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Propositions pour réduire les risques liés à la consommation de cannabis

Depuis quelques années, le cannabis a remplacé l’héroïne dans le rôle de LA drogue dangereuse, celle contre laquelle il faut lutter par tous les moyens, celle qui focalise l’attention et les budgets. Face à l’explosion de la consommation, à la diversification des produits, des zones et des méthodes de production ou à l’augmentation du taux moyen de THC, les autorités ne trouvent aucun moyen d’enrailler le phénomène et de réduire les risques et les dommages sanitaires et sociaux. Chanvre-Info a déjà émis des propositions pragmatiques que je vais résumer.

Réglementer pour mieux prévenir

La solution la plus efficace serait d’adopter le texte de l’initiative populaire suisse Pro-chanvre et d’établir une charte stricte de production, de distribution et de consommation, avec des dispositifs d’évaluation, de contrôle, de répression des fraudes, de prévention et d’assistance. Ce marché contrôlé, afin de protéger la jeunesse et la santé publique, devrait permettre de traiter ce phénomène mieux que le tabac. Campagnes de prévention agressives et ciblées, centres d’assistance psycho-médicale, taxe spécifique pour éviter un prix trop attractif, qualité garantie et bonne information du consommateur... les possibilités de régulation sont bien plus nombreuses que dans le système actuel. Mais nous savons aussi que ce modèle n’est pas accepté par une grande partie de l’establishment, des média et même de la population. Encore moins par l’ONU, les USA et leurs nombreuses officines officielles ou occultes qui mènent un combat farouche contre toute réforme de la politique mondiale des drogues. Imposer cette politique en Suisse, puis en Europe et enfin dans le monde sera un combat de longue haleine, peut-être une voie sans issue.

De la redécouverte du chanvre à la skunk maudite

A la fin du siècle dernier, les sociétés occidentales devenaient enfin raisonnables en matière de chanvre. Les applications agro-industrielles se développaient à nouveau, ses vertus thérapeutiques étaient reconnues par le monde scientifique et de nombreux pays cherchaient à réguler sa consommation récréative. Mais pendant cinq ans, les forcenés de la prohibition ont mené une féroce bataille d’arrière-garde. Depuis, on nous rabat les oreilles avec une « nouvelle » drogue aussi dangereuse que l’héroïne : la skunk. Sous ce nom générique se cacheraient des plantes maléfiques qui provoqueraient une épidémie de toxicomanes aux psychoses variées. Elles seraient responsables du volte-face du parlement suisse, des errances anglaise et canadienne, du raidissement hollandais et du durcissement français ou italien. La skunk a ré-ouvert la boite à phantasme, les média et les politiciens démagogues se sont précipités sur cette opportunité de faire du sensationnel et de la stigmatisation. Pour le citoyen moyen, le cannabis est à nouveau une drogue dangereuse.

Légaliser l’herbe des hippies

D’après la propagande actuelle, la skunk n’a rien à voir avec l’herbe que les parents ont sûrement testée dans leur jeunesse. Cette expérience là n’était pas si dangereuse, ces anciens hippies le très savent bien, mais elle n’aurait rien de comparable avec la production actuelle. En réalité, le cannabis saisi a toujours présenté de grandes variations de teneur en THC global selon les préparations, les producteurs et les saisons, avec une moyenne autour de 4% en Amérique, 7% en Europe, 12% dans les pays producteurs. Si ces taux sont aujourd’hui considérés comme médicalement et socialement acceptables, ils doivent servir de base à une politique cohérente. On peut donc opter pour un marché réglementé, la filière définie dans la proposition Pro-chanvre produit et vend du cannabis calibré sur cette base. Cette solution ne va pas satisfaire les défenseurs de la ligne dure ou de la ligne libérale/libertaire.

Du chanvre naturel comme produit de substitution

Puisque la skunk serait aussi dangereuse que l’héroïne, il convient donc d’appliquer la même politique qui a fait ses preuves. Pour tous les consommateurs abusifs, il faut mettre en place un circuit de prescription et de distribution d’un produit de substitution, du chanvre « pas nocif ». Cette médicalisation de la consommation de cannabis ne serait qu’une solution transitoire en attendant que l’hystérie retombe. Par la suite, des clubs de connaisseurs, à but non lucratif, associés à des chanvriers et à des centres d’assistance médico-sociale pourraient fort bien distribuer ce chanvre « acceptable » à toute la population majeure. Le chanvre naturel issu de variétés traditionnelles pourrait alors être disponible dans un cadre sécurisé, le dosage et la préparation seraient personnalisés, l’assistance toujours disponible, la prévention aussi. Dans ce cas, le marché de la skunk deviendrait marginal et les risques seraient circonscrits. Cette solution très pragmatique ne sera pourtant pas acceptée par les hygiénistes soutenus par une partie du corps médical.

