Paris : les jeunes riches, plus fumeurs, drogués et alcooliques que les défavorisés

D’après une étude réalisée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) auprès de 1.552 Parisiens de 17 ans Paris, la consommation de cannabis, tabac et alcool touche davantage les jeunes des beaux quartiers que ceux des arrondissements populaires.
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D’après une étude réalisée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) auprès de 1.552 Parisiens de 17 ans Paris, les adolescents des quartiers aisés boivent, fument et se droguent plus que leurs collègues des arrondissements populaires. Pour la première fois, une enquête fait le point sur les consommations de substances psychoactives des jeunes Parisiens à la fin de l’adolescence et permet de dresser une cartographie de ces usages. L’enquête ESCAPAD (Enquête sur la Santé et les Consommations lors de l’Appel de Préparation A la Défense ) réalisée auprès des jeunes Français lors de la JAPD (Journée d’appel de préparation à la défense) fournit, depuis l’année 2000, desinformations tant nationales que régionales sur les usages de substances psychoactives licites comme illicites à la fin de l’adolescence. Pour la première fois en 2004, cette enquête a été menée en se focalisant sur la ville de Paris. En effet, à l’initiative de la Mairie de Paris et de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), une déclinaison de l’enquête a permis d’interroger plus de 1.700 jeunes Parisiennes et Parisiens.

Outre les niveaux de consommations d’une douzaine de substances observés à un niveau particulièrement précis, ESCAPAD Paris éclaire également les usages des produits psychoactifs des adolescents parisiens d’un regard sur leurs conditions de vie telles qu’ils les décrivent : scolarité, santé physique et mentale, loisirs et sociabilités.

Conduite par l’OFDT avec le soutien de la Direction du Service National (DSN) ESCAPAD Paris a été réalisée grâce au financement de la Mairie de Paris. Sur les 1.747 questionnaires remplis par des jeunes Parisiens, 1.552 ont pu être exploités car ils correspondaient aux critères de l’étude en termes d’âge. Les résultats présentés dans le rapport Les usages de drogues des adolescents parisiens et le numéro 46 de la publication Tendances édités par l’OFDT permettent de connaître leurs comportements d’usage pour une douzaine de produits psychoactifs licites comme illicites.

Un découpage géographique simple et lisible permet de révéler de nombreuses disparités socio-économiques de la ville, même s’il gomme certaines caractéristiques des quartiers.

Légère surconsommation féminine de tabac à Paris, consommation quotidienne plus marquée à l’ouest de la capitale. Le tabac est un produit pour lequel les habitudes de consommation des filles et des garçons sont peu différenciées. On observe toutefois à Paris une légère prédominance féminine en matière d’expérimentation (70 % pour les filles et 64 % pour les garçons) et d’usage quotidien (31 % pour les filles et 26 % pour les garçons). Les niveaux sont toutefois équivalents en ce qui concerne les consommations importantes (supérieures à 10 cigarettes et à 20 cigarettes). Ces niveaux sont légèrement inférieurs à ceux observés en 2003 au plan national, mais il est possible que ce décalage soit temporel et s’explique en partie par la baisse continue du tabagisme ces dernières années. Les âges d’expérimentation et d’entrée dans le tabagisme quotidien (13 ans et demi et 15 ans) sont conformes à ceux issus des résultats nationaux.

Enfin il apparaît qu’à 17 ans la consommation quotidienne de tabac concerne davantage l’ouest de la capitale et qu’elle est moins courante dans le quart nord-est.

Alcool et ivresses : des indicateurs plutôt inférieurs à ceux observés au plan national, des usages moins fréquents dans le nord-est. Près de neuf jeunes Parisiens sur dix ont, à 17 ans, déjà consommé de l’alcool (87 % des garçons et 85 % des filles) et près de sept sur dix (72 % des garçons et 65 % des filles) déclarent en avoir bu au cours du dernier mois. L’écart entre les sexes se creuse fortement pour les usages réguliers, déclarés par 15 % des garçons contre 6 % des filles, et les ivresses : si 52 % des garçons ont déjà été ivres à 17 ans, seules 40 % des filles sont concernées. L’ensemble des indicateurs relatifs à l’alcool sont inférieurs aux niveaux observés au plan national en 2003.

Concernant la distribution dans Paris intra-muros, on observe des usages réguliers inférieurs dans le nord-est de la capitale et supérieurs à la moyenne dans le sud-ouest. De même, les ivresses répétées sont nettement moins fréquentes dans le nord-est où leur niveau est moitié moindre que dans le nord-ouest.

Un peu plus de prises de médicaments psychotropes à Paris, surtout dans le sud-ouest. Les prises de médicaments psychotropes, qui correspondent le plus souvent à des usages prescrits par un médecin mais aussi parfois à des consommations sans prescription, concernent davantage les filles que les garçons. Ce décalage observé au plan national se retrouve à Paris en ce qui concerne l’expérimentation (37 % des filles contre 18% des garçons ont déjà pris de tels médicaments) et l’usage au cours du mois (16 % des filles contre 7 % des garçons). Ces niveaux semblent légèrement supérieurs à ceux de l’enquête nationale de 2003. Par ailleurs ces prises de médicaments ne sont pas homogènes : le quart nord-est de la capitale est moins consommateur que la moyenne et le sud-ouest plus consommateur.

