Du pot dans plus de 10000 maisons au Québec
Si le pays comptait 50 000 maisons de culture en 2002, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) évalue que la croissance fulgurante du phénomène porte ce nombre à... 650 000, soit 12,5 fois plus.
La Presse Affaires, p. LA PRESSE AFFAIRES1
Cloutier, Laurier
Après avoir ciblé les champs de maïs et les forêts, voilà que les criminels font pousser leur pot Quebec Gold dans 10 000 à 15 000 maisons du Québec, dont au moins 5000 dans la région de Montréal.
C’est ce qu’a révélé à La Presse Affaires le président et chef de la direction de l’Association des courtiers et agents immobiliers du Québec (ACAIQ), Robert Nadeau, qui tiendra mardi prochain un colloque sur ce phénomène criminel, en compagnie de spécialistes du crime organisé, de la santé publique, de l’assurance et des prêts hypothécaires.
L’arrivée de cette vague de " maisons de culture " bouleverse en effet la vie de plusieurs professionnels de l’immobilier et du prêt, dont la Société canadienne d’hypothèques et de logement, des notaires et des inspecteurs en bâtiment.
De plus, les familles qui rachètent les bungalows en question deviennent souvent malades à cause de la moisissure.
Si le pays comptait 50 000 maisons de culture en 2002, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) évalue que la croissance fulgurante du phénomène porte ce nombre à... 650 000, soit 12,5 fois plus. La Colombie-Britannique en est la championne.
Le Québec est la première province à s’attaquer de front au problème, qui a pris plus d’ampleur depuis cinq ans, a déclaré Robert Nadeau.
Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ) enquêtent autant en ville qu’en banlieue, comme à Brossard, Candiac, Repentigny et Terrebonne. " Pas une ville n’y échappe ", car cette production de cannabis ne coûte pas cher, les tribunaux sont peu sévères et on banalise la consommation du pot, déplore le président.
Cette culture endommage considérablement les maisons. Une fois transformée en laboratoires, les maisons perdent souvent toute leur valeur. Il vaudrait même mieux les démolir, selon Robert Nadeau.
La maison " idéale "
Les criminels cherchent des bungalows avec garage attenant et sous-sol non fini. En se présentant comme des acheteurs potentiels, ces criminels offrent d’abord de louer la maison pour ensuite la sous-louer à quelqu’un qui surveillera la nouvelle plantation. Quatre récoltes de 2400 plants en un an rapportent 1 million. Le locateur déguerpit une fois les récoltes terminées, sans laisser d’adresse. Le vendeur et le prêteur se retrouvent alors Gros-Jean comme devant.
La moitié du pot du Québec serait ainsi produit à l’intérieur et jusqu’à 90 % prendrait la direction des États-Unis.
C’est difficile de coordonner le travail des policiers contre ces criminels, selon Paul Girard, sous-ministre associé à la Direction générale des affaires policières, qui participera au colloque, tout comme François Proulx, agent de renseignement à la Division du renseignement du module asiatique, au SPVM. François Bertrand, de l’escouade régionale mixte de la SQ, et Annie Gaudreau, coordinatrice de l’opération Cisaille, y seront également conférenciers, tout comme Me Éric Laporte, du Bureau du substitut du procureur général.
Le phénomène fait en sorte qu’il est de plus en plus difficile d’assurer un bungalow loué, selon le courtier d’assurances Louis Cyr, et d’obtenir de l’aide d’Hydro-Québec, qui fait le relevé des compteurs à distance, selon Robert Nadeau.
Depuis un an, les " maisons de culture " se multiplient au Québec et le nombre de dossiers a atteint les 200 à l’ACAIQ, qui n’a cependant porté que deux plaintes, dont une contre l’agent d’immeubles Quang Sinh Vuong. Il faut enquêter et trouver des preuves de complicité, a expliqué Robert Nadeau. D’autres plaintes suivront l’an prochain. Les indemnités de l’ACAIQ se limitent à 15 000 $, mais l’organisme demande à Québec de les hausser.
L’ACAIQ veut informer ses membres et le public, ce qui est sa mission, même si plusieurs, dont la SQ, ont hésité à en parler. Par contre, des agents demandent des conseils à l’ACAIQ, quand ils se retrouvent coincés par des criminels et que des propriétaires n’apprécient pas leurs nouveaux voisins.
Très préoccupée, l’ACAIQ craint qu’une partie de ses membres ne fasse l’autruche, afin de ne pas nuire à son gagne-pain. Nombre d’agents d’immeubles refusent de suivre une formation de trois heures sur le sujet.
Pubdate : vendredi 18 novembre 2005
Source : La Presse (Canada)
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