Il ne faut plus fumer de joints

Car le cannabis entraîne des conséquences sur la santé publique. Elles proviennent essentiellement du fait qu’il est fumé, la pratique courante de le mélanger au tabac maximalise les risques. Il n’existe pas de culture collective du bon usage et pas assez de structures d’information ni d’aide adaptées. Aujourd’hui, on n’a plus le droit moral de mettre sur le marché un produit qui se fume, trop de risque de cancer actif et passif et de pollution olfactive. Ce comportement social n’est plus accepté, les derniers accros doivent pratiquer dans la sphère privée. Pour diminuer l’impact négatif des joints, il faut engager une campagne pour modifier les comportements des usagers. D’abord, on doit inciter à consommer pur, puis à vaporiser et surtout à ingérer. C’est sous cette forme, avec des produits bien calibrés, que l’usage du cannabis est le moins nocif pour l’organisme. Même matraqué avec force et conviction, la réussite d’une telle campagne passera par la mise à disposition contrôlée d’un produit de substitution comme pour l’absinthe, le tabac ou l’héroïne.

Un modèle de gestion calqué sur celui de l’héroïne

Dans le cadre d’une politique agro-industrielle de production d’énergies renouvelables et de remplacement du pétrole et de ses dérivés par des végétaux, les chanvriers ont besoin d’exploiter toutes les ressources de la plante pour financer cette reconversion. Si la résine produite par cette filière est transformée en teinture ou diluée dans de l’huile alimentaire ou encore en spray buccal, les risques sanitaires deviennent très acceptables. A condition de contrôler la qualité et de fournir les indications nécessaires à une bonne posologie, beaucoup d’usagers pourraient trouver satisfaction dans ce système. Ces produits constitueraient une substitution légale aux formes du marché noir comme l’herbe, le hasch ou l’huile. Comme pour l’héroïne, le marché des substances illégales va considérablement diminuer sans disparaître. Après une évaluation de l’impact socio-sanitaire de cette première mesure, on pourrait envisager une production de fleurs et de résine distribuée sous forme pré-conditionnée pour l’utilisation des vaporisateurs, une autre technique pour réduire considérablement les risques liés à la consommation. Dans un dernier temps, les réfractaires pourraient se regrouper sous forme de cercles privés pour gérer au mieux et sans prosélytisme leur manie peu recommandable.

Adapter la distribution aux contraintes locales

Cet échelonnement donnera du temps pour transformer les habitudes de consommation et pour la reconversion des acteurs du marché noir. Il est calqué sur la méthode qui a prouvé le plus d’efficacité dans le traitement des usagers d’héroïne. Il devra être plus souple compte tenu de la plus faible dangerosité sociale et sanitaire du cannabis. Il peut se situer à un niveau médical, dans le but de réguler, de réduire ou de stopper l’usage. Il peut être plus libéral dans les pays ou les régions qui font confiance à leurs citoyens et aux moyens de contrôle. Il n’est jamais question d’une vente libre, sans conseils d’utilisation ni contrôle de l’âge des usagers ou des pratiques de la filière. Contrairement à l’alcool, au tabac ou aux jeux, il n’est pas question d’exposer des flacons de teinture sous les yeux des enfants. Il n’est pas non plus nécessaire de réserver la distribution du produit aux pharmacies. Les smart-shops, droguistes, herboristes, magasins du chanvre, boutique de diététique et de vitamines, coffee-shops, club de connaisseurs, groupes d’usagers... peuvent respecter un cahier des charges de délivrance et d’information du consommateur. Ce système doit s’adapter aux spécificités actuelles, il donne une possibilité de survie à la paysannerie sans subventions, il tient compte des réalités économiques, politiques et sanitaires.

On peut donner un certain nombre de recommandations individuelles pour réduire les risques. Mais il faut un cadre général plus adapté pour espérer circonscrire les nuisances et les abus. Les différents modèles ci-dessus ne peuvent pas être moins efficaces que la politique actuelle. La consommation progresse, les mafias s’engraissent et les libertés régressent. Il faut changer de politique.

Laurent Appel

Article modifié le vendredi 29 juillet 2005 13:55, Date de parution mercredi 27 juillet 2005 12:26

Forum de l'article

> Propositions pour réduire les risques liés à la consommation de cannabis
Je trouve votre discourt très sensé. Personnelement je suis ex-fumeur (par obligation car je vais passer des analyse pour récupérer mon permis) et je pense qu’il ne faut pas diaboliser ce produit mais bien les methodes de vente. En effet ceux qui font pousser chez eux et fume leur herbe "naturelles" sont moins exposées au produits que l’on peut trouver dans la rue ( herbes coupées ou taux de THC dépassant la normale). Je suis pour une dépénalisation encadrée de ce produit afin que tous nous puissions partager un jour un bon joint comme on partagerai une bonne bouteille de rouge !

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6 septembre 2007 par Nero

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