Cannabis : des niveaux d’usages conformes aux résultats nationaux, des usages réguliers uniformément répartis dans la ville. Un jeune Parisien de 17 ans sur deux a déjà consommé du cannabis, les garçons plus souvent que les filles : 54 % contre 44 %. Ce décalage entre les sexes se retrouve pour les niveaux d’usages plus fréquents : 47 % des garçons en ont consommé au cours des douze derniers mois contre 36 % des filles. Au cours du dernier mois les chiffres sont de 36 % pour les garçons e t 22 % pour les filles. L’âge de la première expérimentation se situe à 15 ans. Ces résultats sont conformes à ceux observés au plan national. En matière d’expérimentation, d’usage au cours de l’année ou d’usage au cours du mois, on observe des niveaux inférieurs à la moyenne dans le nord-est et supérieurs dans le sud-ouest. Toutefois les usagers réguliers (16 % des garçons et 6 % des filles) se répartissent uniformément dans les quatre zones étudiées.

Peu d’expérimentations d’autres produits psychoactifs illicites : davantage de poppers et de cocaïne dans le sud-ouest de d’héroïne dans le nord-est Concernant les autres produits illicites, les données disponibles se limitent, compte tenu des faibles niveaux de prévalence, aux expérimentations. Celles-ci sont rares et surtout masculines. Elles dépassent le chiffre de 4 % uniquement pour le poppers (9 % des garçons et 5 % des filles). Dans un ordre décroissant les autres produits cités sont les champignons hallucinogènes (respectivement 4 et 3 %) les produits à inhaler (4 et 2 %), l’ecstasy (3 et 2 % ) puis la cocaïne (3 et 1 %). Les proportions d’expérimentateurs concernant les amphétamines, le LSD, l’héroïne, le crack, la kétamine ou le GHB sont très faibles. Ces niveaux sont relativement conformes à ceux observés au plan national. Concernant les différences selon les zones de résidence celles-ci n’apparaissent significatives que pour trois produits : le poppers et la cocaïne sont plus expérimentés dans les arrondissements du sud-ouest, tandis que l’héroïne est davantage expérimentée dans le nord-est.

A 17 ans, la quasi totalité des jeunes (96 % des garçons et 97 % des filles) vivent encore chez leurs parents ou l’un d’eux sans qu’aucune distinction n’existe en fonction du quartier de résidence. A 17 ans, ces jeunes interrogés sont très majoritairement scolarisés (91 % des garçons et 97 % des filles). La majorité d’entre eux le sont dans l’enseignement général et technique (75 % des garçons et 82 % des filles). Les disparités de milieux sociaux évoqués plus haut se retrouvent dans les parcours et les filières scolaires des jeunes : l’inscription en filière d’enseignement général est plus courante dans l’ouest de la capitale, surtout le sud ouest. A rebours, l’inscription en filière professionnelle se rencontre bien davantage dans l’est.

Au total trois constats majeurs se dégagent :

 A 17 ans les jeunes Parisiens n’apparaissent pas sur-consommateurs de substances psychoactives par rapport aux autres jeunes Français ou Franciliens.

 La capitale oppose schématiquement des jeunes d’origine relativement populaire au nord-est et d’origine plus aisée à l’ouest et surtout au sud-ouest. Relativement aux jeunes plus favorisés de l’ouest et surtout du quart sud-ouest, les jeunes des quartiers populaires de l’est et surtout du nord-est apparaissent plus souvent :

— en difficulté scolaire (en filière professionnelle, en apprentissage ou redoublants),
— sortir peu dans les bars et en soirée chez des amis,
— exposés à la violence (bagarres, agressions...),
— concernés par l’obésité et moins consommateurs de soins médicaux.

 La répartition des usages de produits psychoactifs dans Paris intramuros se superpose négativement à la répartition des profils sociaux. Elle contrevient globalement à l’image répandue de quartiers populaires consommateurs et de quartiers riches plus modérés.

— les jeunes du nord-est sont toujours moins consommateurs des produits les plus courants : tabac, alcool, médicaments psychotropes, cannabis.
— Les niveaux d’expérimentation de poppers et de cocaïne sont également plus élevés dans le sud-ouest. Un seul produit, l’héroïne, tout en restant à des niveaux très bas, paraît un peu plus expérimenté dans le nord-est.

P.-S.

William, Divorcé, il est le papa d’Oscar, 17 ans, en terminale au lycée Victor-Duruy, dans le très huppé VIIe arrondissement. « Mais c’est une évidence que tous ces gosses de la rive gauche consomment plus que les autres ! lance-t-il. Ce sont tous des enfants de divorcés dont les parents, souvent absents, sont de surcroît pétés de tune. Total : ils les laissent sans surveillance, moi le premier. » Au fait de ces pratiques après avoir fréquenté les autres parents d’élèves et avoir été confronté à la consommation de cannabis d’Oscar, il explique ces dérives par « la volonté de mimétisme avec les adultes ». « Je les vois faire ! dit-il. Ils vont aux Bains, alignent les bouteilles de champagne, font défiler les pétards et le reste... »

« Domaine privé »

Pour autant, selon François Beck, un des auteurs du rapport de l’OFDT, ces consommations sont d’ordre « récréatif et festif », liées à l’adolescence. « Elles ne présagent absolument pas de leurs futurs comportements, rassure-t-il. Seule une minorité basculera plus tard dans des usages problématiques. »

Date de parution samedi 21 janvier 2006 01:56

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