même constat concernant les représentants de partis politique ("il faut les harceler si on veut qu’ils nous suivent, mais le CIRC est une association de plus en plus petite", concède Galland). J’arrive tout de même à mettre la main sur Laurène Pasquier, "secrétaire nationale du mouvement des jeunes socialistes à la santé", à qui je demande pourquoi les "grands" du PS sont aussi frileux sur le thème du cannabis. "Ce sont des questions qui font peur, comme beaucoup de questions de société, et se positionner dessus c’est se mettre en désaccord avec une partie de la population. En dehors de la politique de réduction des risques, qui est apparue dans les années 90 à cause du VIH, il y a une vraie peur de déplaire sur ce sujet."

Date de parution mardi 30 juin 2009 00:51

http://www.cannabis-helvetica.ch
http://www.swisshempshop.com